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La nudité masculine, elle, n’est pas érotique

Dans son livre (voir le billet « Homme fort, femme faible ?« ), Jean-Claude Bologne répète (je simplifie, bien sûr) que seule la femme est concernée par les questions de pudeur parce que seule la nudité féminine est considérée comme érotique. Ainsi la nudité masculine n’est pas érotique ? Bologne cite en exemple le monde du sport… Je réfléchis et, effectivement, un homme à poil, c’est autre chose.

1. Les vestiaires

Depuis 1979, un jugement fédéral américain autorise la présence de femmes-journalistes dans les vestiaires des hommes. Et elles y vont. En France aussi, les femmes journalistes fréquentent depuis longtemps les vestiaires des hommes. Et alors ? Pourquoi pas ? Finalement une femme au milieu des bites et des culs, ça passe bien.

Le type qui s’essuie le membre à l’arrière des vestiaires a l’air de trouver la situation amusante – Photo Washington Post

Les hommes aussi, par les mêmes lois qui établissent l’égalité entre hommes et femmes au travail, pourraient pénétrer les vestiaires féminins. Le font-ils ? Non, pas que je sache. Pas dans des vestiaires pleins de femmes nues en tous cas. Ils seraient taxés de goujaterie (je reprends le mot de Bologne) tandis que les sportives qui s’exhiberaient seraient considérées comme des… comme des quoi ?… Je vous laisse imaginer.

2. Le streaker

Oui, le streaker… Ce mec qui traverse le terrain à poil… c’est un mec. Presque toujours. Et ça passe bien. Pourquoi ? Parce qu’un mec à poil, c’est rigolo. Voilà, le mot est lâché : rigolo. Y’a là comme un truc de mec. La nudité masculine, ça va avec l’amitié virile, la franche camaraderie, la bonne rigolade et les tournées de bière : Bras dessus-bras dessous, bite contre bite, et glou et glou et glou… avale moi ça… il est des nô-ôtres…

3. Le calendrier

Ainsi en va-t-il aussi depuis 2000 avec la mise en vente du premier calendrier des rugbymen du Stade Français (« Les Dieux du Stade »), bien vite imités par d’autres équipes masculines. Les mecs avec les mecs, tous à poil, la transpiration, les potes. Ca sent la sueur sportive et la saine amitié.

Calendrier Dieux du Stade 2004 – Mois de Janvier : James Carroll, David Duchamp, Raphaël Poulain – Photo : François Rousseau

Regards sans gêne, jambes écartées, main sur le paquet ; Un truc d’hommes, à n’en pas douter. J’ai choisi une photo soft : Sur beaucoup d’autres, la bite est partiellement visible (Sylvain Letellier,  Yann Morand-Bruyard, Jérôme Prévitali, Frédéric Deltour) ou totalement (Alexandre Didy) ou moulée dans une serviette (Christophe Dominici). Imaginez une seconde l’accueil réservé à des sportives qui oseraient le même dénuement et les mêmes poses ?

Alors quoi ? Pas érotique la nudité masculine ? Ou alors seulement pour les gays ?

4. Les joueurs nus

Les équipes de sport qui jouent nues sont rares. La seule que je connaisse est une équipe (amateur et éphémère) d’hommes : Les « Nude Blacks » de Nouvelle-Zélande. Les voici  en 2011, devant 1500 spectateurs à Dunedin (Nouvelle-Zélande) lors de la coupe du monde de rugby, évoluant contre les « Spanish Conquistadores », une équipe féminine… habillée.

Nude Blacks vs Spanish Conquistadores – 2011 – Dunedin, Nouvelle-Zélande – Source : profimedia

Le monde du sport montre clairement que la nudité masculine est considérée avec beaucoup plus de légèreté et de bienveillance que celle des femmes. Mais les choses changent peut-être… lentement.

Ainsi quand Rachel Scott se joint aux Nude Blacks, il souffle, le temps d’un match, comme un petit vent d’égalité. Ajoutons qu’on trouve aussi quelques femmes-streakers et que les nanas qui achètent le calendrier des Dieux du Stade l’accrochent dans leur chambre parce qu’elles trouvent tous ces mecs très-très-très érotiques ! Oui, je vous assure.

Ah ! Pour remettre les compteurs à zéro, à quand Nelson Montfort entouré par les 11 de l’OL féminine complétement nues, le regard torve, les cuisses écartées et la main sur la chatte ?

Homme fort, femme faible ?

La relecture de « Pudeurs féminines » (Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010) me donne l’envie d’écrire quelques billets, en commençant par celui-ci.

Dans le chapitre 4, Bologne exprime l’idée, qui m’a surprise, que le 19ème siècle a été un siècle rétrograde dans le traitement qui est réservé aux femmes. Alors que Madame d’Epinay écrivait en 1772 « Il est bien constant que les hommes et les femmes sont de même nature et de même constitution » et Madame de Coicy en 1785 « L’anatomie la plus exacte n’a pu encore remarquer aucune différence entre la tête de la femme et la tête de l’homme », le discours change au siècle suivant.

Kerri Pottharst sur l’épaule de Victor Anfiloff – Photo de James Houston parue dans « The Sydney Dream » – Source : beautystarsart.blogspot.fr

Après le libertinage et les expérimentations égalitaires du 18ème siècle, voilà que revient la vision d’une inégalité intrinsèque entre homme et femme : Les nerfs dominent chez cette dernière, les muscles chez l’homme (Bologne, p.214). Vision qui s’écrit noir sur blanc dans le Code civil de 1803 : « La force et l’audace sont du côté de l’homme, la timidité et la pudeur du côté de la femme » !

Ainsi s’explique alors l’origine de la pudeur (considérée comme exclusivement féminine) : Faible, donc incapable de résister physiquement à la force de l’homme, la femme se doit d’être timide (réservée, pudique) pour échapper à l’homme (ce violeur-né ! semble-t-il). Cela ressemble beaucoup à certains discours de religieux fondamentalistes actuels.

Quelques jours après la fin des JO de Londres, j’ai eu envie d’illustrer cette soi-disant inégalité de force entre hommes et femmes en montrant quelques photos qui indiquent le contraire.  Le magazine Black+White avait publié dès les JO d’Atlanta en 1996 des photos d’athlètes australiens des 2 sexes, nus et forts (la photo de Kerri Pottharst, championne olympique de beach volley à Sydney et médaillée de bronze aux JO d’Atlanta, sur l’épaule du beach volleyeur Victor Anfiloff est un clin d’oeil ironique du photographe James Houston repris dans « The Sydney Dream »).

Ronda Rousey – Photo par Peggy Sirota – ESPN « The body issue » 2012 – Source : thespreadit.com

La chaîne de sport américaine ESPN a adapté dans un format annuel le concept de Black+White en publiant depuis 2009 dans sa version papier une « Body issue » qui offre des photos d’athlètes nus, hommes et femmes confondus, comme celle de la judokate Ronda Rousey (vice-championne du monde 2007, médaillée de bronze à Pékin, MMA fighter of the year 2011) parue dans la toute récente édition 2012.

Pour terminer, jetez donc un coup d’oeil sur cet article de l’Observer Sport Monthly du 2 mars 2008 qui présente la cycliste Victoria Pendleton (championne olympique de Keirin à Londres, championne olympique de vitesse individuelle à Pékin, championne du monde de vitesse individuelle 2005, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2012) photographiée par Alan Mahon, nue sur un vélo.

« Sprint cycling is about machismo. So how did petite, feminine Victoria Pendleton become world champion? » Je traduis : « Comment la petite et féminine Victoria Pendleton a-t-elle pu devenir championne du monde ? » Voici le genre de question qu’on aurait pu se poser au 19ème siècle, ne pensez-vous pas ?

Le Bras de la Justice et de la Vérité

Je ne sais pas si c’est la meilleure traduction pour « Tireless Champion for Justice and Truth » (cliquer sur la page dessinée ci-dessous pour lire les textes) mais ça m’amuse bien de comparer, pour une fois, une femme à un bras.

On ne parle pas de n’importe quelle femme, bien sûr, puisqu’il s’agit de Wonder Woman, un des super-héros de DC Comics et le seul qui soit une femme et qui puisse rivaliser avec Superman ou Batman. Les autres héroïnes de DC Comics (Supergirl, Catwoman, Power Girl…) sont un cran en dessous.

Avant d’écrire quelques articles sur la superhéroïne à la culotte bleue étoilée, je vais faire une succinte présentation de la dame, sans trop paraphraser Wikipedia. Pour celles et ceux qui ne  la connaissent pas, vous allez voir que le personnage est assez étonnant, truffé de clins d’oeil à l’Antiquité grecque… et à des pratiques inattendues dans des livres illustrés pour enfants.

– Wonder Woman s’appelle en fait Diana (comme Diane/Artémis, la déesse vierge, soeur d’Appolon, qui vit dans la nature, entourée de femmes – pour faire bref ! On en a déjà pas mal parlé : voir « Diane et Actéon« ). Diana est la fille d’Hippolyte, la reine des Amazones de l’île de Paradise Island (nom identique à celui d’une « vraie » reine amazone de la mythologie grecque). « Paradise Island », cela sonnait peut-être un peu trop comme le titre d’un épisode de « La croisière s’amuse » et l’île fut par la suite renommée Thémyscira (oui, c’est mieux).

– Diana sait se défendre. En plus de son entregent particulier dans le monde animal (elle ne s’appelle pas Diane pour rien), elle dispose d’un lasso de vérité et de deux bracelets protecteurs. Le lasso aurait été réalisé à partir de la fameuse ceinture d’Hippolyte (on en reparlera) et les bracelets auraient été forgés à partir de l’Egide d’Athéna (on pense que l’Egide était une sorte de bouclier recouvert d’une peau de chèvre). Elle dispose également de divers dons paranormaux et athlétiques.

– La princesse Diana de l’ile des femmes est envoyée dans le « monde des hommes » (le monde, quoi) sous le nom, très original, de Diana Prince. Elle y passe son temps à soumettre des hommes à sa loi (la loi des Amazones ? La loi des femmes ?), grâce à son lasso d’or. Fouet, lasso, corde, soumission… Il faudra qu’on revienne sur la signification de ce lasso, ainsi que celle des bracelets, ainsi que le recours constant au ligotage… mais une chose à la fois !

Wonder Woman Présidente - Numéro 7 de Wonder Woman - Hiver 1943 - Source : http://www.comicbookresources.com

Le personnage de Wonder Woman a été créé aux USA en 1941, l’année de Pearl Harbor, par le couple de psychologues William (Charles Moulton) Marston  (1893-1947) et  Elizabeth Sadie Holloway (1893-1993). Marston dit de Wonder Woman qu’elle est une propagande psychologique pour le nouveau type de femme qui devrait, selon lui, diriger le monde (citation dans Wikipedia). Il est intéressant de noter que les Marston avaient une vision assez particulière de la relation homme-femme puisqu’ils ont formé un ménage à 3 avec leur ex-étudiante Olive Byrne qui eut, comme Elizabeth, 2 enfants avec William.

Les bases étant posées, il y a maintenant quelques aspects qui mériteraient d’être détaillés.

Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix

Les 3 premiers chapitres de la Genèse constituent un texte bref mais pourtant contradictoire et obscur. Ces quelques dizaines de phrases ont eu une telle importance sur la représentation de l’homme et de la femme dans la société chrétienne (et, je suppose, juive ou musulmane) ainsi que sur le rôle dévolu à chaque sexe que je me propose d’y réfléchir pendant quelques jours.

Tout commence avec la Création (cliquer pour lire le texte de la Bible). Dans le premier chapitre de la Genèse, on suit la Création jour par jour. Dans le second, on apprend que Dieu crée l’homme puis le jardin d’Eden puis les choses bonnes à manger puis le bétail et les oiseaux puis, finalement, la femme, Eve, à partir d’une cote d’Adam. Le chapitre 3 est consacré à l’épisode du serpent et à l’expulsion du Paradis ; On en parlera plus tard.

Revenons à la création d’Adam et d’Eve selon le chapitre 2 de la Genèse. Voici sans doute l’illustration la plus connue de ce texte :chapelle sixtine,vatican,michel-ange,adam,eve,creationIl s’agit, bien sûr, d’une petite partie du plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican, peint de 1509 à 1511 par Michel-Ange. En bas : Dieu crée Adam. Au milieu : Dieu crée Eve qui sort du côté d’Adam, endormi.

Cette création d’Eve par Adam constitue un brillant renversement des rôles : Ici, contre nature, c’est l’homme qui accouche, qui met bas, qui enfante. Et l’homme accouche… de la femme, comme on le voit de façon encore plus parlante dans cette enluminure du quinzième siècle (dans la Genèse, Dieu façonne Eve à partir d’une cote d’Adam ; Ici, Eve sort du ventre d’Adam) :

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Naissance d'Eve, enluminure du manuscrit "Miroir de l'humaine salvation" conservé au musée Condé, château de Chantilly - Ecole française, XVème siècle - (C) RMN (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Cette étrange vision inversée de la maternité contredit la création de la femme donnée dans le chapitre 1 de la Genèse. Ce chapitre liste les oeuvres de Dieu pendant les 6 journées de la création. Voici ce que Dieu fit le sixième jour :

(…) 1.26. Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.
1.27. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme.
1.28. Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.
(…) 1.31. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Ainsi, dans le premier chapitre, Dieu crée l’homme et la femme, directement. Pas l’homme d’abord puis la femme à partir de l’homme. Le chapitre suivant commence par le 7ème jour (logique, puisqu’on vient d’avoir l’énumération des six premiers jours), le jour du repos. Et puis voilà qu’un nouveau récit de la création de l’homme vient se coller là, celui dont on a déjà parlé, de la cote d’Adam. De nombreux analystes voient dans ces deux récits deux histoires différentes, deux origines différentes, collées bout à bout et finalement amalgamées.

De cet amalgame, c’est la version de l’homme accoucheur qui sort gagnante. Il n’y a quasiment aucune représentation de la création « paritaire » de l’homme et de la femme par Dieu (je n’en ai trouvée aucune) mais il y a quand même cette très belle vision d’Adam et Eve au Paradis qui mériterait, malgré sa modeste taille, de supplanter celle de Michel-Ange.

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La Création du monde et le mariage d'Adam et Eve - Enluminure du manuscrit français des "Antiquités judaïques" - Attribué au maître du Hannibal de Harvard - vers 1470-76 - Bibliothèque Nationale de France, Paris - Image templestudy.com

Cette enluminure est souvent attribuée à Jean Fouquet qui n’a cependant réalisé que 9 des 12 illustrations du manuscrit français des « Antiquitates iudaicae » de Flavius Josèphe (et pas celle-ci). Dans l’enceinte du jardin d’Eden, au terme des 6 journées de création, on assiste à la célébration divine du mariage d’Adam et Eve, cérémonie qui ne figure pas en tant que telle dans la Genèse. Ce qui est rarissime et plaisant dans cette enluminure, c’est de voir Adam et Eve au Paradis, sans aucune trace de domination, de honte ou d’une quelconque faute de l’un ou de l’autre. Juste l’homme et la femme, ensemble, nus et égaux sous la bénédiction de Dieu qui semble leur souhaiter bienvenue et longue vie dans le monde qu’il vient de créer.