Archives de Catégorie: Surplis décolletés

Eugénie et son amour de la gorge nue

Le billet précédent était consacré à la robe de bal (aussi appelée robe du soir), seul vêtement décolleté de la garde-robe féminine de la fin du 19ème siècle. Il m’a permis de m’intéresser à Eugénie de Montijo, impératrice des Français de 1853 à 1870 et toujours représentée en robe de bal.

Franz Xaver Winterhalter – « Portrait de l’impératrice Eugénie entourée de ses dames d’honneur » – 1855 – Musée national du château de Compiègne – Source : wikimedia commons

Au vu de la fameuse toile de Winterhalter (1805-1873) qui représente l’impératrice entourée de ses dames d’honneur (pourquoi appelle-t-on ces dames de compagnie des dames d’honneur ?), on pourrait même se demander si Eugénie et son entourage vivaient toute la journée en robe du soir.

J’ai trouvé très amusant d’apprendre dans le livre de JC Bologne déjà maintes fois cité qu’Eugénie n’hésitait pas à virer de sa loge des dames « collet monté » qui ne montraient pas suffisamment leur gorge. On peut supposer que le fort goût pour le grand décolleté qu’entretenait Eugénie a contribué à la diffusion de cette mode vestimentaire au sein de l’aristocratie et de la bourgeoisie française et européenne.

Il existe plusieurs très beaux portraits d’Eugénie en robe à grand décolleté (qui montre ses épaules), notamment ceux d’Edouard Dubufe visible à Compiègne et de Claude Dubufe conservé à Versailles, mais aucun n’est aussi connu que celui exécuté par Winterhalter pour le sacre de l’impératrice en 1853. En effet, ce tableau dont l’original semble se trouver au Napoleonmuseum Thurgau au château Arenenberg en Suisse (à moins qu’il ne soit au Museo Napoleonico de Rome), a été copié en de nombreux exemplaires visibles dans divers musées et préfectures. Regardez bien ce détail du portrait :

Détail du portrait d’Eugénie, Impératrice des Français – d’après Franz Xaver Winterhalter – 1853 – Source : wikimedia commons

Que penser du décolleté d’Eugénie ? N’est-il pas incroyablement profond ? Je ne pense pas délirer en avançant qu’on voit en fait le côté du sein droit, judicieusement couvert par le collier de perles de l’impératrice. Voilà donc un portrait terriblement osé et sensuel, diffusé par voie officielle sur tout le territoire national ! Bravo, Eugénie.

Le bal : Seul endroit où la poitrine respirait

Ainsi le 19ème siècle fut-il un siècle rétrograde pour la femme (voir billet « Homme fort, femme faible ?« ) !

Je pense que ça peut se deviner dans l’habillement de l’époque. Après l’excentricité des Merveilleuses du Directoire (voir « Liberté, Egalité, Sexualité ?« ) et les robes ouvertes au ras du téton des dames de l’Empire (cf « Les vertigineux décolletés de l’Empire« ), les femmes de la Restauration, du Second Empire et de la Troisième République remontent leurs cols et ferment les boutons.

Jean Béraud – La Pâtisserie Gloppe – 1889 – Musée Carnavalet, Paris – Source : Wikimedia Commons

Ce n’est pas parce qu’il fait froid que les clientes de la pâtisserie Gloppe sont  couvertes de la tête aux pieds (regardez bien : seule la peau du visage et des mains dépasse !) mais parce que c’est comme ça qu’il faut s’habiller. Les promeneuses peintes en 1909 par Joaquin Sorolla sur une plage ensoleillée n’exposent pas plus de peau. Vérifiez toutes les peintures et tous les daguerréotypes que vous pourrez trouver ! C’est toujours ainsi. Pendant un siècle, entre l’Empire et les Années Folles, le corps des femmes est entièrement camouflé dans des vêtements qui ne laissent à nu que la tête et les mains. Remarquez que c’est la même chose pour les hommes, engoncés dans leur costumes.

Il existait cependant pour les femmes, dans ce monde sans chair apparente, un moment d’exception ; Un moment où il fallait découvrir sa poitrine et ses épaules : Le bal.

Charles Chaplin – « Prête pour le bal masqué » – Collection particulière – Source : artmight.com

J’ai longtemps cherché une scène de soirée parisienne comme parallèle à la scène de jour de la pâtisserie Gloppe. Je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Il y avait bien le « bal » de Julius Leblanc Stewart (1855-1919) mais faute d’informations précises sur cette oeuvre (Est-ce une photo colorisée ? Quand fut-elle réalisée ? Où se passe ce bal ?…), j’ai laissé tomber. Quant au tableau « Une soirée » de Jean Béraud (1848-1935), il montre plus les hommes que les femmes.

A la place, je suis heureuse d’afficher une oeuvre assez peu connue de Chaplin (1825-1891), peintre portraitiste de grand talent, très intéressé par les épaules et les  poitrines, ainsi que par les très jeunes filles, leur colombe et leur nid (il faudra absolument que je consacre un billet à cela !). Le tableau représente une jeune femme prête pour le bal (masqué) et vêtue d’une robe profondément ouverte.

Je ne résiste pas au plaisir d’ajouter le portrait d’une autre jeune femme dans une robe de bal, également avec un « grand décolleté » (le nec plus ultra du décolleté,  qui dégage les épaules) exécuté par Berthe Morisot (1841-1895).

Berthe Morisot – « Au bal » ou « Femme à l’éventail » – 1875 – Musée Marmottan-Monnet, Paris – Source : the-athenaeum.org

La « jeune femme en robe de bal » du musée d’Orsay, peinte 4 ans plus tard par la même Berthe Morisot, vaut également un clic.

Dans « Pudeurs Féminines » (Editions du Seuil, 2010, pp 227-230) Jean-Claude Bologne expose la complexité des codes de l’habillement féminin à la fin du 19ème siècle. La robe à grand décolleté est le vêtement qui convient (en latin decet) pour le bal. C’est le vêtement décent pour l’occasion. Mais certaines femmes ne le trouvent pas assez pudique et réduisent l’échancrure du col ou le couvrent d’une étoffe. D’autres remontent franchement leur col. La jeune femme en jaune peinte dans « Evening » par James Tissot en 1885 fait  de toutes évidences partie de ces bêcheuses au « collet monté ».

Notez que la robe décolletée est en fait une robe de sortie ou robe du soir. Elle s’utilise pour le bal, bien sûr, mais aussi pour le théâtre, pour l’opéra ou pour un dîner mondain. L’Américaine Mary Cassatt (1844-1926), une élève de Charles Chaplin, a peint plusieurs portraits de femmes à l’Opéra de Paris :

Mary Cassatt – « Woman (vraisemblablement Lydia, la soeur de Mary) with a Pearl Necklace in a Loge » ou « Dans la Loge » – 1879 – Philadelphia Museum of Art – Source : Wikimedia Commons

PS : Les illustrations que j’ai choisies nous ont emmenés dans le petit monde de la bourgeoisie et de l’aristocratie parisienne. La situation était tout à fait similaire dans la haute société des autres pays européens (cf « Hush ! » de James Tissot qui nous présente une soirée mondaine à Kensington en 1875). Quant au « petit peuple », qu’il soit parisien ou provincial, sa garde-robe était plus limitée et sûrement pas plus déshabillée.

Homme nu, femme habillée : un concept très antique

Après un article sur l’absence d’érotisme de la nudité masculine et sur la spécificité féminine de la pudeur (voir « La nudité masculine, elle, n’est pas érotique« ), il me semble intéressant de faire un petit voyage dans le passé pour tester tout cela au pays des JO (on vient aussi d’en parler), berceau de l’Occident: la Grèce . A l’instar de la société occidentale moderne, la Grèce antique ne débordait-elle pas de représentations de femmes nues ? Non. Sûrement pas. Comme les cariatides de l’Erechthéion, les femmes grecques sont toujours montrées couvertes. Seules exceptions : les prostituées, les danseuses et, bien sûr, Aphrodite (en tous cas depuis qu’elle fut représentée ainsi à Cnide : lire « Le jour où commença le culte du corps féminin« ).

[Ci-dessus, à gauche : « Phrasikleia Korè », 1 mètre 79, datée de 550-540 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvée à Myrrhinus (Grèce), photo par Saïko – A droite : « Kroisos Kouros », 1 mètre 94, daté de 540-515 avant JC, servait à indiquer l’emplacement d’une tombe , trouvé à Anavysos (Grèce), photo par Mountain – Les deux statues sont exposées au Musée Archéologique National à Athènes – Source des photos : Wikipedia]

Hommes nus, femmes habillées, les exemples antiques abondent. Ainsi notamment pour les kouros (ou couros), sculptures parfois monumentales de jeunes gens debouts et toujours nus, et les korè (ou corè), statues de jeunes femmes debouts, toujours habillées.

On pourrait dire la même chose pour les représentations des dieux, souvent nus, alors que les déesses, elles, sont toujours couvertes (à l’exception d’Aphodite, dont on reparlera plus tard). Ainsi pour le dieu des mers, Poséidon, quand il poursuit Amymone de ses avances, la bite à l’air :

Poséidon poursuivant Amymone – Détail d’un vase daté à 440 avant JC conservé au Museum of Fine Arts, Boston

Pour les mortels, même combat. A part l’éventuel sein nu d’une danseuse, les femmes ne montrent pas laur chair, alors que les hommes ne s’en privent pas : soldats et sportifs sont généralement  nus.

On pourrait peut-être tenter cette conclusion : L’Occident des origines a mis la charge de la pudeur sur la femme et laissé l’homme nu. Les missionnaires chrétiens se sont chargés d’habiller l’homme qui ne s’est plus jamais dévêtu. L’érotisme associé à la seule nudité féminine (dans un monde dominé par les hommes ?) et la libération des esprits (à la Renaissance, au 18ème puis au 20ème siècle) ont permis de développer une iconographie pléthorique de la femme nue, renversant ainsi le couple antique femme habillée-homme nu (Voir aussi le billet « Le monde à l’envers« ).

La nouvelle frontière sur le « runway » : pas de slip au défilé

Les mannequins ont pris depuis longtemps l’habitude d’exposer leurs seins sur les podiums des défilés. Dans l’article précédent, je tente une datation des premiers seins nus à 1994 mais la date précise importe peu. Voir la poitrine féminine, nue ou sous un tulle transparent, est désormais une normalité.

Il n’en va pas de même pour le sexe : Toutes les mannequins portent un string ou un shorty couleur chair sous leurs vêtements. Toutes ? En fait, non. Les choses changent peut-être à ce niveau aussi.

Je passerai sur la polémique russo-russe du défilé Printemps-été 2008 de Marmalade-Bearded Baby à l’Ural Fashion Week et de son mannequin au sexe bien visible sous une robe transparente (photos sur alexey-art.livejournal.com). Personne n’en a entendu parler.

Par contre, je ne passerai pas sur les premiers défilés de lingerie de ZAHIA DEHAR.

[A gauche : « Robe longue en tulle illusion jonchée de pétales de fleurs de cerisier en mousseline et tulle de soie rebrodé de strass Swarovski » pour reprendre les termes utilisés dans « Zahia for V magazine »,  Collection Printemps-été 2012, janvier 2012, Source : regionglobal.net – A droite, la robe de mariée portée par Zahia Dehar, petit clin d’oeil à la robe portée par Kate Moss dans le billet précédent, Collection Automne-hiver 2012-13, juillet 2012, Source : Photo ANP sur le blog « est100« ]

Pourquoi le buzz ? Peut-être parce que Zahia a acquis une grande notoriété grâce à l’affaire des services sexuels offerts par une mineure à des footballeurs de renom ; Peut-être parce que Karl Lagerfeld l’affectionne particulièrement ; Peut-être parce qu’elle ne portait pas de culotte à ses 2 shows.

Voir aussi les photos du défilé Printemps-été 2012 sur avaxnews. Voir les photos de Zahia « effleurant le cerisier » par Karl Lagerfeld sur visualoptimism.blogspot.fr.

Ce qu’a fait Zahia Dehar à Paris n’est cependant pas une nouveauté sur les runways londoniens (encore eux !).  Une styliste fameuse a fait tomber depuis longtemps les slips de ses mannequins, la Britannique PAM HOGG, dont je vous propose un extrait des 5 dernières collections :

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2012-13 – Source : weartrends

Voir toute la collection Automne-hiver 2012-13 sur weartrends et sur cozycot.

La couturière Pam Hogg (la blonde) au final de son défilé Printemps-été 2012 – Source : sleek-mag.com

Voir la collection Printemps-été 2012 sur Vogue UK, sur percevalties ou sur sleek.

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2011-12 – Source : weartrends

Voir la collection Automne-hiver 2011-12 sur weartrends.

La fameuse ceinture de chasteté du défilé Pam Hogg Printemps-été 2011 – Source : ekstrabladet.dk

Voir les clés de la ceinture sur freakdeluxe ainsi que le défilé Printemps-été 2011 sur zimbio.

Défilé Pam Hogg Automne-hiver 2010-11 – Source : onoff.tv

Voir quelques photos de la collection Automne-hiver 2010-11 sur onoff.tv.

J’aime beaucoup ce que fait Pam Hogg même si je trouve qu’elle n’innove plus vraiment. Elle reprend dans ses 5 derniers défilés (mais n’a-t-elle pas raison d’insister ?) les idées de sa collection la plus originale, celle de l’été 2010. J’ y reviendrai.

Audace et nudité au défilé : Messieurs (Mesdames) les Anglais(e)s, tirez les premiers !

En ce jour 4 des JO de London 2012, je me propose de rendre hommage à Londres et aux Britanniques en écrivant ce billet (vous allez bientôt comprendre pourquoi). Il s’agit pour moi de faire – Enfin ! – le point (modestement, comme toujours) sur l’utilisation de la nudité dans les défilés de mode.

SEINS NUS

A quand remonte le premier sein nu sur un podium ? Je n’en sais rien. Pour le sein à peine caché sous une robe transparente, on pourrait peut-être remonter à la robe « see-through » de la collection Automne-hiver 1968-69 d’Yves Saint-Laurent (voir le billet « Mannequins vs Stars« ) mais pour le sein nu ?

Kate Moss porte la robe de mariée, seins nus, au défilé automne-hiver 1994-95 de Vivienne Westwood – Source : purepeople.com

Il me semble que Mugler l’avait osé dans ses shows des années 80 mais, faute de preuve, je proposerais plutôt la poitrine de Kate Moss lors du défilé Automne-hiver 1994-95 de Vivienne Westwood qui montrait beaucoup de mini mini-jupes, autant de jupes-poires à cul rond (le cul devenait alors un « boule » au sens propre), un seul string en fourrure mais aussi, subrepticement cette fois, les seins d’une autre mannequin (ci-dessous).

Les seins de Kate Moss sont restés assez confidentiels mais, quelques années plus tard, une autre poitrine nue allait connaître, cette fois, un succès planétaire : il s’agissait des seins de Shalom Harlow lors du défilé Automne-hiver 1997-98 de la maison Christian Dior. Qui était le couturier-star de Dior en 1997 ? John Galliano, bien sûr. Un Britannique, donc, tout comme Vivienne Westwood.

HUSSEIN CHALAYAN ET LE NU INTEGRAL

Après le défilé Dior de 1997, le sein allait se montrer de plus en plus souvent sur les podiums. Le nouveau défi, c’était de dénuder le sexe, ce qui arriva… quelques mois plus tard.

Défilé « Between » par Hussein Chalayan – Printemps-été 1998 – Londres – Source : tumblr

Hussein Chalayan est né à Chypre mais c’est à Londres qu’il se forme au stylisme et c’est là, fin 1997, qu’il présente « Between », sa fameuse collection Printemps-été 1998, aux femmes voilées mais aussi nues (voir « Nue au défilé ? En fait, déjà en 1997 !« ).

Le nu intégral disparaît ensuite des podiums pendant 9 ans pour réapparaître finalement à Paris à l’occasion d’un autre défilé du même Hussein Chalayan. A la fin de ce magnifique show (mon préféré de Chalayan, voir « Nue au défilé. Déjà en 2006« ), la robe de Leah de Wavrin est aspirée par son chapeau (!), la laissant complètement nue (elle ne cache pas tout le temps son sexe avec les mains).

Défilé « One hundred and eleven » par Hussein Chalayan – Printemps-été 2007 – Paris – Source : pony-ryder.com

Hussein Chalayan ayant la double nationalité britannique et chypriote turc, il est donc le troisième créateur britannique de cet article (sur 3 !).

HOUSE OF BLUE EYES

Voici sans doute le défilé de mode le moins connu de ce billet. House of Blue Eyes a été un rassemblement éphémère de créateurs autour du styliste (très méconnu) Johnnyblueeyes à Londres en 2008-2009. Il en est sorti, entre autres, un défilé automne-hiver présenté à la London Fashion Week 2009, avec femme enceinte et une nue intégrale.

Défilé House of Blue Eyes – London Fashion Week – Automne-Hiver 2009-10 – Source : zimbio.com

Au delà du nu, je pense qu’il faut mentionner l’ambiance de ce défilé (voir les photos sur zimbio.com), à la fois bon enfant, délirant et peu prude. Une ambiance qui rappelle le défilé printemps-été du groupement Andrea Crews présenté quelques mois plus tôt à Paris mais sans nu intégral (voir « Femme mode, femme fun, femme nue, femme active ?« ).

CHARLIE LE MINDU

J’en arrive maintenant aux shows du plus excentrique coiffeur français de Londres : Charlie le Mindu. On a déjà parlé des deux mannequins nues de son défilé Printemps-été 2011 (voir « Le nu marche toujours (la nue, en fait)« ).

Défilé Charlie le Mindu – London Fashion Week – Printemps-été 2011 – Source : not-just-another-fashion-blog.blogspot.fr

On pourrait ajouter la mannequin couverte de sang de son défilé Automne-Hiver 2011 et celle au serpent dessiné sur le pubis de « Burka curfew » (encore de la burqa, comme un hommage au show de Chalayan), son défilé Printemps-été 2012.

Le Mindu n’a pas innové avec le nu intégral (on en laissera la paternité à Chalayan) mais il l’a imposé, médiatisé, démocratisé trois saisons de suite. On se demandait que faire de plus avec le nu. C’est une Anglaise qui a apporté la réponse.

ROBYN COLES

La créatrice de chapeaux Robyn Coles n’a pas hésité : Lors de son défilé automne-hiver 2012, présenté en février dernier à la London Fashion Week (encore elle !), tous les mannequins étaient entièrement nus. En premier venait Sophia Cahill, enceinte de 8 mois, et, un peu plus loin, Jeff Leach, bite à l’air !

[Photos REUTERS/Suzanne Plunkett – Source : parismatch.com]

Et ensuite, quoi ?

En terme de nudité, il semble difficile d’aller plus loin que le nu intégral proposé par Chalayan, Le Mindu ou Coles. Cependant, n’oublions pas que Le Mindu et Coles montrent des coiffures (le nu intégral ne pose donc pas de souci par rapport à l’objectif du défilé) et que Chalayan, un créateur de vêtements, s’est contenté d’une ou deux mannequins nues. Pas de nudité, donc, pour les mannequins qui présentent des vêtements, à l’exception d’un sein nu par ci ou par là (on en revient à la poitrine de Kate Moss en 1994). Je vois là la possibilité d’une dernière « frontière » en terme de nudité : porter des vêtements mais montrer le sexe. Ca semble extrême ? Et bien non : Cela a déjà commencé.

Je citerais d’abord la mannequin Angela Martini à la robe violette largement échancrée, en juin 2011 aux « Fashion Awards » du CFDA (Council of Fashion Designers of America) à New York. J’ajouterais une autre mannequin, Anja Rubik, à la robe (blanche cette fois-ci) tout aussi échancrée, un an plus tard et dans la même ville, à l’occasion du gala de charité organisé par le Costume Institute.

Avec les robes fendues et portées sans sous-vêtement par ces 2 mannequins, on est toujours dans la mode mais on a quitté le petit monde des défilés. Je vais y revenir très vite, montrer des mannequins sans culotte et parler d’une styliste… britannique bien sûr.

Femme mode, femme fun, femme nue, femme active ?

En terminant l’article précédent sur les harnais-bijoux-sous-vêtement de Maison Close, je pensais aux vêtements-sous-vêtements-harnais (comment les appeler ??) présentés il y a quelques années par Andrea Crews (nom d’un collectif d’artistes mené par Maroussia Rebecq) sur des mannequins dénudées.

Et voilà que dans le WAD qui vient de sortir (N°52, mars-avril-mai 2012), je tombe sur deux pages consacrées à… Maroussia Rebecq avec une photo de la créatrice à la même époque qui se flashe nue sur les bords de Seine, devant un bateau-mouche plein de touristes. C’est ce qu’on appelle un signe, non ?

[Ci dessus : WAD N°52 avec photo de Maroussia Rebecq par Romain Bernadie James, août 2009]

Il ne faut pas croire qu’Andrea Crews/Maroussia, ça se limite à de la nudité. Non. C’est un petit monde à part (ou un petit monde connecté à tout le grand Monde, comme on voudra), un truc plein de vitalité, d’innovation, de tentatives… J’ai écrit dans le titre  « mode/fun/nue/active », j’aurais pu mettre « déjantée/globalisée/inattendue/toujours-là ».

J’ai écrit « femme » aussi et je pense que c’est important. Je rappelle que ce blog n’est pas consacré à la mode ou à la lingerie (il y en a plein qui font ça beaucoup mieux que moi). C’est une modeste tentative de (re)constitution du temple de la grande femelle… une grande affaire, pas très claire. A priori, un truc de mecs. Mais pas seulement, loin de là ! Andrea Crews/Maroussia participe d’une certaine façon au culte, à la célébration du corps féminin. Un corps sans contrainte, libre et beau, qui exulte et qui s’amuse. J’aime !

Alors, voici donc quelques photos de cette « ancienne » collection été 2009, présentée au musée du Jeu de Paume le 5 octobre 2008.

Voici au-dessus à gauche ce qui pourrait ressembler à un harnais. On ne sait pas s’il s’agit d’un vêtement (élégant top seins-nus) ou d’un sous-vêtement (culotte à bretelles ?) et c’est ça qui est fun.

A droite, les lanières forment une déco intéressante, en étoile à 5 branches, au-dessus de la poitrine. Encore un joli petit haut à porter sous le blouson. On retrouve l’étoile sur le mannequin du bas qui ne manque pas de charme avec sa jupette à franges type pagne-bananes de Joséphine Baker et son éléphant bleu (celui qui asperge les voitures avec sa trompe ?) en guise d’étui pénien pour femme… délirant !

[Photos 1,3,6 par PixelFormula, visibles sur Fashionmag – Photos 2 et 4 par Julie Perello, visibles sur bloc-mode.com – Photo 5 visible sur le blog Colette d’Andrea Crews]

Pour rester connecter au joyeux monde d’Andrea Crews, essayer le site web ou (moi, je préfère !) le blog Colette.

Corset droit vs Tournure

Dans l’article « Corset, un survol rapide » , j’ai évoqué le corset droit, créé en 1900 et disparu vers 1910 d’où son surnom de corset « édouardien » en Angleterre), et la silhouette très particulière (en « S ») qu’il donnait à la femme qui le portait.

En voyant ce corset, la taille cambrée et le cul bien arrière de la femme, je me suis dit que c’était là une silhouette familière, vue dans de nombreux tableaux.

Georges Seurat – Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (A Sunday on La Grande Jatte) – 1884 – The Art Institute of Chicago – Source : wikipedia

Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour retrouver les tableaux en question :  Le « Dimanche sur l’île de la grande Jatte » (1884) de Seurat, bien sûr, et aussi  le « Jeune femme traversant le boulevard » ou « Devant la Tour Eiffel » (1889) par Jean Béraud.

Seul petit problème : les dates ! La promeneuse de l’île de la Grande Jatte pousse son cul 15 ans avant l’invention du corset droit. Alors ?

Alors, si cette femme pousse son cul, c’est parce qu’elle a mis un « faux cul », qu’on appelle aussi un pouf. Elle porte une « robe à tournure » (en anglais : bustle dress), vêtement très à la mode à la fin du 19ème siècle, qui rajoute du volume à l’arrière grâce à une sorte de crinolinette aux formes diverses et variées mais à la fonction unique : gonfler le cul.

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[Source : l’atelier d’arachnée]