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Portrait idéal d’une courtisane en Flora par Bartolomeo Veneto

bartolomeo veneto,flora,lucrece,lucrezia borgia,courtisane,prostituée,blond vénitienCe portrait exécuté vers 1520-25 et exposé au musée du Städel à Francfort, a longtemps été présenté comme celui de Lucrèce Borgia. Ce n’est, semble-t-il, pas le cas. On a ici une très belle peinture de Flora, inspirée par une courtisane vénitienne. La couleur blond vénitien des cheveux est superbement restituée par Bartolomeo Veneto (1470-1531). Cette prostituée idéale, mince et aux petits seins, contraste avec celles que nous découvrirons bientôt sous le pinceau de Palma le Vieux ou de Domenico Tintoretto.

[Image wikimedia commons]

Flora à la Renaissance : de la couronne de fleurs aux seins nus

Flora, la déesse romaine des fleurs et du renouveau printanier et, par extension, déesse du sexe et patronne des prostituées, a connu une nouvelle jeunesse pendant la Renaissance italienne.

On connaît la magnifique représentation de Flora qui sème des pétales de roses, la tête couronnée de fleurs et le corps vêtu d’une robe au tissu fleuri, dans le tableau « Primavera » (Le Printemps) du Florentin Sandro Botticelli (1444-1510), peint vers 1480 et conservé à la galerie des Offices à Florence [image wikimedia commons].

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Au milieu du tableau, Vénus préside la scène avec des airs de Madonne (même air sage et tristoune que Marie, même robe longue que la mère de JC qui tranche sur la nudité habituelle de Vénus). Pendant ce temps, dans les airs, le fiston Cupidon-Amour s’apprête à tirer le cercle des trois Grâces (C’est le printemps !).

Notez la jeune fille en robe transparente blanche à l’extrême droite : C’est la même Flora, encore vierge, que Zéphyr s’apprête à prendre (littéralement puisqu’il va l’emmener et la violer avant de l’épouser). Après la pénétration par le vent doux et chaud (Zéphyr, donc), l’ex-vierge revient sous les traits de la déesse des fleurs, comme si le vent doux amenait la floraison. Image un peu étrange, sachant que la pénétration des fleurs amène plutôt des fruits !

La génération qui a suivi Botticelli, celle des Vénitiens Paris Bordon (1495-1570) et Titien (1490-1576) ou du Milanais Francesco Melzi (1491-1570), opte pour des représentations bien différentes de Flora.

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[Photo © Musée du Louvre/A. Dequier]

Cherchez les fleurs dans le portrait exécuté par Bordon et conservé au musée du Louvre ! On voit surtout les seins nus de Flore, son collier de perles (bijou qu’affectionnait Vénus, portée jusqu’aux rives cypriotes sur une coquille d’huître perlière) ou ses cheveux roux-châtain minutieusement frisés.

Idem pour le portrait très connu de Flore par le Titien, ci-dessous, réalisé en 1515 et exposé à la galerie des Offices à Florence : On ne voit guère la poignée de fleurs dans la main de Flora mais on ne peut pas manquer la chemise largement ouverte, la poitrine prête à s’offrir et les longs cheveux dorés.

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Francesco Melzi, enfin, a peint un portrait de Flora que ne renieraient pas les Romains du premier siècle après JC. Dans le tableau du musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, pas de couronne de fleurs, certes, mais une belle robe jaune comme celle que porte Flora sur la mosaïque de Stabia près de Pompéi… Et toujours de très beaux cheveux blond-vénitien.francesco melzi, flora,hermitage,ermitage

Les Bordon, Titien et Melzi semblaient prendre plus de plaisir à peindre des femmes aux seins nus que des fleurs. La prostitution était extrêmement répandue à Venise à la Renaissance et les courtisanes étaient des modèles de choix. La femme du portrait du Titien est vraisemblablement une prostituée. Nous en verrons quelques autres prochainement.

Floralies : Quand les prostituées exposaient… leur fleur

Le culte de Flora aurait du être tout à fait secondaire. L’équivalent de celle-ci dans la mythologie grecque n’est même pas une déesse mais une simple nymphe (Chloris). Pourtant Flora disposait d’un temple au Quirinal avec ses propres prêtres puis d’un nouveau temple près du cirque Maxime. Des fêtes en l’honneur de Flora sont instaurées en 238 avant JC puis annualisées à partir de 173 avant JC. Question : Que fêtent donc ces « Floralia » ?

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Flora ou le Printemps, une des quatre saisons représentées sur la mosaïque du "Triomphe de Neptune", réalisée au deuxième siècle avant JC à la Chebba (Tunisie) et conservée au musée du Bardo à Tunis (photo publiée par Tony Hisgett sur Wikimedia commons)

A l’origine, Flora se fête au printemps, avec le retour des beaux jours et le bourgeonnement de la végétation. Flora est associée avec la croissance des plantes, leur floraison et leur fructification. Elle représente la bonne récolte, la fertilité, la fécondation. Par extension, son culte se trouve assimilé avec la fécondité féminine, puis avec le sexe. Sous l’Empire, pour lutter contre la dénatalité, les autorités romaines encouragent une pratique débridée de la sexualité. Les prostituées se multiplient et Flora devient leur patronne.

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Fresque de Flora de la villa Ariana, à Stabia (6 km de Pompéi), conservée au musée archéologique national de Naples. Remarquez les cheveux blonds et les vêtements jaunes, traditionnellement associés avec la prostitution (cf article précédent). Image sur le blog de Momina (la cliquer pour s'y rendre)

Les Floralies durent 6 nuits, du 28 avril-3 mai. Elles donnent lieu à des défilés et à des représentations théâtrales pendant lesquels les prostituées aguichent les curieux en dansant et en se déshabillant. On fêtait Flora en portant des couronnes de fleurs sur la tête et en forniquant en public aux alentours du temple de la déesse. Les Ludi Florales s’achevaient par des jeux au cirque tout proche (pour en savoir plus, consulter « La prostitution féminine dans la Rome antique » publié en 2007 par Robert Radford).

Les Floralies n’étaient pas les seules fêtes romaines associées au sexe ou à la prostitution. Il y avait aussi les Aphrodisies et autres fêtes de Vénus en avril, les nones caprotines en juillet, les fêtes de Cérès à la fin de l’été, les orgies pour la Bona Dea en décembre, ainsi que les fêtes d’Adonis et d’Isis, sans oublier les excès des bacchanales et des saturnales… On en reparlera un peu plus tard.

Ci-dessous, deux scènes d’orgies du film « Caligula » (Penthouse Films, 1979) de Tinto Brass (non crédité) et Bob Guccione, visibles sur toutlecine.com.caligula,film,orgiecaligula,film,orgie

Printemps et sexe, fleurs et amour. Les fêtes de Flora rappellent étrangement les festivités qui entouraient les dieux slaves Yarilo et Koupala (cf article).