Courbes divines : Le fétichisme auriculaire

Dans le cadre de l’étude des courbes divines qui entraînent une réaction compulsionnelle masculine (qu’on appellera attirance, attraction, adoration ou fétichisme), j’avais proposé récemment un petit essai ovaloïde sur les courbes des fesses (voir « Les 8 O du Q« ) et, auparavant, un petit billet mandorlo-copernicien sur l’emplacement du trou du cul (voir « Pour une nouvelle cartographie de l’amande« ). Les fesses et la vulve sont des évidences. Comme les seins. Il y a aussi le visage, les yeux, la chute des reins ou les cheveux… Et puis il y a des parties du corps féminin auxquelles je n’aurais pas vraiment pensé. Moi, non, mais l »écrivain japonais Haruki Murakami,si.

Voici ce que dit le narrateur de « La course au mouton sauvage » (Ed. Kodansha, 1982 – Ed. du Seuil, 1990) devant des photos d’oreilles (féminines) prises en gros-plan :
C’était bien la première fois que je me trouvais aussi irrésistiblement attiré par une partie agrandie d’un corps humain (parties sexuelles comprises, naturellement). Comment dire, je voyais là comme un fatal, un énorme tourbillon.
Une courbe traversait d’un trait la photographie avec une audace défiant l’imagination ; une autre créait un filet de petites ombres d’une mystérieuse minutie ; une autre encore, telle une fresque antique, décrivait une infinité de légende. Le galbe du lobe dépassait en douceur toutes les courbes de la terre, le volume de sa chair transcendait le vie.

Le narrateur recherche la fille à qui appartiennent ces oreilles qui l’ont tellement ému. Il la trouve et l’invite au restaurant. Il est un peu déçu : Les cheveux de la fille couvrent ses oreilles et elle lui semble quelconque. Après plusieurs petits plats et verres de vin, elle consent enfin à découvrir ses oreilles.

Elle fit tenir dans sa bouche un élastique noir qu’elle avait sorti de son sac, releva ses cheveux des deux mains, les ramassa vers l’arrière et les noua prestement en leur imprimant une torsade.
« Comment tu trouves ? »
Je la regardais bouche bée, le souffle coupé. Ma gorge était désespérément sèche, mon corps se retrouva sans voix. Un instant, je crus voir onduler les murs en crépi blanc.(…) J’attendais un ressac de vague, respirais une bonne vieille odeur de crépuscule. Et ce n’était encore là qu’une infime partie de tout ce que je ressentis pendant ces quelques petits centièmes de secondes.
« Exquis ! éructai-je du fin fond de la gorge. Je ne peux pas croire que c’est la même personne.
– Exact », dit-elle.

[Cliquer ici pour voir à qui appartient cette oreille]

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