Homme fort, femme faible ?

La relecture de « Pudeurs féminines » (Jean-Claude Bologne, Editions du Seuil, 2010) me donne l’envie d’écrire quelques billets, en commençant par celui-ci.

Dans le chapitre 4, Bologne exprime l’idée, qui m’a surprise, que le 19ème siècle a été un siècle rétrograde dans le traitement qui est réservé aux femmes. Alors que Madame d’Epinay écrivait en 1772 « Il est bien constant que les hommes et les femmes sont de même nature et de même constitution » et Madame de Coicy en 1785 « L’anatomie la plus exacte n’a pu encore remarquer aucune différence entre la tête de la femme et la tête de l’homme », le discours change au siècle suivant.

Kerri Pottharst sur l’épaule de Victor Anfiloff – Photo de James Houston parue dans « The Sydney Dream » – Source : beautystarsart.blogspot.fr

Après le libertinage et les expérimentations égalitaires du 18ème siècle, voilà que revient la vision d’une inégalité intrinsèque entre homme et femme : Les nerfs dominent chez cette dernière, les muscles chez l’homme (Bologne, p.214). Vision qui s’écrit noir sur blanc dans le Code civil de 1803 : « La force et l’audace sont du côté de l’homme, la timidité et la pudeur du côté de la femme » !

Ainsi s’explique alors l’origine de la pudeur (considérée comme exclusivement féminine) : Faible, donc incapable de résister physiquement à la force de l’homme, la femme se doit d’être timide (réservée, pudique) pour échapper à l’homme (ce violeur-né ! semble-t-il). Cela ressemble beaucoup à certains discours de religieux fondamentalistes actuels.

Quelques jours après la fin des JO de Londres, j’ai eu envie d’illustrer cette soi-disant inégalité de force entre hommes et femmes en montrant quelques photos qui indiquent le contraire.  Le magazine Black+White avait publié dès les JO d’Atlanta en 1996 des photos d’athlètes australiens des 2 sexes, nus et forts (la photo de Kerri Pottharst, championne olympique de beach volley à Sydney et médaillée de bronze aux JO d’Atlanta, sur l’épaule du beach volleyeur Victor Anfiloff est un clin d’oeil ironique du photographe James Houston repris dans « The Sydney Dream »).

Ronda Rousey – Photo par Peggy Sirota – ESPN « The body issue » 2012 – Source : thespreadit.com

La chaîne de sport américaine ESPN a adapté dans un format annuel le concept de Black+White en publiant depuis 2009 dans sa version papier une « Body issue » qui offre des photos d’athlètes nus, hommes et femmes confondus, comme celle de la judokate Ronda Rousey (vice-championne du monde 2007, médaillée de bronze à Pékin, MMA fighter of the year 2011) parue dans la toute récente édition 2012.

Pour terminer, jetez donc un coup d’oeil sur cet article de l’Observer Sport Monthly du 2 mars 2008 qui présente la cycliste Victoria Pendleton (championne olympique de Keirin à Londres, championne olympique de vitesse individuelle à Pékin, championne du monde de vitesse individuelle 2005, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2012) photographiée par Alan Mahon, nue sur un vélo.

« Sprint cycling is about machismo. So how did petite, feminine Victoria Pendleton become world champion? » Je traduis : « Comment la petite et féminine Victoria Pendleton a-t-elle pu devenir championne du monde ? » Voici le genre de question qu’on aurait pu se poser au 19ème siècle, ne pensez-vous pas ?

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