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Sasha Callipyge, Vénus moderne

Après l’article sur François Boucher, me voici arrivée au terme de cette mini-série sur la représentation du cul dans l’histoire (de l’art).

En guise de conclusion, je voulais trouver quelques très jolies photos de cul. J’en avais beaucoup sous les yeux mais aucune ne me satisfaisait. Pourquoi ? Parce que les plus belles paires de fesses appartenaient toutes à des anonymes. Impossible de mettre un nom sur ces culs… jusqu’à ce que je tombe sur elle :

Là, je me suis dit : « This is her ! » Pas la peine de continuer à chercher ! Je pourrais peut-être en trouver une autre qui soit aussi bien qu’elle mais je ne pourrais pas en trouver une qui soit mieux : Voici la Vénus callipyge moderne (pour ceux qui ne parlent toujours pas le grec ancien, voir l’article « L’exception Callipyge« ).

Sasha Grey est la personne idéale pour clore cette série sur le cul car elle a une paire de fesses magnifique, bien sûr, mais aussi parce que c’est une actrice… de films de cul. 130 films en 2 ans, dont « House of Ass » N°3, « Lord of Asses » N°13, « Little Titties, Tight Holes » N°3, « In thru the backdoor », « Assault that Ass » N°9… Bref, du cul !

[Photos scannées dans l’édition US du magazine Playboy, décembre 2009, et visibles sur le web]

Les précurseurs du cul : XVIème – Dürer

D’abord une petite définition : Par « précurseur du cul », j’entends un artiste qui a présenté le cul (d’une femme) comme personne ne l’a fait avant lui. A ce stade, je vous demande l’indulgence : je ne suis pas une historienne de l’art et je vais peut-être me tromper par ignorance (ce n’est pas une bonne excuse, je sais). Allez ! Tout cela n’est pas très grave. Je me lance.

Mon premier précurseur sera donc l’Allemand Albrecht Dürer (1471-1528) et je l’ai choisi pour ce bas-relief visible au MET :

Albrecht Dürer - "Femme nue vue de derrière" - 1509 - Metropolitan Museum of Art, New York (Cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

C’est à ma connaissance la première représentation d’une femme seule, nue, debout, de dos (j’attends avec impatience le bombardement de contre-exemples par tous ceux qui se gaussent déjà de mes lacunes). Mais, même si je me trompe, Dürer mérite sa place de précurseur. N’oublions pas qu’il a formé dans son atelier mes amis et géniaux pornographes Pencz et Beham frères !

Je remarque que le thème de la baigneuse qui montre ses fesses devait être dans l’air du temps en Allemagne à cette époque. Je vous ai déjà montré la gravure d’une « Badende » aux belles fesses exécutée par un contemporain de Dürer, Ludwig Krug, dans l’article « bain et voyeurisme« .

Ce thème va redevenir à la mode deux siècles et demi plus tard, avec l’Italien Hayez et, surtout, plusieurs peintres français.

Hayez et Baudry justifient encore leurs images de nues par l’intention de représenter la déesse Vénus. Courbet prétend encore flirter avec l’allégorie (mais qui a donné ce nom à cette toile ?). Chassériau, lui, ne s’encombre plus de prétexte.

 

Francesco Hayez (1791-1882), « Vénus aux deux colombes » ou « Portrait de la ballerine Charlotte Chabert en Vénus », 1830, Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto, Palazzo delle Albere, Trento (Italie)

 

Paul Baudry (1828-1886), « La toilette de Vénus », 1858, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

Théodore Chassériau (1819-1856), « Baigneuse », 1842, Bayerische Staatsgemäldesammlungen (Nouvelle Pinacothèque ?), Münich

courbet,source 

Gustave Courbet (1819-1877), « La source », 1862, The Metropolitan Museum of Art, New York

Certains appellent ces femmes des « Vénus callipyges » (voir article « l’exception callipyge« ) parce qu’elles ont de belles fesses. Même si cela semble vrai, étymologiquement, moi je préfère penser que l’important n’est pas que ces femmes ont de belles fesses mais c’est plutôt qu’elles les montrent.

L’exception callipyge

Dans le triste paysage d’un monde sans cul (voir article « Des millénaires d’art sans cul« ), la Vénus callipyge est une remarquable exception. Bien sûr, les statues de femmes nues abondent depuis la Venus pudica de Cnide (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ) mais attention ! Les statues de femmes nues se regardent toujours de face. Le cul est là, bien sûr, puisqu’il s’agit d’une statue de femme nue mais il est derrière. Accessoire. Secondaire.

La Vénus callipyge est complétement différente. Elle est UNIQUE : Elle soulève sa robe pour montrer son cul qu’elle se retourne pour regarder. La partie la plus importante de la statue, c’est le cul. Sa face avant est son derrière.

Jean-Jacques Clérion - "Vénus callipyge" - 1686 - Parc du château de Versailles - Photo par Ackteon sur Flickr (Merci Ackteon ! Pour voir l'original, cliquer la photo)

La Vénus callipyge la plus ancienne connue date du 1er siècle avant JC et est actuellement exposée au musée archéologique national de Naples. Elle a été découverte à Rome au 16ème siècle sans sa tête. C’est à cette époque qu’on l’a restaurée avec une tête qui regarde son cul. On ne sait pas ce qu’elle regardait avant. L’érotisme que dégage cette Vénus était donc peut-être moindre à l’époque romaine. On pense qu’elle est la copie d’une statue plus ancienne qui était honorée dans un temple de Syracuse (ville grecque -à l’époque- de Sicile) consacré à Afrodite Kallipygos, l’Aphrodite aux belles fesses.

Cette Vénus a été copiée à son tour à la fin du 17ème siècle par Jean-Jacques Clérion (photo ci-dessus) pour décorer les jardins du château de Versailles.  Une autre copie destinée à Versailles (et maintenant exposée au Louvre) a été exécutée par François Barois à la même époque. Pour ne pas EFFAROUCHER LA PUDEUR du public (cf notice du Louvre), les fesses de la déesse ont été recouverte d’une draperie de plâtre. Cette draperie est toujours en place actuellement sur les fesses de Vénus. Notez par ailleurs que la notice du Louvre ne nous présente pas la statue « de face » (sachant que dans ce cas très particulier, sa face, c’est son cul). Serait-ce par pudeur ? Cette histoire rappelle la jupette de plâtre que la Vénus « Colonna » du Vatican portait jusqu’en 1932 (voir « Le jour où commença le culte du corps féminin« ). Pour en finir avec ces histoires de pudeur, j’ajouterai que la Vénus callipyge de Naples a connu des aventures similaires en se retrouvant très longtemps exposée dans une cour fermée à clé, sous la surveillance d’un gardien (juste au cas où un dévot forcené du culte aphrodisiaque essayait de prendre la déesse de force et d’enfoncer son dard dans son cul de pierre ? Ne doutons pas de la puissance des pulsions masculines !).

La Vénus callipyge a bien sa place dans ce blog où il est surtout question de la dévotion que les hommes portent à leurs idoles féminines. Cul, impudeur, culte, beauté… Tout y est. Je reprendrai donc à mon tour les vers de Jean de La Fontaine dans son « conte tiré de l’Athénée » (ne me dîtes pas qu’il y a un jeu de mots avec con-tiré !) :

Du temps des Grecs deux soeurs disaient avoir
Aussi beau cul que fille de leur sorte;
La question ne fut que de savoir
Quelle des deux dessus l’autre l’emporte:
Pour en juger un expert étant pris,
A la moins jeune il accorde le prix,
Puis l’épousant lui fait don de son âme;
A son exemple un sien frère est épris
De la cadette, et la prend pour sa femme;
Tant fut entre eux, à la fin, procédé,
Que par les soeurs un temple fut fondé
Dessous le nom de Vénus belle-fesse;
Je ne sais pas à quelle intention;
Mais c’eût été le temple de la Grèce
Pour qui j’eusse eu plus de dévotion.

(Ce conte reprend une histoire racontée dans « Les Deipnosophistes », une série de 15 livres écrits au début du 3ème siècle après JC par Athénée de Naucratis, à l’origine du nom de la Vénus callipyge)