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Portrait de Samara par Cynthia Westwood

cynthia westwood, samara 2, 2007

N’est-ce pas le prototype même de la femme à sa toilette ? Pas de bijou, de collerette ou de voile transparent comme sur les portraits réalisés par des anonymes de l’Ecole de Fontainebleau, certes, mais une femme qui bricole dans ses cheveux (et quels cheveux !), comme sur tant de toiles des siècles passés. On en parlera dans le prochain article.

[Samara #2, peint en 2007 par C. Westwood, est visible sur le site de la galerie Bertrand & Gruner]

Le bathtub

Comme promis dans  l’article précédent, je vais parler un peu d’hyperréalisme tout en glissant doucement des tubs métalliques des années 1900 vers les bathtubs de céramique des années 2000.

D’abord, il s’agit bien ici de peinture et non de photos (pour les photos de femmes dans des baignoires, voir l’article sur les dames au bain ou le travail de Lucie et Simon). Concernant les artistes, il s’agit de 2 femmes, américaines toutes les deux.

La première, Lee Price, se spécialise dans un thème extrêmement pointu : la femme qui mange (et notamment nue dans sa baignoire) ! Il fallait y penser. Pour une raison que je ne m’explique pas, le résultat est assez envoûtant.

Lee-Price-Self-Portrait-in-tub with ice creamLee Price, « Self-portrait in tub with ice cream », 2007

Lee-Price-Strawberry-SwirlLee Price, « Strawberry Swirl »

L’autre artiste est Cynthia Westwood (née en 1969) qui s’intéresse à la femme nue dans sa salle de bains, qu’elle soit dans sa baignoire ou sous la douche, en train de se shampouiner ou de se sécher les cheveux… Dans la tradition d’un Bonnard, je suppose, qui raffolait du même sujet (mais ne le peignait pas du tout de la même façon).

cynthia westwood ,lying-in-bath 2007Cynthia Westwood, « Lying in bath », 2007

cynthia westwood,white-bath 2004Cynthia Westwood, « White bath », 2004

[Tous les visuels proviennent des sites des artistes, sauf « Lying in bath » qui est visible sur le site de la galerie Bertrand & Gruner à Genève]

Le tub

Puisqu’on évoque depuis quelques temps déjà le thème du bain, arrêtons-nous, le temps d’un article, sur un objet très en vogue auprès des peintres de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème : le tub.

Le succès de cette bassine circulaire (pas très différente des baquets utilisés au bain par les femmes des frères Beham dans l’article précédent) commence avec deux artistes impressionnistes : Edouard Manet (1832-1883) et, surtout, le très prolifique Edgar Degas (1834-1917) qui n’a pas peint que des danseuses et des chevaux.

edgar degas, le tub,1886,orsay edouard-manet_1878_le-tub_orsay

Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Edgar Degas, 1886, exposé au musée d’Orsay à Paris – A droite : « Le tub » par Edouard Manet, 1878, musée d’Orsay.

20 ans plus tard, ce sont les « Nabis » qui prennent le relais, notamment Pierre Bonnard (1867-1947) qui peint un grand nombre de femmes nues au bain dans des portraits pleins de couleurs comme le magnifique contrejour, ci-dessous, visible à Bruxelles. C’est aussi un grand plaisir de faire figurer Félix Vallotton (1865-1925) dans cette liste, grâce à ces « Femmes à leur toilette » à l’ambiance très surprenante de bains turcs (mais ce n’en sont pas !) trouvées par hasard sur le site de la maison Sotheby’s.

Pierre Bonnard, Model in backlight, nu a contre jour, v1908, mrba de belgique felix vallotton,femmes à leur toilette

Ci-dessus à gauche : « Nu à contre jour » par Pierre Bonnard, vers 1908, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles – A droite : « Femmes à leur toilette » par Félix Vallotton, 1897, collection particulière.

A cette même époque, on trouve le Suédois hors-norme (et spécialiste du nu) Anders Zorn (1860-1920) ainsi que le génial Gantois, pointilliste et membre des « Vingts », Théo Van Rysselberghe (1862-1926). Notez que la « jeune fille au tub » fait beaucoup plus penser à une peinture hyper-réaliste contemporaine à la Lee Price ou à la Cynthia Westwood (on en parlera bientôt) qu’à une toile pointilliste à la Seurat. Cette jeune fille mériterait d’être vue de plus près !

anders zorn,le tub theo van rysselberghe,1925,jeune fille au tub,coll part

Ci-dessus à gauche : « Le tub » par Anders Zorn, 1888, collection particulière – A droite :  « Jeune fille au tub » par Théo van Rysselberghe, 1925, collection particulière.

Enfin, pour finir, pourquoi ne pas mettre côte à côte une toile du célébrissime Pablo Picasso (1881-1973) et une de l’inconnu Emil Pap (1884-1949?) ?

picasso, chambre bleu,phillips collection emil pap, the bather, la baigneuse

Ci-dessus à gauche : « La chambre bleu » (The blue room) par Pablo Picasso, 1901, The Phillips Collection à Washington DC – A droite : « La baigneuse » (The bather) par Emil Pap.

Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage

Les frères Beham ne sont pas vraiment prudes : Hans Sebald (1500-1550) et son frère cadet Barthel (1502-1540) représentent à tour de bras des paysans qui se tripotent ou qui s’embrassent (et pas mal de mecs qui vomissent leur quatre heures), des vieux qui pelotent des jeunes, des bites qui pendent, des types qui tiennent la bite d’un autre et, bien sûr, des chattes. Très peu d’artistes occidentaux ont jamais montré la fente du sexe de la femme (cf « En Orient, le femme a le pubis fendu« ) et c’est aussi le cas au 16ème siècle, époque confuse de la Renaissance, époque de raffinement artistique et d’affrontements sanglants entre catholiques et protestants, époque de la prostitution à grande échelle pour les unes et des femmes voilées pour les autres. Pourtant, les Beham, eux, n’hésitent pas : leurs femmes écartent les cuisses et présentent leur fente au monde (quand elles ne se la font pas tripoter). Le moment du bain est parfait pour exposer tous ces attributs. Exemples :

Hans Sebald Beham, Frau mit zwei Kindern in der Badestube (femme avec deux enfants dans la salle de bains), apr. 1540, gravure visible entre autres à la Kunsthalle zu Kiel et au musée du Louvre (sous le titre de "La femme se lavant les pieds")

Cette femme nue qui se regarde dans un miroir, affairée à sa toilette  avec deux putti pour l’assister, est vraisemblablement une Vénus. La ressemblance avec la Vénus au miroir peinte par le Titien en 1555 est frappante… en plus cru ! Jambes écartées, pubis rasé, lèvres du sexe apparentes : les frères Beham n’hésitent pas à montrer la femme sous toutes les coutures, en partie par goût personnel sans doute, en partie peut-être aussi pour assurer le succès commercial de leurs créations, sortes de précurseurs des BD pour adultes.

Cette gravure est aussi un travail collectif des deux frères puisqu’on pense que la petite cuve et les deux putti ont été ajoutés par Hans Sebald à une planche originale de son frère (Barthel, bien que deux ans plus jeune que Sebald, est mort 10 ans avant son frère aîné).

Hans Sebald Beham, Les trois femmes au bain, 1548, visible entre autres au musée du Louvre

La pose de cette femme-là est pour le moins inhabituelle : debout, les jambes largement écartées, un putto devant, une femme vieille et grasse derrière qui lui caresse le sexe pendant qu’une troisième femme lui masse le dos !

Il s’agit encore d’une sorte d’oeuvre « collective » puisque cette gravure de Hans Sebald est la copie inversée d’un original de Barthel que l’on peut voir au Louvre.

Hans Sebald Beham, Le bouffon et les baigneuses, 1541, visible entre autres au musée du Louvre et à l'Art Institute de Chicago

Et voici la dernière image de « femme au bain » par les Beham que j’ai pu trouver. Cette fois-ci, pas de femmes qui s’admirent dans un miroir ou qui se tripotent mais deux femmes nues qui, pendant leur bain, s’attaquent à un bouffon pour le déshabiller. Pas de fente apparente ici, mais 1 bite et ses 2 petites couilles.

Les gravures des Beham étaient conformes à leur vision du monde souvent non orthodoxe, voire « révolutionnaire »… et elles leur apportèrent quelques ennuis. Après un séjour de Thomas Münzer à Nuremberg en 1524, les jeunes frères Beham et leur ami (et collègue graveur) Georg Pencz sympathisent avec les idées du pasteur réformateur et ancien disciple de Luther. On peut cependant douter que les trois compères rejoignent le mouvement de Münzer (qui préconise la « guerre des paysans » contre les princes et le clergé pour travailler moins et consacrer plus de temps à Dieu ), vu la foi très incertaine des Beham et de Pencz. En janvier 1525, les trois artistes, surnommés « gottlosen » (sans Dieu, impies), sont arrêtés avec d’autres accusés et traduits en justice. Alors que la ville est partagée sur les questions religieuses (cette même année, le conseil municipal soutenu par la majorité de la population décidera de réformer la ville suivant les idées de Martin Luther), ils sont condamnés à la peine relativement légère du bannissement. En 1527, Barthel s’installe à Munich où il deviendra le peintre officiel de la cour de Bavière. En 1528, Sebald retourne à Nüremberg d’où il est de nouveau expulsé l’année suivante, cette fois-ci pour diffusion d’oeuvres pornographiques. Il part travailler à Munich puis, à partir de 1532, il s’installe définitivement à Francfort où il tiendra un bar « mal famé » jusqu’à sa mort.

(Sur le procès des frères Beham et le bar mal famé de Sebald à Francfort, voir le livre de Jean Wirth « La jeune fille et la mort. Recherches sur les thèmes macabres dans l’art germanique de la Renaissance. » Genève, Librairie Droz, 1979)

Dames au bain – Version moderne

Depuis François Clouet (voir articles précédents), les dames au bain font un peu moins de cérémonie : fini le rideau rouge pour le spectacle, finis les servantes, les nourrices et les gosses accoudés au rebord de la baignoire. Le point de vue du spectateur a aussi un peu évolué : désormais, il surplombe la baigneuse, ce qui lui permet de mater les jambes, les cuisses, les fesses et le sexe de la dame… surtout quand il y a peu d’eau.

En haut à gauche, une jeune femme qui se baigne habillée (rappelez-vous le portrait de Gabrielle d’Estrées dans un vêtement transparent sur le tableau du musée de chantilly) photographiée par le celui qui est aussi coiffeur et maquilleur : TH Taylor.

En haut à droite, sur la couverture du magazine MetArt, Adèle D se baigne dans du lait (d’ânesse ?) avec des fraises ! Photo d’Anaïs Demois.

En bas à gauche : Isabel Vinson photographiée par Brian Doherty.

En bas à droite : Photo de Boris Bugaev.

J’ajouterai une autre photo de ce même Boris Bugaev, visible sur 500px.com, d’un visage de jeune femme qui prend son pied dans son bain (ci-dessous à gauche)… uniquement parce que ce visage est très beau et tellement rayonnant. Bliss ! Et, pour finir, je proposerai une autre jeune fille d’un photographe russe, Dagldiyan Murbo (plus de photos sur Photodom), qui pourrait être la soeur de la première : même pose, même béatitude. Ah… Sainte vierge…

Dames au bain : le méli-mélo des copier-coller

Après la mise au point concernant les peintures représentant une « dame à sa toilette », je vais m’attaquer avec délectation à un sujet beaucoup plus bordélique : les représentations des « dames au bain » par ce qu’on appelle, pour faire simple, l’école de Fontainebleau.

Commençons par la seule « dame au bain » officiellement attribuée à François Clouet (av. 1520-1572) :

françois clouet

A lady in her bath (Femme au bain), François Clouet, vers 1571, National Gallery of Art, Washington

Tout comme les 3 « dames à leur toilette » de l’article précédent sont maintenant considérées des femmes anonymes, la dame au bain portraiturée par Clouet n’a pas reçu de nom par les spécialistes de la National Gallery of Art de Washington. Ces derniers refusent d’y voir le visage de Diane de Poitiers (1500-1566), la maîtresse et confidente d’Henri II (1519-1559), roi de France et mari de Catherine de Médicis.

Le musée Condé de Chantilly n’a pas tant de scrupules : Pour lui, le portrait de Washington est bien celui de Diane de Poitiers tout comme le « clone » qu’il possède serait celui de Gabrielle d’Estrées (apr. 1570-1599), maîtresse du roi de France Henri IV (1553-1610) qui épousera Marie de Médicis à la mort de Gabrielle. Les 2 enfants seraient les « bâtards » mâles de Gabrielle et Henri : César et Alexandre.

gabrielle d'estrées, chantilly

Gabrielle d'Estrées au bain, école française, 4ème quart du 16ème siècle ou 1er quart du 17ème siècle, musée Condé, Chantilly, © Réunion des musées nationaux ; © René Gabriel Ojéda

Plus intéressant et nettement plus connu, voici Gabrielle d’Estrées au bain avec une des ses soeurs. Le pince-téton indiquerait que Gabrielle est enceinte (?).

Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs, Ecole de Fontainebleau, 4ème quart du 16ème siècle, Musée du Louvre, image sur Wikimedia Commons

Et voici, ci-dessous, une copie des 2 soeurs au bain. La pose est légèrement différente et le pince-téton n’est plus de mise mais la vieille nourrice des deux premières toiles est de retour, bien qu’inversée.

Gabrielle d'Estrées et sa soeur, la duchesse de Villars, 4ème quart du 16ème siècle-début du 17ème siècle, Musée National du Château de Fontainebleau, © C. Jean Réunion des musées nationaux

Et pour finir en beauté ce petit tour des copies, voici une miniature du 18ème siècle qui s’appelle « deux jeunes femmes nues », pour ne pas citer Gabrielle et sa soeur. La nourrice a dégagé, remplacée par… ce bon vieux roi Henri !!!

Deux jeunes femmes nues dans une baignoire, dans le fond Henri IV, 18ème siècle, musée du Louvre département des Arts graphiques, © Musée du Louvre, M. Beck-Coppola