Nuit de noces chez les sorcières

Comment ne pas trouver les 3 sorcières de Baldung très ressemblantes aux 3 vierges folles qui accompagnent le « Tentateur » sur le portail de la cathédrale de Strasbourg (voir article précédent) ? La sorcière au sol paraît tout autant hallucinée que la vierge à côté du diable de Strasbourg. Et la présence de ce  qui ressemble à une coupe de feu ajoute à la confusion.

Hans Baldung Grien - "Trois sorcières (drei Hexen)" - vers 1514 ? - Albertina, Vienne - Source : wikimedia (cliquer l'image)

Il ne manque que l’époux infernal, le Tentateur, Satan.

Sur la plupart des illustrations anciennes, les sorcières enfourchent un balai ou chevauchent une chèvre pour aller rejoindre leur satanique époux, comme sur cette gravure de Baldung visible au cabinet des estampes de Dresde.

Plus original, c’est parfois le Diable lui-même qui enlève une sorcière (sur son cheval !) pour l’emmener au sabbat.

Olaus Magnus (Olaf Stor, 1490-1557) - "Le diable chevauche son cheval avec la sorcière“, gravure tirée de l'Historia de Gentibus Septentrionalibus - 1555 - Photo :AKG - Source : historicum.net (cliquer l'image)

L’emplacement du sabbat s’appelle en allemand « le lieu où dansent les sorcières » (Hexentanzplatz) et en espagnol El aquelarre (mas o menos « Le champ du bouc » en basque). Francisco Goya a donné sa propre vision de l’aquelarre  en 1797 (Fundación Lázaro Galdiano, Madrid).

On retrouve l’époux satanique sous les traits d’un bouc sur cette illustration plus récente et plus érotique de Martin van Maele. A la danse allemande ou à l’assemblée de Goya, il préfère mettre en scène prêtres et femmes nues pour une messe noire comme celles que l’abbé Guibourg célébrait sur le ventre de la Montespan complètement nue (si le commandant général de police La Reynie n’a pas raconté de sornettes sur la maîtrsse de Louis XIV).

Martin van Maele (1863-1926) - Messe noire, illustration pour une édition de 1911 (?) de "La sorcière" de Jules Michelet (1862) - Source : Wikimedia

Pour terminer cet article, voici les premières lignes de l’introduction de « La sorcière », ouvrage publié en 1862 par l’historien et romancier Jules Michelet :

Sprenger dit (avant 1500) : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » — Et un autre sous Louis XIII : « Pour un sorcier dix mille sorcières. »
« Nature les a fait sorcières. » — C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.
Tout peuple primitif a même début ; nous le voyons par les Voyages. L’homme chasse et combat. La femme s’ingénie, imagine ; elle enfante des songes et des dieux. Elle est voyante à certains jours ; elle a l’aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n’a pas moins son cœur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu’elle aime.
Simple et touchant commencement des religions et des sciences ! Plus tard, tout se divisera ; on verra commencer l’homme spécial, jongleur, astrologue ou prophète, nécromancien, prêtre, médecin. Mais au début, la Femme est tout.

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