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Ama fantasmées : Amazones, sirènes, lesbiennes…

Après plusieurs articles consacrés aux ama, ces femmes-plongeuses qui exerçaient leur métier presque nues le long des côtes nippones, le sujet n’est toujours pas épuisé. Loin de là ! Avec le célèbre dessin érotique (shunga) d’Hokusai, « La plongeuse et le poulpe », on a à peine abordé le fantasme collectif que les ama ont déclenché chez les Japonais mâles. Il est temps d’approfondir un peu la discussion.

"Awabi tori" (Pêche à l'awabi) - Kitagawa Utamaro - vers 1795 - Source : japanese-antique-auction.jp

Pour commencer, l’ « awabi tori » de Kitagawa Utamaro (1753-1806) est sans nul doute un chef d’oeuvre parmi les shunga non pornographiques. Ce triptyque représente deux plongeuses qui se détendent, une autre qui allaite son petit et, enfin, deux autres au travail. Bien que réalisé à l’époque de la Révolution Française, le triptyque ressemble à certaine propagande optimiste des communistes des années 1950 : une célébration de la travailleuse et de la mère de famille, de l’amitié et de la solidarité entre femmes, ainsi que de la beauté du corps.

"Pêcheuses d'awabi sur la côte" - Kunisada Utagawa - vers 1840 - Source : akantiek.eu

Vues par Kunisada Utagawa (1786-1865), les ama deviennent un fantasme sexuel. Comment pouvait-il en être autrement ? Les femmes japonaises ne sont jamais nues, pas même torse nu. Elles sont plutôt lourdement vêtues et, en général, seuls les visage et les mains s’offrent à la vue. Et voici ces femmes étonnantes : elles vivent et travaillent ensemble ; leur métier est physique, difficile, dangereux ; leurs seins sont nus et leur pagne cache à peine leur sexe. Ces plongeuses nues excitent l’imaginaire masculin autant que les combattantes Amazones ont su le faire depuis des millénaires.

Utagawa a représenté tout cela : la performance physique (sauter à l’eau, lutter contre le froid), la force et l’absence de peur (le couteau entre les dents), le sexe impudique (cuisses ouvertes et vulves exposées, jupes relevées et grosse chatte poilue montrée). Remarquez la femme debout qui tord sa jupe : C’est la même qu’avait dessinée Utamaro mais, 40 ans plus tard, le sexe n’est plus dissimulé.

"Concombre de mer" - Katsushika Hokusai - vers 1810 - Source : akantiek.eu

Pour terminer, voici de nouveau Katsushiha Hokusai (1790-1849). Celui-ci saute à la conclusion, comme beaucoup d’hommes le feraient sans doute, que toutes ces femmes nues qui vivent ensemble ont forcément des rapports sexuels. Amazones et lesbiennes.

Je n’ai pas trouvé de shunga de lesbiennes en gode-ceinture mais celui-ci n’est-il pas bien meilleur ? Après le cunni du poulpe, Hokusai nous livre la pénétration par le concombre de mer.

[Retrouver les images HD sur japanese-antique-auction, akantiek et encore akantiek]

Awabi

Voici donc un « awabi », le coquillage recherché par les plongeuses de l’île d’Hekura photographiées par Fosco Maraini (voir articles précédents sur les ama du Japon). En français, on l’appelle un ormeau (abalone en anglais, orecchi di mare en italien) et on le connaît moins pour sa chair que pour sa coquille nacrée et trouée. Vous trouvez que ça ressemble  à une vulve, une chatte, une amande, une mandorle ? Attendez de voir les photos suivantes ! 

Que ceux qui pensent que notre moule sent la marée se collent un awabi sous le nez !

Blague (pas très fraîche, je vous le concède) à part, je n’avais jamais vu un ormeau vivant et je ne savais pas que ça ressemblait autant à une vulve. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la couverture du livre de Fosco Maraini, dans sa version originale italienne de 1960, « L’isola delle pescatrici » (l’île des pêcheuses), publiée par les éditions Leonardo da Vinci à Bari. Pourquoi un coquillage quand une fille nue serait plus vendeuse et plus représentative des photos prises par Maraini ? La version anglaise (Hekura : The diving girls’ island, Hamish Hamilton, 1962) n’hésite d’ailleurs pas à montrer une ama torse nu. A moins que la coquille ne soit finalement pas si prude : un rond nacré et troué, ça évoque déjà quelque chose, que dire de l’animal qui y vit ! Puisque l’éditeur se trouvait à Bari, je me demande si on pêche l’oreille de mer dans l’Adriatique.

Pour en terminer avec ce joli coquillage, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un plat appétissant cuisiné par le restaurant japonais Tsukiji à Richmond au Canada. On me reprochera encore mon esprit tordu mais n’est-ce pas là une magnifique représentation d’un sexe féminin ? La rondelle de radis à l’emplacement exact de l’orifice du vagin, les fines lamelles d’algues qui rappellent des poils, même le plat en remet une couche avec sa forme originale de lèvres pulpeuses. Pour les sceptiques, j’ai placé en dessous un shunga dont j’ignore malheureusement pour l’instant l’auteur. N’hésitez pas à cliquer dessus pour voir les détails parfois inattendus. Alors ?