Les figurines de Tell-Halaf : Ces petites femmes qui cachent les grandes déesses

Tell-Halaf est le nom d’un site archéologique au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque. Ce site, découvert en 1899 par l’Allemand Max von Oppenheim a donné son nom à une culture néolithique régionale : la culture de Halaf. On connaît cette culture pour ses très belles poteries et surtout pour ses petites figurines de femme en argile assises sur leurs grosses fesses et qui tiennent leur grosse poitrine avec les mains. Elles n’ont jamais de pieds et rarement une tête.

Figurine de la culture de Halaf découverte sur le site de Chagar Bazar, Syrie - 5ème millénaire avant JC - British Museum, Londres - Photo © The Trustees of the British Museum (cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

Ces petites femmes dont on ignore la fonction sont couvertes de peintures sur leurs seins et sur leurs jambes. La large « ceinture » peinte sur la femme du British Museum, ci-dessus, représente peut-être un pagne. Quand elles ont une tête, celle-ci est toute plate avec un oeil peint de chaque côté (cf la figurine du musée ashmoléen de l’université d’Oxford). On trouve ces statuettes dans plusieurs musées telle la figure féminine de Halaf au musée du Louvre ou la « Tel Halaf » fertility figurine du Walters Art Museum de Baltimore.

C’est tout ce qu’on se rappelle de Tell Halaf parce qu’on a oublié qu’il y a eu bien plus. On l’a oublié parce que tous les vestiges ont été détruits, en novembre 1943, lors d’un bombardement dévastateur de l’aviation alliée sur Berlin. Tous ? En fait non. De nombreux fragments ont survécu au sinistre. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont été retrouvés et restaurés et qu’ils sont de nouveau visibles.

Trois mille ans après les potiers qui fabriquaient des statuettes de femmes aux grosses fesses, des peuples araméens s’installaient à Tell Halaf et y développèrent un grand centre urbain. Max von Oppenheim a ramené à Berlin tous les vestiges de cette époque et notamment les statues monumentales du Palais Ouest qu’il a exposées dans son musée privé à Charlottenburg. Ce dernier fut cependant dévasté par des bombes incendiaires pendant le seconde guerre mondiale. Les pièces en bois et en plâtre ont été détruites. Les statues de basalte éclatèrent en dizaine de milliers de fragments. Ce sont ces morceaux, retrouvés dans les réserves du musée de Pergame en 2001 et patiemment réassemblés pendant neuf années, que l’on pourra voir jusqu’au 14 août 2011 au musée du Proche-Orient du musée de Pergame (Vorderasiatische Museum-Pergamonmuseum) à Berlin dans une exposition intitulée « Les dieux sauvés du palais de Tell Halaf » (voir aussi, en français, le Projet Tell Halaf).

La "belle Vénus" de Max von Oppenheim - Déesse trônant, lors de son excavation et en cours de restauration - Photos © Max Freiherr von Oppenheim-Stiftung, Cologne

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