Les femmes tatouées d’Hathor

A l’exception d’Ötzi, congelé plus de 5000 ans dans les glaces des Alpes jusqu’à sa découverte en 1991, les plus anciens corps tatoués connus étaient des femmes égyptiennes : 3 momies datées à moins 2000 avant JC et retrouvées dans la vaste nécropole de Deir el-Bahari près de Louxor.

Trois, c’est pas beaucoup ! Et pourtant ces trois-là ont suscité pas mal de fantasmes.

Reconstitution des tatouages d'Amunet, tombe de Deir el-Bahari, Egypte, vers 2000 avant JC, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Je vais essayer de m’en tenir aux « faits » tels qu’ils sont présentés dans un article du sérieux Smithonian, « Tattoos, the ancient and mysterious history« , par Cate Lineberry.

Des trois femmes tatouées mommifiées, une seule a été identifiée par les inscriptions funéraires : il s’agit d’une prêtresse de haut niveau, appelée Amunet. C’est à peu près tout ce qu’on sait ! Le reste, c’est du bruit et des hypothèses : Comme une femme tatouée, ça fait parfois « mauvais genre », on a dit des 3 femmes que c’étaient des danseuses (au cas où vous l’ignoriez, les danseuses ont mauvais genre… surtout celles de l’opéra en tutu qui montrent leur culotte et celles du Moulin Rouge qui lèvent leurs jupons !). Pourtant les mommies se trouvaient dans une zone réservée  aux princesses et aux femmes de l’élite de cette époque. Alors quoi ? « Mauvais genre » donc concubines ? Pourquoi pas putes ?

La reine-Pharaon (ça a existé !) Hatchepsout a régné une vingtaine d’années sur l’Egypte entre 1479 et 1458 avant JC. Son énorme temple funéraire occupe la moitié du complexe de Deir el-Bahari, sur la rive ouest du Nil, près de Louxor. On y trouve une chapelle d’Hathor (voir la photo d’une colonne hathorique de cette chapelle à l’article précédent « Hathor, fille du soleil« ). Le culte d’Hathor, déesse de la fécondité et des festivités, était mené par des prêtresses aussi bien que des prêtres (phénomène semble-t-il assez rare en Egypte où le culte est plutôt une affaire d’hommes) de façon très « festive » (danse, musique, ivresse… Certains penseront : « Et plus si affinités ? »). Ainsi, quand on a trouvé des mommies de femmes tatouées à proximité du temple d’Hathor, je peux imaginer les amalgames : prêtresse-danseuse-prostituée au service d’un culte de la procréation et de la fête… même si procréation et fête n’implique pas orgie et partouze !

Reconstitution des tatouages d'une momie de Deir-el-Bahari, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Le travail de recherche de Luc Renaut, « Le tatouage féminin dans les sociétés anciennes et traditionnelles : Beauté, sexualité et valeur sociale » m’a permis de savoir à quoi ressemblaient les tatouages de deux des momies du temple d’Hatchepsout.

J’ai appliqué les  dessins en annexe du travail de Luc Renaut sur des photos de modèles libres de droits de mjranum et le résultat est plutôt intéressant, je trouve.

Pourquoi Amunet a-t-elle fait tatouer une multitude de points sur son ventre ? Cate Lineberry en parle comme la représentation possible d’un de ces filets de perles qu’on enroulait sur les momies pour les protéger et « tout conserver à l’intérieur ». Une façon de protéger le ventre de la femme ou le foetus pendant la grossesse ? Etait-ce lié au culte ou était-ce une sorte d’ « amulette » que la prêtresse avait dessiné sur son corps pour se protéger, elle ou son bébé ?

Le tatouage de l’autre femme est très différent : mieux réparti sur le corps, plus décoratif. Sans doute inspirée par la gestuelle de la modèle, j’ai imaginé une danseuse exerçant son art couverte de ses seuls tatouages. Voilà que moi aussi, je fantasme sur les danseuses ! Faut bien admettre qu’il aurait suffi d’ajouter une perruque noire, des boucles d’oreilles et des bracelets pour que l’illusion soit parfaite.

Danseuses - Détail d'une fresque de la tombe-chapelle de Nébamon, Thèbes, Egypte - 14ème siècle avant JC - British Museum, Londres - Source : Wikipedia

Les danseuses égyptiennes, tout comme les servantes et la plupart des femmes de condition modeste, étaient nues dans la chaude Egypte de Pharaon (voir article « Quand la servante égyptienne était nue« ). On remarque que les danseuses portaient une ceinture autour des hanches, à l’endroit même du tatouage le long du ventre de la momie de Deir el-Bahari.

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