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Les femmes accroupies de Chypre

Dans le billet précédent, j’ai parlé des représentations de femme nue aux jambes écartées en forme de M et aux bras relevés que l’on trouve en Inde et qu’on appelle (entre autres noms) Lajja Gauri et dont on ne sait pas trop s’il s’agit d’une femme prête à accoucher ou d’une femme prête à s’accoupler.

Le Web bruisse de rumeurs bizarres sur cette « déesse » énigmatique. J’ai même lu un article qui associe la forme des jambes (M) à la forme du pubis (V) pour créer le symbole M+V d’une « déesse de la sexualité ».

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est qu’on peut trouver des représentations assez proches de la Lajja Gauri indienne un peu partout dans le monde (Bulgarie, Roumanie, Iran, Grèce, Egypte, Chypre…) et à diverses époques. Prenons le cas de Chypre. Voici la représentation de Lajja Gauri trouvée à Chypre qui est souvent reprise par les sites « spécialisés » :

cypriot-seal-1400-1150bc-walters art museum

Détail (femme assise sur un tabouret, jambes écartées, bras levés) d’un sceau cylindrique trouvé à Chypre, datée de 1400-1150 avant JC et conservé au Walters art museum de Baltimore, USA – Taille : 25 x 12 mm – Source : Walters Art Museum

Le sceau se compose en fait de 2 femmes nues aux jambes en M assises sur un tabouret et aux bras relevés (cliquer le lien du musée pour voir les vues alternatives du sceau). Il est très ancien : presque deux mille ans plus vieux que les Lajja Gauri indiennes.

Certes je ne suis pas une archéologue spécialiste de Chypre mais, en dépit de mes recherches en amateur, je n’ai trouvé aucune autre représentation de ce qu’on pourrait appeler « Lajja Gauri » à Chypre. Pourtant l’île d’Aphrodite (Rappelez-vous : C’est sur les côtes cypriotes que la déesse de l’amour et de la reproduction est sortie des ondes) ne manque pas de représentations féminines !

On trouve en particulier dans le district de Paphos, au sud-ouest de l’île de nombreuses représentations de femmes accroupies.

chalcolithic-figurine-Middle Chalcolithic Period (c.3500-2500 BC) paphos museum

Figurine d’une femme accroupie trouvée dans le district de Paphos (Kissonerga-Mosphilia ?) – Datée vers 3500-2500 avant JC – Conservée au musée archéologique du district de Paphos – Source : National Museum of Natural History, Smithsonian Institution, Washington DC

Des fouilles réalisées à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba à une dizaine de kilomètres de Paphos ont mis à jour de nombreux objets qui pourraient être liés à un culte de l’enfantement. Je manque d’éléments pour en dire plus mais regardez donc la statuette ci-dessus : N’est-ce pas là le ventre d’une femme enceinte ?

La découverte la plus intéressante a été reprise sur un timbre. L’image n’est pas très précise mais il s’agit de la représentation d’une femme qui accouche (un enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret.

timbre figurine Kissonerga- Mosfilia  ca. 3500-3200 BC cyprus museum nicosia

Timbre cypriote représentant une femme en train d’accoucher (l’enfant sort entre ses jambes) assise sur un tabouret – Figurine trouvée à Kissonerga-Mosphilia près de Lemba (District de Paphos) – Datée de 3500-3200 avant JC – Conservée au musée de Chypre à Nicosie (Cyprus museum, Lefkosia) – Source : archeofil.pl

Ces 3 images mises côte à côte ne sauraient représenter la preuve d’une nature « accouchante » de la Lajja Gauri mais elles constituent, je pense, des indices très intéressants de l’existence d’une fabrication importante de statuettes de femmes enceintes accroupies, aux jambes écartées et aux bras relevés dans les environs de Paphos. La présence de gisements de « picrolithe » a aussi lancé une industrie de statuettes dans cette matière (voir la femme accroupie conservée à la Fondation Nicholas et Dolly Goulandris à Athènes).

La femme-fontaine de Goltzius

Aujourd’hui, je finis cette mini-série consacrée à Hendrick Goltzius  avec la gravure d’un des 4 éléments, à savoir  « Aqua », l’eau. Je vous laisse rechercher les trois autres éléments, si ça vous chante. On trouve des gravures des 4 éléments par Goltzius dans différents musées et notamment au Kupferstichkabinett (cabinet des estampes) située dans le château de la Résidence à Dresde, en Allemagne.

Si je souhaite terminer avec cette image, c’est sans doute à cause de la force érotique et symbolique qui se dégage de cette vaste cruche dont l’eau s’écoule comme d’une fontaine par une large ouverture ronde. Ajoutez à celà la présence de la femme nue et les serpents entraînés par le flot d’eau et vous remarquerez immédiatement que cette image est à 100% imprégnée de féminité (et ce n’est pas la présence à l’arrière-plan de Jésus baptisé dans le Jourdain par St Jean-Baptiste qui me fera changer d’avis).

Ce trou rond par lequel coule l’eau de la fontaine, c’est l’orifice du vagin d’une femme enceinte qui perd les eaux ou celui d’une femme-fontaine qui « éjacule ». Ca ressemble même à une femme qui pisse (même si le trou qui bosse n’est pas tout à fait le même) :[Je ne sais pas à qui appartient cette jolie chatte bien épilée, ni qui a pris cette photo. Elle circule, comme des centaines d’autres gros-plans de femmes qui pissent, sur le web. Rien de dégoûtant ou de choquant. Plus esthétique en tous cas qu’une vache qui pisse, même si ça y ressemble beaucoup.]

Quant à la forme ronde de la fontaine, qu’on appellera cruche, amphore, vase ou cratère, n’est-ce pas le ventre d’une femme ? Ceux qui ont lu les articles précédents se remémoreront la discussion sur le « yoni ». Et pour ceux qui douteraient encore, je me permets de leur rappeler à quoi ressemble le ventre d’une femme enceinte. Comparez donc avec la fontaine de Goltzius :

[Source : gallica.bnf.fr (Bibliothèque Nationale de France) – Vous aurez reconnu la patte de Jean-Jacques Lequeu (1757-1826) dans ce dessin de ventre. Nous avons déjà amplement présenté ses représentations de l’orifice de ce même ventre dans l’article « architectures coniennes« .]

La femme cumule donc les 3 caractéristiques de la cruche-fontaine : l’EAU qui gicle (lorsqu’elle pisse, éjacule ou accouche) du VENTRE rond par le TROU tout aussi rond. Cou du vase. Col de l’utérus. Col de bouteille. Couronne du con.

Ainsi, la femme est-elle toujours, par nature, une cruche (mais l’homme n’est-il pas un pot vide et sot qu’il faut savoir prendre par la queue comme un bête seau d’eau par sa anse ?).