Apsaras : seins nus ou pas ?

L’empire khmer a été très longtemps le rival du royaume de Champa, à l’est, le long de la mer de Chine, à l’emplacement de ce qui est actuellement le centre du Vietnam. De la culture chame, il reste deux sculptures très connues : le piédestal de Trà-Kiêu qui supporte un yoni (vulve stylisée) et un linga (phallus stylisé) et le piédestal des danseurs.

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Danseuse apsara et musicien gandharva - Détail du piédestal des danseurs originaire de Trà-Kiêu, QuangNam (Vietnam) - vers 10ème siècle - Musée de sculpture chame, DàNang (Vietnam) - Photo Wikimedia Commons

Le site du musée de la sculpture chame est peu prolixe sur les oeuvres qui y sont rassemblées. Concernant les apsaras du piédestal des danseurs, il prend néanmoins le temps de préciser que celles-ci n’étaient pas vêtues de leurs seuls bijoux mais qu’on peut voir  au niveau du cou le bord d’un fin vêtement qui se termine sous forme d’un rabat entre les jambes. Pourquoi cet empressement à nous assurer (ou rassurer ?) que, « non ! », la poitrine des apsaras n’était pas nue ? La direction du musée vietnamien souffrirait-elle de la même phobie des seins nus que le gouvernement cambodgien dans l’affaire des illustrations de Koke Lor (voir article précédent) ?

Faute de pouvoir répondre à cette question, intéressons-nous plutôt à cet histoire de fin vêtement dont on verrait le bord. Sur la photo ci-dessus, difficile de voir quoi que ce soit. Et faute de trouver une photo du piédestal de meilleure qualité sur le web ou de pouvoir s’offrir un billet d’avion jusqu’à DàNang, je propose de chercher la réponse d’une autre manière. De l’Inde au Vietnam et du Népal à l’Indonésie, la statuaire est assez similaire. Il n’y a pas de raison de penser que les apsaras chames soient très différentes de leurs homologues khmères. Voici un gros plan sur une apsara d’Angkor :

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Bas-relief d'une apsara (ou peut-être une devata, voir article précédent) - Le torse est lustré par les mains des visiteurs (toucher la poitrine d'une apsara porterait bonheur) - Cliquer la photo pour voir la HD ibre de droits sur apsarapicture.com

Que voit-on ? Pas grand chose : rien qui marque le bord d’un vêtement au niveau du cou ou au niveau des bras (si la danseuse portait un haut quelconque, il faudrait bien qu’elle passe ses bras) . La jupe, par contre, est évidente : on voit clairement ses contours et même les motifs imprimés sur le tissu. Les apsaras portent beaucoup de bijoux et on peut imaginer que ceux-ci cachent peut-être le bord d’un hypothétique vêtement. Je propose donc de nous intéresser à une représentation de femme khmère dépourvue de bijoux. Voici une statue de Uma, la shakti ou « compagne » de Shiva (il existe plusieurs représentations très similaires à celle-ci).

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Uma debout - Statue originaire du Cambodge - Vers 975 - Metropolitan museum of Art, New York - Cliquer pour voir l'ensemble de la statue sur le site du musée

Sur ce gros plan, on discerne nettement quelques fines lignes au niveau du cou et sous les seins qui ressemblent à des plis de la peau plus qu’à un vêtement. Quand on regarde l’ensemble de la statue d’Uma (pour cela, cliquer sur la photo), la garde-robe d’Uma semble évidente : une jupe. Point.

Si la femme du grand Dieu Shiva se balade les seins nus, alors pourquoi pas les apsaras, petites nymphettes réputées pour leur beauté, sorties des eaux pour séduire les hommes par leur danse (entre autres) ?

3 réponses à “Apsaras : seins nus ou pas ?

  1. Votre blog est une incitation permanente à revisiter! Je n’y résiste pas.
    Je vous invite à aller voir les nombreuses photos d’Apsaras d’Angkor sur http://roelanddevos.zenfolio.com/. Leur apparente uniformité dissimule une multitude de détails qui les différencie: bouche entr’ouverte ou fermée, coiffures, bijoux et colliers… Sur certaines l’indication de plis, en particulier sous les seins, parait indiquer que celles-ci au moins portaient un chemisier. Toutes ne dansaient pas seins nus. On peut le regretter, mais c’est déjà miracle qu’existent encore des danseuses dans ce pays. Attendons avec patiente que s’use cette pruderie sans vraie raison.

    Cordialement.

  2. Beaucoup de photos sur ce lien.

  3. C’est en effet son intérêt. A mon humble avis la photo pourrait être meilleure. Ceci étant je trouve intéressant que l’apparente rigidité des canons de la sculpture khmer laisse ainsi place à des interprétations différentes, des « mains » peut-être? L’avantage de ce quasi inventaire des Apsaras d’Angkor est qu’il permet de comparer, de regarder, en un mot: de voir…
    Vous le voyez, je n’arrête pas de me nourrir de vos billets! Je vous l’ai dit: je suis insatiable et cette table est abondante!

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