Archives mensuelles : mai 2011

Portrait d’ama par Fosco Maraini

amaSourire et regard fier, bandeau et seins nus, tegame de métal et string. Cette ama n’est-elle pas magnifique ?

L’article précédent vous donne plein de liens pour voir les superbes photos prises par Iwase et Maraini de ces plongeuses en apnée nues japonaises, désormais disparues.

[Photo Fosco Maraini – Source : mermaidsarereal.wordpress.com : site très intéressant sur les sirènes. Allez donc y jeter un coup d’oeil !]

Ama ou Les filles de la mer en N&B

L’existence de dizaines de femmes qui vivent et travaillent ensemble, nues, a forcément attiré les hommes. Ils les ont appelé filles de la mer (« ama » en japonais), sirènes ou pêcheuses d’awabi (on en reparlera). Elles vivaient par petits groupes sur toute la côte Pacifique du Japon. Les dernières à exercer leur profession torse nu ont été immortalisées par 2 photographes.

1. Yoshiyuki Iwase (1904-2001)

Iwase est né à Onjuku, un village de pêcheurs près de la baie de Tokyo. Il y avait encore près de 200 ama à Onjuku et dans ses environs quand Iwase a commencé à photographier. 40 ans plus tard, elles avaient complètement disparues. Voici 2 photos extraites du site officiel, iwase-photo.com . Ce que je trouve particulèrement remarquable dans ces photos : les shorties de bain et les poses de pinup. Très fifities !« Bluff gazing » – 1935 – Source : iwase-photo.com« Ama with net » – 1953 – Source : iwase-photo.com »

2. Fosco Maraini (1912 -2004)

L’Italien Fosco Maraini a commencé à photographier les filles de la mer plus tard, dans les années 50. Il n’y en avait déjà presque plus quand il s’est rendu dans l’île de Hekura en 1954.

Maraini a pris de nombreux clichés sous l’eau. En les regardant, on quitte le monde des pinups pour celui des sirènes. Ses photos ont été publiées en 1960 dans un livre intitulé « L’isola delle pescatrici » et publié par Leonardo da Vinci editore, Bari.

« versi gli abissi » – Source : madeinitaly.tv
« Apnea » – Source : Flickr

Fosco Maraini a aussi laissé de très jolies photos de fesses. Les tangas-strings des plongeuses se prêtent bien à ces clichés sexy. Vous apprécierez en particulier la fille au tegame, cet espèce de couteau qui sert à décrocher les coquillages.

Fille et couteau. Je sais que les hommes aiment ça : Beatrix Kiddo et son katana.

« cercando le ama » – Source : wunderbuzz.co.uk
« tegame » – Source : flickr

Retrouvez le travail de Maraini sur un 4 pages consacré aux filles de la mer d’Hekura, sur cet article en japonais avec plein de photos malheureusement très petites, sur cette photo d’une ama qui nage et sur cette autre photo d’une ama qui remonte à la surface. Sinon, il reste le site officiel qui ne montre pas grand chose.

La plongeuse et le poulpe

Voici la shunga (type d’estampe érotique japonaise) la plus célèbre de Katsushika Hokusai (je mets le prénom avant le nom, à l’occidentale, à l’inverse des Japonais). Elle représente une femme nue allongée sur le dos recevant lascivement les assauts de deux pieuvres : une petite qui enfonce son bec dans la bouche de la femme tout en tâtant son téton gauche et une grosse pieuvre accrochée entre ses cuisses qui suce sa vulve tout en la pénétrant avec un tentacule. Difficile de faire plus hard-core.

"Le rêve de la femme du pêcheur" ou "La plongeuse et le poulpe" (tako to ama) - vers 1814 - Katsushika Hokusai (1760-1849) - Source : hararie-japan-tokyo-tokyo.com

Cette oeuvre d’Hokusai est généralement appelée « Le rêve de la femme du pêcheur », ce qui nous laisse imaginer que la femme, seule dans son lit dans l’attente du retour de son pêcheur de mari, fait un rêve érotique bizarrement zoophile. C’est, je pense, une traduction très trompeuse.

Le titre japonais de l’estampe (tako to ama : l’ama et le poulpe) nous informe que cette femme est en fait une ama, une « fille de la mer » (littéralement), une de ces plongeuses japonaises qui, autrefois, pêchaient les coquillages complétement nues. On pourrait penser que, l’ama et le poulpe se côtoyant en permanence, il n’est finalement pas très étonnant que l’une rêve de l’autre. On peut aussi trouver une autre explication :

Ces filles étaient connues de tous les Japonais qui les voyaient en chair et en os (au Japon, la mer n’est jamais très loin) ou sur des estampes (et, plus tard en photo ou en film, comme ci-dessous dans un livre japonais photographié par mermaidsarereal). Ne croyez-vous pas plutôt qu’Hokusai était en fait le poulpe qui rêvait d’une plongeuse ?

La pieuvre et ses huit tentacules qui enserrent, carressent et pénètrent la fille ont été copiés par plusieurs artistes mais jamais aussi bien que par Masami Teraoka (né au Japon en 1936). L’estampe suivante, éxécutée dans les années 80, reprend le thème de la plongeuse traditionnelle japonaise et du poulpe. Cependant, le rapport entre la belle et la bête ressemble plus à une lutte qu’à une étreinte sensuelle. Remarquez au passage les très beaux tatouages de la fille.

"Wave Series / Tattooed Woman at Kaneoche Beach I" - Masami Teraoka - 1984 - Source : masamiteraoka.com

Une autre estampe réalisée la même année par Teraoka, « Wave Series / Pearl Diver and Octopus« , met en scène la mer avec beaucoup plus de présence et de puissance que dans l’oeuvre d’Hokusai qui se concentre sur le rapport sexuel plus que sur le décor.

Dans les années 90, Teraoka ajoute de la sensualité dans son travail et de la blondeur à ses modèles. On a en fait quitté l’archipel nippon car ses illustrations sont destinées au marché américain, dans le cadre de campagnes de lutte contre le SIDA (les petits sachets bleus sont des emballages de capotes) pour lesquelles Teraoka concevra des dessins originaux dans le style traditionnel du shunga japonais (voir sur le site officiel de l’artiste).

"New Wave Series / Eight Condom Fantasy"- Masami Teraoka - 1992 - Source : masamiteraoka.com

Ci-dessous, voici l’estampe de Teraoka qui ressemble le plus à celle d’Hokusai. La main de la fille qui tire sur sa cuisse pour s’ouvrir encore plus au poulpe est particulièrement érotique. L’artiste renoue également avec le cunnilingus clairement affiché par son illustre prédécesseur.

"New Wave Series / Sarah and Dream Octopus"- Masami Teraoka - 1992 - Source : masamiteraoka.com

En 2001, Teraoka remet encore une fois ça avec le « 7ème Ciel » de Sarah (« Sarah and Octopus / Seventh Heaven« ).

Il semble que la pieuvre soit une vraie spécialité japonaise car il existe un troisième illustrateur, lui aussi Japonais, qui a fait un « Octopus » puissant et sensuel : Il s’agit de Hajime Sorayama (né au Japon en 1947).

Et enfin, juste pour contredire le paragraphe précédent, voici le « Seafood » de Dorian Cleavenger avec un brouttage d’algues pubiennes (puisqu’il s’agit de « Seafood ») très expressif. A moins que l’octopus de déguste plutôt une belle moule…

La « plongeuse et le poulpe » d’Hokusai peut être considérée comme l’ancêtre du style de BD érotiques japonaises appelé shokushu ou tentacle-hentai dans lesquelles le sexe masculin est remplacé par des tentacules ou toutes autres formes de tuyaux qui pourraient ressembler à des bites.

En Europe, contrée moins maritime que le Japon insulaire, on a depuis toujours préféré le cou d’un cygne aux tentacules d’une pieuvre (voir « Deux mille ans de porno suvtil (plus ou moins) » et les autres articles consacrés à Leda).

Queue, trompe, tentacule, serpent…

Quand la reine Maya rêve qu’elle se fait pénétrer par un éléphant blanc (voir article précédent), je ne peux m’empêcher de penser à une histoire de trompe. Une trompe qui la pénètre… Le songe d’une énorme bite. J’ai tord. Ou, plutôt, je raisonne comme une Occidentale.

« Dovima with elephants » – 1955 – Richard Avedon – Source : rvrenard.wordpress.com

Quand la célèbre mannequin américaine Dovima (Dorothy Virginia Margaret Juba, 1927-1990) pose pour Richard Avedon (1923-2004) en août 1955 dans une robe dessinée par Yves Saint-Laurent pour Christian Dior devant deux éléphants du Cirque d’Hiver à Paris, on obtient une des photos de mode les plus connues dans le monde. Une des plus sensuelles aussi : La femme sophistiquée et fragile qui pose délicatement sa fine main blanche sur la trompe dressée de la grosse bête primitive, rugueuse et grise. La Belle et la Bête. La blanche Galatée et le brutal Polyphème (voir : « Adoration, le cas Daphné« ).

Inexistant en Europe mais bien connu en Asie, l’éléphant est un animal puissant et utile qui devient incontrôlable et dangereux quand il est pris d’un coup de folie. Pas l’éléphant blanc. Celui-ci ne connaît pas la folie. Il symbolise la puissance maîtrisée et, pour cela, il est infiniment respecté en Asie. Ce n’est donc pas la trompe de l’éléphant qui intéresse la reine Maya mais sa couleur. Elle sera fécondée par un être puissant qui a appris à maîtriser sa force : l’éléphant blanc.

Je viens de lire une autre différence entre la vision occidentale et celle des Orientaux. C’est assez surprenant et, je l’avoue, parfois mystérieux. Les Occidentaux voient le sexe comme la pénétration de l’homme dans la femme et l’injection en elle de la semence du mâle. « Normal ! », me direz-vous. Et bien non ! Il semble que les Orientaux voient l’acte sexuel comme l’introduction par la femme de son énergie dans le corps de l’homme (on avait déjà évoqué le rôle énergétique de la compagne ou shakti des dieux hindous dans la « Petite discussion sur Shiva, le mâle et son pénis« ). Le sexe de l’homme devient comme une vulve pénétrée par la force féminine. Dans le ventre de l’homme devenu un être idéal hermaphrodite se forme une semence nouvelle qui monte le long de la colonne vertébrale jusqu’à la tête, comme un serpent (voir le blog chine-immortelle).

slug Anish Kapoor[« Slug » par Anish Kapoor – Source : pinterest –  2011  – Anish Kapoor est au Grand Palais à Paris du 11 mai au 23 juin 2011]

Si j’ai bien compris, c’est ce serpent qu’a représenté Anish Kapoor, Britannique d’origine indienne (né en 1954 à Bombay). Ainsi qu’une grosse vulve rouge. Vulve et serpent de l’homme hermaphrodite ? On pourrait aussi y voir une belle grosse chatte de femme et une interminable queue d’homme. Queue, trompe, tentacule, serpent… Voici une transition toute trouvée vers les prochains articles.

Maya, la Madonne de l’Est

Avec les deux derniers articles, j’ai reposé le pied sur le sous-continent indien. J’en profite pour rédiger un article promis depuis très longtemps. Rappelez-vous !

Il y a quelques mois, je vous avais présenté la Yakshi du musée des beaux-arts de Boston (« En Orient, la femme a le pubis fendu« ) et celle de l’université de Caroline du Nord (« Et si la ceinture à sequins était indienne…« ), deux très belles statues de ce génie féminin bienfaiteur, pubis et seins nus, dans une position typique de la statuaire indienne : déhanchée, un bras en l’air, une jambe pliée. Plusieurs statues du musée Guimet adoptent la même position, dont cette « divinité féminine » qui pourrait bien être (pourquoi pas ?) également une Yakshi :

Divinité féminine, originaire du Rajasthan - 10ème siècle - Musée Guimet, Paris

Pour visualiser parfaitement cette position dite du « tribangha » (voir l’explication de la triple flexion sur ce site où vous retrouverez aussi la divinité du Guimet, en plus net), je vous invite à revoir la statue intacte de Yakshi conservée au British Museum (« La Yakshi n’est pas si nue« ). Celle-ci se trouve sous un arbre et s’accroche à une branche. Cette statuaire est très répandue dans les temples hindous. Elle est désignée généralement en français par le nom de « divinité à l’arbre », ce qui est plus facile à dire que « Salabhanjika ». Il y a débat sur l’espèce de l’arbre qui est soit un sal, soit un ashoka. Avec ses longues feuilles pendantes et ses grosses fleurs, l’arbre du British Museum est indéniablement un ashoka mais souvent il ne reste qu’un morceau de branche au dessus de la divinité comme sur le magnifique buste de Salabhanjika du musée Guimet.

J’en viens maintenant (enfin !) au sujet de mon article : Cette imagerie traditionnelle de « divinité à l’arbre » a été reprise dans la tradition bouddhiste pour  représenter la mère de Bouddha, au moment de son accouchement.

La reine Māyā n’a pas accouché chez elle mais pendant un voyage, à proximité de Lumbini (ville du Népal actuel) dans un bois fleuri (cf article Wikipedia). Bouddha est sorti du flanc de Maya alors que celle-ci se tenait debout, en position du tribangha, accrochée par une main à une branche d’Ashoka (ou de sal).

Nouvelle sculpture de la nativité (A droite, Maya qui tient une branche ; Au centre, Gautami Prajapati, sa soeur, qui l'aide à accoucher ; A gauche, Indra et Brahma qui rendent grâce à Maya ; En bas, le bébé Bouddha, debout, une auréole autour de la tête) - Temple de Mayadevi (la déesse Maya) - Lumbini (Népal) - Source : Album Picasa de S. Lawrence

[Cliquer icipour retrouver toutes les photos du temple de Mayadevi de l’album de S. Lawrence]

Tout cela rappelle beaucoup de choses. Forcément ! Tout comme Marie accouche de Jésus dans une étable, loin de chez elle, Maya accouche de Bouddha dans un bois lors d’un voyage. Bouddha (Siddhārtha Gautama), l’Eveillé, le prédicateur, est né entre le 7ème et le 5ème siècle avant JC, ce qui a laissé pas mal de temps pour que l’histoire (la légende, à mon avis, quant aux modalités précises de sortie du bébé, extra-utérin !) se répande. Cette sortie par le flanc me rappelle  aussi certaines représentations médiévales de la sortie d’Eve par le flanc d’Adam (« Eve inférieure ou égale à Adam ? C’est au choix« ).

Mais ce n’est pas tout ! La partie la plus intéressante concernant la naissance du Bouddha n’est pas l’accouchement mais comment sa mère a été fécondée. Māyā a-t-elle été pénétrée par le vagin et rempli de sperme par un homme ? Non. Trop banal. En fait, il se passa un événement merveilleux : Dans un rêve de la reine, un éléphant blanc la pénétra par le flanc. Māyā était vierge… tout comme Marie qui ne fut pas fécondé par l’archange Gabriel, 9 mois avant la naissance de Jésus, mais par… mais par quoi ? (Voir « Le jour où Marie a été fécondée« ).

Queen Maya's Dream par Goldy Malhotra - Source : http://goldymalhotra.in/

Penis Art au Bhoutan

Quand je disais, dans l’article précédent, qu’il y a peu de pénis et de pubis à voir au musée Guimet, je ne voulais pas dire que l’Asie est prude.

Un contre-exemple facile à présenter et agréable à regarder est le petit état himalayen du Bhoutan. On y représente un peu partout, notamment  en peintures murales, des pénis qui bandent et éjaculent. Difficile de trouver moins prude !

Voici une petite sélection glanée sur le web :

[Photo visible sur le blog fg-artdevivre]

[Photo visible sur le site du Telegraph]

[Photo visible, avec plusieurs autres en bonne définition, sur le site sergeydolya]

[Photo visible sur le blog de julesfredrick]

[Photo visible sur flickr]

[Photo visible sur lejdd.fr]

[Photo visible sur flickr]

[Photo visible sur globalpost]

Et comme ce serait trop facile de se contenter de ce que font les autres, je vous propose MA PROPRE CONTRIBUTION au PENIS ART, sur une page « POUR ADULTES » (même si les pénis éjaculant bhoutanais sont bien plus osés que les miens). Voilà une contribution qui devrait faire plaisir à la Grande Femelle dans son temple !

Le sein nu et l’Asie

Un passage récent au musée Guimet à Paris va me permettre de préciser quelques articles publiés précédemment.

J’ai écrit dans « En Orient, la femme a le pubis fendu » que, quand ils réalisent une statue de femme nue, les Asiatiques n’hésitent pas à montrer la fente du pubis, contrairement aux Occidentaux. Peut-être mais force est de constater que les Asiatiques représentent rarement la femme entièrement nue (de même que l’homme d’ailleurs). Peu de pubis et de pénis au musée Guimet mais beaucoup de seins car les corps sont généralement torse nu.

Je souhaite également revenir sur la polémique derrière l’article « Menaces de mort pour quelques seins nus ! ». Le musée Guimet est très riche en statuaire du sud-est asiatique or une visite au musée ne laisse aucun doute : les seins nus ne posaient aucun problème dans les sociétés anciennes d’Asie du Sud-Est. Les statues de femme sont toutes torse nu. Je ne comprends toujours pas cette polémique qui frise l’ignorance crasse.

Regardez ci-dessous le gros plan de la statue de gauche. J’aime beaucoup ces mamelons représentés par de simples incisions dans la pierre. Ils me rappellent une photo prise au réveil, mamelons roses à peine visibles et traces des draps sur la peau.

Une chose apparaît également clairement lors de la visite au Guimet : Les statues de Bouddha ou de Bodhisattva (sur le Bodhisattva, voir article « Femmes géantes« ) sont nombreuses et pourraient se confondre avec des statues de femmes car ils sont habillés comme les femmes,  de jupes ou de sampots et, sous la jupe, pas de pénis visible (pas même un renflement). Ce qui fait la différence, c’est la poitrine que les femmes ont généreuse, voire même très ronde.

Parmi les très beaux seins ronds exposés à Guimet, il y a ceux-ci :

Il s’agit d’une « divinité fluviale » (les fleuves sacrés sont représentés par une divinité) sculptée au 8ème ou 9ème siècle en Inde et accompagnée, je suppose, par ses petites servantes. Une autre photo est visible sur Wikipedia.