Adoration, le cas « Daphné »

Un homme agenouillé aux pieds d’une femme… Serait-ce un amoureux qui déclare sa flamme ? Serait-ce un prétendant qui demande sa bien-aimée en mariage ? Comme c’est charmant !

Mais l’homme à la harpe, c’est le dieu musicien, le bel Apollon. Et cette femme qui prend racine, c’est forcément Daphné. Et leur histoire n’a rien de charmant.

Théodore Chassériau - "Apollon et Daphné" - vers 1844 - Musée du Louvre

Apollon et Daphné (« Métamorphoses » d’Ovide, Livre I), c’est l’histoire du vilain petit Eros/Cupidon qui balance une flèche en or dans le coeur d’Apollon et une flèche en plomb dans celui de Daphné. Résultat : Apollon tombe follement amoureux de Daphné qui, elle, ne veut pas d’Apollon. Plutôt que de se plier aux avances du dieu, elle préfère être transformée en arbre. Quelle triste fin ! Quelle histoire lamentable de deux êtres malheureux ! Apollon aux pieds de Daphné, c’est un amoureux repoussé et une femme sacrifiée. Vilain Eros !

Les peintres et les sculpteurs ont généralement représenté Apollon pourchassant Daphné, comme un satyre après une nymphe, Pan après Syrinx (voir article « L’opercule de Syrinx« ). Une scène de viol finalement assez banale dans cette Grèce antique où les dieux avaient la bite leste et ne négligeaient aucun subterfuge pour pénétrer les belles qui passaient.

L’attirance d’Apollon pour Daphné est donc une simple histoire de pulsion, la froide « flèche en or d’Eros » pour le poète antique Ovide, le froid « tropisme instinctif de reproducteur » pour le philosophe contemporain Michel Onfray. En artiste digne de son époque, Théodore Chassériau (1819-1856), avec sa représentation du dieu implorant à genoux, a donné une dimension plus romantique – et plus tragique – à cette histoire.

Chassériau a sans doute influencé son ami Gustave Moreau (1826-1898) qui a réalisé un « Apollon et Daphné » assez similaire. Je remarque surtout les bras fuyants de la fille qui ne veut pas qu’on la touche.

Gustave Moreau - "Apollon et Daphné" - Musée national Gustave-Moreau, Paris - Source : RMN (cliquer l'image) © RMN / René-Gabriel Ojéda

Ce thème de l’amour impossible a beaucoup intéressé Gustave Moreau. C’est cependant une autre « métamorphose » d’Ovide qui l’a davantage inspiré : L’histoire du sombre cyclope Polyphème amoureux sans espoir de la belle nymphe Galatée (« à la peau couleur de lait »). Je vous laisse rechercher l’épilogue de ce conte dans le livre XIII des « Métamorphoses » mais je ne résiste pas à l’envie de citer un court passage du commentaire du « Galatée » de Gustave Moreau (ci-dessous) sur le site du Musée d’Orsay :

« Le Polyphème de Moreau n’est pourtant pas un ogre, mais un être mélancolique, égaré dans la contemplation monoculaire de la femme inaccessible. »

Gustave Moreau - "Galatée" - Vers 1880 - Musée d'Orsay

Enfin il conviendra de ne pas confondre la peau « couleur de lait » de la nymphe convoitée par le cyclope Polyphème avec celle de la blanche statue dont Pygmalion tombe amoureux : C’est une autre histoire dont on va parler dans le prochain article.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s