Archives mensuelles : décembre 2010

Floralies : Quand les prostituées exposaient… leur fleur

Le culte de Flora aurait du être tout à fait secondaire. L’équivalent de celle-ci dans la mythologie grecque n’est même pas une déesse mais une simple nymphe (Chloris). Pourtant Flora disposait d’un temple au Quirinal avec ses propres prêtres puis d’un nouveau temple près du cirque Maxime. Des fêtes en l’honneur de Flora sont instaurées en 238 avant JC puis annualisées à partir de 173 avant JC. Question : Que fêtent donc ces « Floralia » ?

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Flora ou le Printemps, une des quatre saisons représentées sur la mosaïque du "Triomphe de Neptune", réalisée au deuxième siècle avant JC à la Chebba (Tunisie) et conservée au musée du Bardo à Tunis (photo publiée par Tony Hisgett sur Wikimedia commons)

A l’origine, Flora se fête au printemps, avec le retour des beaux jours et le bourgeonnement de la végétation. Flora est associée avec la croissance des plantes, leur floraison et leur fructification. Elle représente la bonne récolte, la fertilité, la fécondation. Par extension, son culte se trouve assimilé avec la fécondité féminine, puis avec le sexe. Sous l’Empire, pour lutter contre la dénatalité, les autorités romaines encouragent une pratique débridée de la sexualité. Les prostituées se multiplient et Flora devient leur patronne.

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Fresque de Flora de la villa Ariana, à Stabia (6 km de Pompéi), conservée au musée archéologique national de Naples. Remarquez les cheveux blonds et les vêtements jaunes, traditionnellement associés avec la prostitution (cf article précédent). Image sur le blog de Momina (la cliquer pour s'y rendre)

Les Floralies durent 6 nuits, du 28 avril-3 mai. Elles donnent lieu à des défilés et à des représentations théâtrales pendant lesquels les prostituées aguichent les curieux en dansant et en se déshabillant. On fêtait Flora en portant des couronnes de fleurs sur la tête et en forniquant en public aux alentours du temple de la déesse. Les Ludi Florales s’achevaient par des jeux au cirque tout proche (pour en savoir plus, consulter « La prostitution féminine dans la Rome antique » publié en 2007 par Robert Radford).

Les Floralies n’étaient pas les seules fêtes romaines associées au sexe ou à la prostitution. Il y avait aussi les Aphrodisies et autres fêtes de Vénus en avril, les nones caprotines en juillet, les fêtes de Cérès à la fin de l’été, les orgies pour la Bona Dea en décembre, ainsi que les fêtes d’Adonis et d’Isis, sans oublier les excès des bacchanales et des saturnales… On en reparlera un peu plus tard.

Ci-dessous, deux scènes d’orgies du film « Caligula » (Penthouse Films, 1979) de Tinto Brass (non crédité) et Bob Guccione, visibles sur toutlecine.com.caligula,film,orgiecaligula,film,orgie

Printemps et sexe, fleurs et amour. Les fêtes de Flora rappellent étrangement les festivités qui entouraient les dieux slaves Yarilo et Koupala (cf article).

Pourquoi la prostituée est blonde

On l’a vu dans les articles sur Marie-Madeleine : les blondes ont mauvais genre. Considérée comme une tapineuse repentie (à tord, cf l’article « Marie, la prostituée imaginée »), Marie-Madeleine est toujours représentée avec de très longs cheveux blonds (et comparez la « Marie-Madeleine repentante » nue du Titien conservée à Florence avec la version habillée exposée à Saint-Petersbourg, ci-dessous).

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Le Titien - Marie-Madeleine repentante - 1560-70 - Musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg - Image sur Wikimedia Commons

On en a déjà parlé mais la question qu’on n’a pas encore abordée, c’est : Pourquoi la putain a-t-elle des cheveux blonds ?

Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à la prostitution chez les Romains où les bordels ont longtemps été l’affaire des esclaves et des étrangères avant que, progressivement, la prostitution ne s’étende, se complexifie, voire même se généralise. Maggie McNeill, call-girl à la retraite, m’a aidé à explorer ce territoire inconnu (par blog interposé).

Pour résumer, on peut dire qu’à Rome, sous l’Empire, la prostitution ne se limite plus aux lupanars des quartiers mal famés de Subure et de Vélabre. On se prostitue partout. N’importe quelle femme peut être amenée à vendre sa « vertu » à certains moments de sa vie. Les raisons pour tapiner sont diverses, tout comme les façons de le faire, d’où l’incroyable variété du vocabulaire qui désigne les filles de joie.

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Fresque de la Casa del re di Prussia à Pompéi, conservée au Musée Archéologique National de Naples, réalisée avant l'an 79 (date de la destruction de la ville par l'éruption du Vésuve) - Notez l'inscription LE(NT)EIMPELLE ("Lente impelle" ou "Pénétrez lentement") au-dessus de ce qui est peut-être une scène de sodomie - On a trouvé ce type de fresques dans les lieux de prostitution (une trentaine à Pompéi, ville à la population estimée entre 8 et 12.000 habitants).

Il y a les prostituées qui sont enregistrées (meretrices) et celles qui ne le sont pas (prostibulae), les lupae qui hurlent comme des louves pour attirer le client (la louve qui a nourri Romulus et Remus est souvent assimilée à Acca Larentia, une femme publique qui tapinait dans les bois), les filles pas chères des auberges (blitidae), les chanteuses, musiciennes et danseuses qui font toutes des extras,  les pleureuses professionnelles entre deux enterrements, les servantes entre deux services, les bourgeoises de la haute société qui se dévergondent occasionnellement (famosae), les fellatrices spécialisées dans les pipes, celles qui bossent le soir, celles qui bossent la nuit, les filles des rues qui font le trottoir pour pas cher, celles qui exercent dans les thermes, celles qui pratiquent dans les temples, les femmes publiques qui font ça à la maison, les amicae lesbiennes, les filles à soldats, les putains de la campagne qu’on trouve le long des routes, les vendeuses de pain… Ce commerce n’est pas limité au sexe féminin : il est également pratiqué par des garçons et des hommes.

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Andrea Mantegna - "Les captifs", septième des neuf tableaux de la série des "triomphes de César", célébrant l'entrée triomphale de Jules César à Rome après sa victoire sur les Gaulois - 1484-92 - The Royal Collection, Hampton Court, UK - Image sur Wikimedia commons

Les filles des premiers lupanars étaient des esclaves gauloises ou germaines ramenées à Rome après les victoires militaires des troupes romaines, blondes pour la plupart, à la différence des Romaines, plutôt brunes (la population de la péninsule italique prendra un coup de « blond » à la fin de l’empire romain avec les invasions barbares et la création des royaumes ostrogoth puis lombard à partir du VIème siècle après JC). La blondeur a donc été très rapidement associé à Rome avec la prostitution. Il s’agit aussi de la couleur des cheveux de Vénus dont le culte est lié au tapinage (comme celui de Flora, de Cérès ou d’Isis) : Vénus Volgivava (Vénus « qui fait le trottoir ») est fêtée par les filles de joie le 23 décembre.

Pour les distinguer des autres femmes (les matrones, qui portent la stola), les filles des rues doivent s’habiller avec une toge, comme les hommes. Les courtisanes de haut rang parviennent cependant à conserver leurs stolae mais elles doivent les teindre de couleurs vives, notamment le jaune, pour se différencier.

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Fresque d'Herculanum (ville voisine du Vésuve détruite en même temps que Pompéi) représentant une prostituée pendant un banquet

Peu à peu, la couleur des cheveux des prostituées (et de Vénus) devient à la mode. les Romaines aisées, si elles sont brunes, vont commencer à se décolorer les cheveux et à les teindre, notamment avec du safran, d’où cette phrase de Tertullien (150-230) : « Nos femmes échangent leurs cheveux contre du safran ; Elles rougissent d’être Romaines ; Elles veulent qu’on les prennent pour des Gauloises ou des Germaines et elles abjurent leur patrie jusque sur leur chevelure » (in « De cultu feminarum »).

Déjà un siècle avant Tertullien, la jeune Messaline (25-48), troisième femme de l’empereur Claude, revêtait une perruque blonde pour se rendre au lupanar de Subure où tout Rome venait la sauter.

Les Romaines ont, d’une certaine façon, inventé en leur temps le porno-chic et la it-prostitution.

Jacques louis David

Jacques-Louis David (1748-1825) - Vénitienne à sa toilette - image sur albumvenitien.blogspot.com

Plusieurs siècles plus tard, Venise au faîte de sa puissance connaît exactement le même phénomène que Rome au temps de l’Empire (La Sérénissime République de Venise dure 1100 ans, de 697 à 1797; Le XVème siècle correspond à son apogée politique et économique quand ses navires contrôlent le commerce entre l’Europe et l’Asie; Le déclin commence au XVIème qui reste néanmoins une période faste au niveau artistique).

En 1509, on recense plus de 11.000 prostituées à Venise (A cette époque, Venise est une des plus grandes villes d’Europe avec environ 200.000 habitants, sans compter les nombreux commerçants de passage). Certaines tapineuses, telle la célèbre Veronica Franco (1546-1591), gagnent très bien leur vie en tant que cortigiana onesta (« courtisane honnête ») : Elles offrent aux hommes aisés leur compagnie et leur culture en plus de leur sexe. Ces prostituées sont enviées pour leur liberté et leur fortune (cf article de Veniceguide).

Le Tintoret, Tintoretto, Veronica Franco

Portrait d’une jeune femme dénudant son sein, vraisemblablement la célèbre courtisane vénitienne Veronica Franco, réalisé par Domenico Tintoretto, exposé au musée du Prado, Madrid. Image © 2010 Museo Nacional del Prado. Cliquer pour voir l'image originale sur le site du musée.

Tout comme à Rome à l’époque de l’Empire romain, la blondeur est la couleur à la mode, chez les femmes du monde comme chez les filles des rues. « Blond vénitien » ou « rouge du Titien » (le célèbre peintre vénitien représentera maintes fois ses contemporaines blondes) désigne un blond-roux obtenu par décoloration et teinture.

Enfin, de même que les prostituées romaines de haut rang portaient une stola jaune pour annoncer leur activité, les courtisanes vénitiennes doivent nouer un foulard jaune autour de leur cou.

A Venise aussi, la blondeur et le jaune sont les couleurs de la prostitution.

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La femme au miroir - Le Titien - vers 1512-15 - Musée du Louvre - Image sur Wikimedia commons

[Retrouvez « la femme au miroir » sur le site du Louvre]

Vénus tchèques

Il était impossible de  parler de la Vénus tchèque de Dolni Vestonice (voir article sur les 3 Vénus préhistoriques de Dolni Vestonice, Moravany et Willendorf) sans évoquer les Vénus, certes 30.000 ans plus jeunes mais tout aussi grasses, du photographe tchèque Jan Saudek (1935-). Ainsi, n’hésitez pas à comparer le « tête-bêche » de cette carte à jouer avec les vues avant et arrière de la petite céramique du Gravettien :

jan saudek,card 353

jan saudek, card 353
[Carte N°353, 1987, photo sur http://www.saudek.com]

Le plus intéressant, c’est que Saudek  pose en quelques photos la question du sens de ces Vénus et, sans y répondre, il propose les trois mêmes options que celles que confrontent en vain les archéologues.

Première option : Les Vénus préhistoriques représentent des déesses de la fécondité ou une forme de déesse-mère primordiale.

jan saudek,the matrimony[« The matrimony », c’est à dire « Le mariage ». Mais dans « matrimony », il y a aussi le mot « mater », non ? La mère, comme dans « maternité ». On pense à un « matrimoine » qui reviendrait à la mère comme le « patrimoine » relèverait du père… Peut-être. 1985. Photo sur http://www.saudek.com]

Deuxième option : Elles  sont véritablement des Vénus, des déesses de la beauté. Elles sont des objets d’art qui montrent ce que les hommes préhistoriques trouvaient beau : des formes féminines amples et rondes.

jan saudek,slavic beauty[« Beauté slave », 1988, photo sur http://www.saudek.com]

Troisième option : Ces petites statuettes sont des objets érotiques que les hommes tripotaient ou regardaient en se masturbant, comme une photo dans un magazine « pour homme », mais en 3 dimensions. Tout cela ne serait alors qu’une bonne vieille histoire de cul.

jan saudek,at the waterfront[« At the waterfront » qu’on pourrait peut-être traduire par « Face à la mer » ou « Le pied dans l’eau » ? Photo sur http://www.galeriemoderna.cz]

Portrait de Kathy par Lisa Yuskavage

lisa yuskavageAprès l’article sur les trois grâces préhistoriques austro-tchéco-slovaques, quoi de mieux que ce portrait (qui n’en est pas un au sens strict, d’ailleurs) de « Kathy on a pedestal » peint en 2000 par Lisa Yuskavage ? Franchement, rien. Kathy a le modelé d’une figurine de plasticine, lisse et ronde, qu’on aurait photographiée et photoshoppée. Le résultat est incroyablement proche de la petite Vénus de terre cuite de Dolni Vestonice.

Le succès mondial de l’Américaine Lisa Yuskavage (1962-) et de certains de ses compatriotes, tel John Currin, dont le style est vraiment très proche, tend à prouver, s’il en était besoin, que la peinture figurative et le nu féminin restent des valeurs sûres dans le monde de l’art.

[Retrouvez ses oeuvres sur le site de la galerie David Zwirner]

Big boobs lovers

Les Vénus du Gravettien de l’article précédent ont en commun d’avoir de gros seins qui tombent sur leur ventre, des plis de cellulite dans le dos ou sur les côtés, des fesses larges et rondes.

On a vu que les gros culs sont encore populaires à Miami.

On peut maintenant ajouter que les gros seins sont, eux, populaires au Japon. En tous cas, Ken Matsuyama (1968-) aime ça, comme en témoignent ses peintures de la série des « I love boobs » en 1998.

ken matsuyama,I love boobs

ken matsuyama,I love boobs [Images de la galerie Sho, visbles sur artnet]

Les Vénus grasses d’Autriche, de Tchéquie et de Slovaquie… et celle de Miami

Trois des plus anciennes Vénus préhistoriques d’Europe proviennent d’une zone assez étroite, à la limite de l’Autriche, de la République tchèque et de la Slovaquie. Toutes trois sont datées de la période dite « de la culture du Gravettien ». Toutes trois sont de bien grasses nanas (Je boycotte volontairement la maigrichonne Vénus de Petrkovice, trouvée à côté d’Ostrava, sur la colline de Landek, et datée également du Gravettien).carte,map, venus,willendorf,moravany,dolni vestonice[carte femelletemple]

Voici les trois fat girls :

La Vénus de Dolni Vestonice (Vestonicka Venuse), trouvée en 1925, datée entre 29 et 25.000 ans avant JC, a été réalisée en terre cuite. C’est la plus ancienne céramique connue. Elle mesure 111 mm. Elle est conservée au musée morave (Moravske Zemske Museum) de Brno.venus,dolni vestonice,vestonicka venuse[Photos placées par « che » sur Wikimedia commons. Pour en savoir un peu plus et voir des photos en haute déf, aller sur Don’s maps]

La Vénus de Moravany, trouvée en 1938 à Moravany nad Vahom en Slovaquie. Elle est datée de 22800 avant JC, mesure 76 mm et a été gravée dans de l’ivoire de mammouth. Elle est conservée à l’Académie des Sciences de Nitra.venus, moravany,slovaquie[Photo © Don Hitchcock 2008 – Pour en savoir plus et voir les photos en meilleure définition, aller sur Don’s maps]

Et, pour terminer, voici la plus connue : la Vénus trouvée en 1908 près du village autrichien de Willendorf (maintenant Aggsbach). Elle mesure 110 mm et a été sculptée dans la pierre calcaire. Elle est datée de 23000 ans avant JC. Elle est conservée au musée d’histoire naturelle de Vienne.venus willendorf[Photos placées par MatthiasKabel sur Wikimedia commons. Pour voir l’article et les photos sur Wikipedia]

On a l’habitude de se moquer un peu de ces « Vénus » préhistoriques, trop grasses à nos yeux pour être maintenant des déesses de beauté. Et pourtant… Qui a dit que les gros culs ne sont pas populaires ? Voici quelques photos prises le mois dernier à Miami. Voici la Vénus…venus, callipyge, miami

… et voici un admirateur…venus,callipyge,miami

… et tous ses potes qui matent, car il n’était pas tout seul !venus,callipyge,miami

[Pour en voir -faute de savoir- un peu plus sur ce micro-événement, allez donc sur ce drôle de blog].

Respect !

Après l’article sur la photo d’une très belle culturiste par Boris Vallejo, je vais prendre quelques minutes pour enfoncer le clou. Je dois admettre que de nombreuses pratiquantes du bodybuilding ont subi des transformations trop extrêmes pour que je puisse les trouver belles mais, néanmoins, beaucoup d’entre elles ont un corps remarquable. Une femme en particulier a développé une plastique « de rêve » : Pauline Nordin.pauline nordinLa photo ci-dessus est extraite du site fighterdiet dans lequel Pauline Nordin distille ses conseils diététiques et vend des trucs style compléments alimentaires ou e-books de formation.

Voici deux de ses livres électroniques :pauline nordin, fighter diet extremeLe premier pour les dingues de cardio, ceux qui brûlent la graisse tous les jours et font pomper le palpitant. Le deuxième pour les aficionados de la fesse charnue et bien ferme. pauline nordin, the butt bible[Toutes photos ©Fighterdiet]

En deux couvertures, Pauline Nordin a fait le tour de ce qui fait la différence entre la culturiste et les autres femmes : les bras et les épaules, le ventre, les fesses.

On n’est pas forcément fan des veines apparentes, du ventre en zinc et des muscles ronds mais quand on pense à la discipline de fer qu’il faut suivre pour obtenir un corps comme ça, quand on pense aux milliers de kilomètres parcourus à l’elliptique et aux tonnes de fonte soulevées, je ne trouve qu’une chose à dire : respect !