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Portrait de secrétaire par August Sander

August Sander, Secretary at West German Radio, Cologne, 1931ptt.Secrétaire à la station de radio Westdeutscher Rundfunk à Cologne par August Sander (1876-1964), 1931. Cette femme qui fume coiffée à la garçonne ne vous rappelle-t-elle pas Sylvia von Harden (voir « Portrait de Sylvia von Harden par Otto Dix ») ?

© Estate of August Sander / SODRAC (2008) – Source : arttattler.com

La vertu de Weimar

Ce serait un peu simple de résumer la république de Weimar (1918-1933) à l’image que nombre Otto Dix (voir articles « Dix et la Vertu et « La vulve/prostituée de Dix ») d’une Allemagne en crise où les hommes sont des gueules cassées et les femmes des prostituées.

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« Le droit des femmes est un des objectifs principaux du Parti Démocratique Allemand » – Affiche du DDP – 1919 – Source : dhm.de

Coincée entre l’Empire allemand de Guillaume II et le 3e Reich de Hitler, la république est aussi une parenthèse de liberté et de progrès pour les femmes. Celles-ci gagnent le droit de vote en 1919, la même année que les Américaines et 25 ans avant les Françaises !

Des lois plus égalitaires améliorent le statut des femmes au travail comme dans la famille. Même si la femme au foyer reste le modèle dominant, un tiers des femmes allemandes travaillent (et pas seulement comme prostituées !). L’amélioration de la situation économique après 1923 ainsi que le vent de liberté qui souffle sur les moeurs permet l’émergence d’une nouvelle femme, active, libre de son corps, sensuelle et sûre d’elle, à l’image de Marlene Dietrich (voir « Femme libérée, jambes écartées (1. Cabaret) ») ou Sylvia von Harden (voir « Portrait de Sylvia von Harden par Otto Dix »).

Singers Britney Spears and Rihanna perform onstage 2011

Britney Spears et Rihanna s’embrassant sur scène à l’occasion des Billboard Music Awards 2011 à Las Vegas – Photo : Ethan Miller (Getty Images pour ABC) – Source : ibnlive.in.com

J’ai lu quelque part que comme les Allemands (fauchés au début des années 20) ne pouvaient plus payer de dot, les femmes n’avaient plus de raison de conserver leur virginité d’avant-mariage (ainsi la dot servait à s’acheter une vierge ?), libérant au passage le corps des femmes. Peut-être…

En tous cas, quand Britney et Rihanna, toutes deux femmes actives, libres et sexy, s’embrassent sur la bouche, elles perpétuent un peu l’esprit libéral de la république de Weimar.

Femme libérée, jambes écartées (1. Cabaret)

La posture des femmes d’Helmut Newton (cf les 2 articles précédents) n’est pas anodine. Se tenir debout avec les jambes écartées, c’est un truc de mec. Les femmes devraient avoir les jambes serrées (cf la posture traditionnelle d’Aphrodite dans l’article « le jour où commença le culte du corps féminin » et suivants), protéger son sexe, être « modeste ». Une femme qui écarte les jambes prend une pose d’homme : C’est une rebelle, une femme libre. Elle fait ce qu’elle veut avec son sexe. Il n’est la propriété d’aucun homme, d’aucun mari. Elle le montre si elle veut. Elle l’offre à qui elle veut. Elle l’offre si elle le veut.

Il y a quelques exemples classiques de femmes aux jambes écartées comme, dans cet article, les femmes du cabaret.

Ci-dessus, 2 photos extraites du film « L’ange bleu » (Der blaue Engel, réalisé en 1930 par Josef von Sternberg) qui raconte les tribulations tragiques d’un homme amoureux de Lola-Lola (interprétée par Marlene Dietrich), chanteuse du cabaret « L’Ange bleu », femme fatale et volage.

La star allemande affectionne les jambes écartées (debout ou assise sur un tonneau) tout comme Liza Minelli dans le film américain « Cabaret » réalisé par Bob Fosse en 1972. Minelli y interprète Sally Bowles, une chanteuse au Kit Kat Klub de Berlin dans les années 30. Enceinte de son amant, elle préfèrera avorter et rester au cabaret plutôt que suivre ce dernier en Angleterre. Femme libre. Jambes écartées (cf affiche avec une jambe sur une chaise).

Ce film est une adaptation d’une comédie musicale créée à Broadway en 1966 et reprise de nombreuses fois, notamment par Sam Mendes en 1999 avec Teri Hatcher (avant qu’elle ne devienne une Desperate Housewife) dans le rôle de Sally Bowles ou en 2001 avec Brooke Shields.

La pose la plus célèbre  est peut-être celle adoptée par Sally pendant la chorégraphie de « Don’t tell Mama ». Ce qu’il ne faut pas dire à maman ? Que Sally s’assoit à califourchon sur une chaise, les jambes écartées comme un  marin en goguette (cliquer pour voir les photos prises par Rivka Katvan de Brooke Shields et Molly Ringwald à califourchon).

Preuve de l’actualité de cet article, le spectacle de Sam Mendes monté par Rob Marshall aux Folies Bergère de 2006 à 2008 sera de retour à Paris à partir d’octobre 2011 (cliquer ici pour voir une belle brune avec sa chaise… et les jambes écartées).

Pour terminer, je vous propose de retourner écouter Dietrich à l’Ange Bleu. Voici les paroles de la célèbre chanson de Friedrich Holländer, avec l’adaptation en anglais et en français (cliquer pour grossir l’image).


« J’suis amoureuse, voyez,
De la tête aux pieds.
Je suis faite pour aimer
Et me donner »

Libre, Lola-Lola ?

« Des hommes je suis l’esclave,
Vers eux je tends les mains,
Mon âme est une épave »

Qui est libre ?