Les sirènes et Ulysse

Quand on parle du passage de l’Odyssée où Ulysse bouche à la cire les oreilles de ses matelots puis se fait attacher au mât de son navire pour ne pas succomber aux chants des sirènes, je pense au magnifique tableau de Gustave Moreau qu’on peut voir ici.

Mais comme Moreau montre plus le bateau que les sirènes, je préfère illustrer mon article avec cette toile également très belle du Lillois Victor Mottez :

"Ulysse" par Victor-Louis Mottez - Présenté au Salon de 1848 - Conservé au musée des beaux-arts de Nantes (cliquer pour voir l'image sur le site du musée)

Alors, qui sont donc ces sirènes au chant si nocif ?

Homère ne nous apprend pas grand chose : Voici en quels termes Circé met Ulysse en garde contre les sirènes (Chant XII de l’Odyssée – traduction Leconte de Lisle – source : philoctetes.free.fr) :

Tu rencontreras d’abord les Seirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure, et ne se réjouiront. Les Seirènes le charment par leur chant harmonieux, assises dans une prairie, autour d’un grand amas d’ossements d’hommes et de peaux en putréfaction. Navigue rapidement au delà, et bouche les oreilles de tes compagnons avec de la cire molle, de peur qu’aucun d’eux entende. Pour toi, écoute-les, si tu veux ; mais que tes compagnons te lient, à l’aide de cordes, dans la nef rapide, debout contre le mât, par les pieds et les mains, avant que tu écoutes avec une grande volupté la voix des Seirènes. Et, si tu pries tes compagnons, si tu leur ordonnes de te délier, qu’ils te chargent de plus de liens encore.

Homère ne nous donne ni leur nombre, ni leur aspect. Mottez en représente 3 avec une queue de poisson (oui, voyez les écailles qui couvrent leurs cuisses) mais son contemporain Léon Belly nous en montre 5 sans queue.

"Les sirènes" par Léon Belly - Exposé au Salon de 1867 - Musée de l'Hôtel Sandelin, Saint-Omer (cliquer pour voir l'image sur le site Musenor)

Au 19ème siècle, on n’aimait pas trop ces sirènes sans queue de poisson. Le tableau de Belly a été mal accueilli (Lire à ce sujet l’exposition virtuelle « Les sirènes de Léon Belly » sur le site Musenor) tout comme, 30 ans plus tôt lors de sa présentation à la Royal Academy of Art, la toile de William Etty intitulée « The Sirens and Ulysees ». La Manchester Art Gallery consacre un très intéressant article à cette polémique. J’en tire cette citation d’Alexander Gilchrist ( » Life of William Etty », 1855) :

Even the partial nudities… outraged the modesty of many. « Fast » young men, pointing to a bare-bosomed Siren, would exclaim, « How disgusting! » Ladies… could scarcely be persuaded to turn their heads in the direction of the Picture.

La nudité, les corps en décomposition et, sans nul doute, le sujet lui-même (de jolies femmes qui tentent de mener des hommes à leur perte) ne plaisaient pas en 1837 aux prudes Ladies de Londres et à leurs maris.

Waterhouse n’a vraisemblablement pas connu ces polémiques. Ni sirène à cul nu, ni sirène à queue de poisson pour lui. Il a opté pour la sirène à plumes.

"Ulysses and the sirens" (détail) - John William Waterhouse - 1891 - National Gallery of Victoria, Melbourne - Source : wikipaintings (cliquer pour voir la toile)

Ce faisant, Waterhouse a choisi la représentation traditionnelle de la sirène chez les Grecs. Je vais en parler très bientôt.

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