Archives du Tag: nudité

Pourquoi cacher ?

Laissez-moi revenir sur un sujet déjà abordé, à savoir : “Au nom de quelle pudibonderie absurde cache-t-on systématiquement la fente du sexe féminin sur les sites de lingerie ?” J’avais souligné dans “Moralité à géographie variable” la frilosité des sites qui vendent de la lingerie sexy ou érotique : Les tétons apparaissaient ou non suivant les continents mais le sexe féminin était systématiquement photoshopé sur l’ensemble des sites web (à l’exception de quelques vendeurs brésiliens).

Les spécialistes français  Luxxa et Lola-Luna recourent à Photoshop et brouillent les pubis, comme la plupart de leurs collègues. Dans ce paysage de bas-ventres flous, j’ai néanmoins trouvé 4 exceptions européennes : Le Suisse Rimba, le néerlandais JC Créations dont j’ai déjà parlé (voir “Jarretelles d’encadrement” et “Serrez-moi cette taille ! Le cas particulier du serre-taille“) et les Italiens Cottelli et Eros Veneziani.

On notera que Rimba et Eros Veneziani se protègent derrière une interdiction aux mineurs (admettons pour le Suisse qui propose une section BDSM bien fournie et dont les menottes et autres godes sont à réserver aux plus de 18 ans mais dans le cas de l’Italien, je ne comprends pas le problème). Les photos proposées sur les sites de Cottelli et d’Eros Veneziani sont également de taille ridiculement réduites. C’est sur le site marchand allemand M&C que j’ai finalement trouvé des visuels de qualité un peu plus acceptables des produits Eros Veneziani pour illustrer cet article. Pourquoi une telle prudence des fabricants ?

Pourquoi une telle prudence, effectivement ! Alors que le web croûle sous les images pornographiques de fellation et de sodomie, qu’est-ce qui est si sulfureux sur le site d’Eros Veneziani ? Devinez ! … Des culottes ouvertes !

Oui, des culottes ouvertes ! Et pas de positions explicites de mannequins allongées sur le dos et les cuisses ouvertes avec gros-plans sur le sexe offert. Non ! Juste un peu de poils pubiques et le trait discret de la fente.

Je me suis amusée à reprendre quelques photos pour poser de nouveau la question : “Quel est le problème ?”

Le sexe féminin est d’une grande discrétion (pas comme la bite des hommes qui pend entre ses deux couilles). C’est, à mon sens, une des raisons de sa grande beauté et, disons-le, de son élégance.

Alors pourquoi cacher comme une bête immonde cette jolie petite chatte ?

Interdite aux moins de 18 ans,  cette fente minuscule ! Interdits aussi les 20 poils qui se courent après ! De qui se moque-t-on ?

Lutter contre l’absurdité et faire la part des choses, respecter la beauté et distinguer nudité de vulgarité, voici les ambitions pas si limitées de ce petit article si joliment illustré.

[Toutes les photos représentent des produits Eros Veneziani et sont extraites du site de M&C underwear. Cliquez les photos pour voir les photos originales !]

The great nude, the orange and the cigarette

Puisqu’on a montré pas mal de seins dans les derniers articles, parlons donc de Tom Wesselmann.

Tom Wesselmann (1931-2004) est un des grands artistes du mouvement Pop-Art. Il a définitivement sa place dans ce blog en tant que chercheur-explorateur-décrypteur-représentateur de la forme féminine.

Regardez-le en plein travail !  Il cherche la courbe parfaite, lui aussi (cf l’article sur Aristide Maillol et la Vénus de Perpignan). La courbe du sein, du ventre ou du dos… Du sein, je parierai !

Tom Wesselmann, Self-portrait while drawing, 1983, source : www.all-art.org

Grand fan du Sein et du Téton. Tom l’est.

Il a réalisé (à la peinture acrylique, en sérigraphie, en lithographie, etc.) une grande quantité de nues, à savoir :
- des seins
- des seins + une bouche
- des seins + une bouche + un pubis.
Toujours des cheveux (plutôt longs et blonds).
Rarement des yeux.
Jamais (?) de nez.

Les lèvres sont toujours brillantes de rouge à lèvres. Les seins sont souvent blancs de la marque du soutien-gorge. Les tétons sont toujours ronds et bombés. Les pubis sont toujours poilus (ça se passe dans les sixties !).

On peut se poser la question : “Pourquoi pas d’yeux ?”.
J’ai envie de me poser la question : “Pourquoi les oranges et la cigarette ?”

[De gauche à droite et de haut en bas : Bedroom Painting N°13 - Great American Nude N°8, 1969, Collection Ludwig, Cologne -  Great American Nude N° 99, 1968, Collection MG Neumann, Chicago -  Great American Nude N°92, 1967, Collection privée, New York]

Vous avez vu les oranges ? Ca me fait penser aux peintures du Moyen-Age et de la Renaissance, toujours pleines de symbolique (le lys blanc pour ceci, la rose rouge pour cela…). Parlant de fleurs, il y en a aussi souvent (roses, jonquilles) dans les oeuvres de Wesselmann. On sait que les fleurs représente généralement le sexe féminin mais que dire des oranges ? Les oranges, rondes et fermes. Je dirai, sans prendre trop de risques, que les oranges, c’est une histoire de seins. Encore !

Les seins, toujours les seins ! Tom ne pensait-il pas au sexe de la femme ? Je dirais  que si. Beaucoup même. Car les bouches des femmes de Tom ressemblent à des vulves. Ce n’est pas pour rien que Tom aimait peindre des bouches avec une cigarette entre les lèvres. Un fin pénis fumant sur lequel tire la femme…

Tom Wesselmann - Smoker, 1 (Mouth, 12) - 1967 - Source : thescienceofdesign.blogspot.fr

[Voir ici la version de Smoker#1 détenue par le Musée des Beaux-Arts de Montréal]

Le monde à l’envers

Il est temps que je me remette à écrire ! Voici donc mon premier billet de 2012 (et le premier depuis 3 mois). Pour bien commencer l’année, faisons travailler un peu ces messieurs…

Le monde à l’envers, pour ce qui nous intéresse, ce serait par exemple des pubs pleines de bites, au lieu des incontournables et ubiquitaires “femmes à poil”. Certes, United Colors of Benetton avait tenté quelque chose le 9 juin 1993 en étalant des gros plans de sexes d’hommes (mais aussi de femmes, ce qui change tout !) sur une double page dans le journal Libération. Puis il a fallu attendre 10 ans pour avoir ça :

Ca, c’est Samuel de Cubber qui montre son corps (y compris le membre) pour le lancement, en 2002, du parfum pour homme M7 d’Yves St Laurent. Et puis ? Et puis, plus rien (je ne parle pas des millions de bites qui se dressent sur les sites porno et gay, bien sûr)… N’hésitez pas à m’envoyer des preuves de mon erreur mais, que je sache, la bite a de nouveau disparu (mis à part le calendrier du Stade Français, d’où peut-être son succès…).

Franchement, c’est comme ça depuis  longtemps et je me suis amusée à chercher les rares cas où l’homme montre son sexe mais pas la femme.

ADAM ET EVE

Quoi de plus logique que de commencer le court inventaire avec Adam et Eve ? Il y a de très nombreuses représentations d’Adam et Eve mais quand les sexes ne sont pas cachés par une branche, une main ou une feuille, seule Eve nous montre quelque chose. Je n’ai recensé que deux cas de “monde à l’envers” où c’est Adam, seul, qui déballe la marchandise.

Il y a d’abord l’Adam de Masaccio qui nous montre de nouveau sa bite depuis que les restaurateurs ont enlevé les disgracieuses feuilles noires rajoutées par les censeurs du 17ème siècle (Fresque achevée vers 1428 et visible dans la chapelle Brancacci de l’église Santa Maria del Carmine à Florence – Source : artinvest2000.com).

Il y a aussi, bien sûr, la très fameuse gravure d’Adam et Eve réalisée par Hans Sebald Beham en 1543 (source : hans-sebald-beham.com) et qui a donné des idées à certains, notamment Scott G Brooks (source : scottgbrooks.com).

Comme à chaque fois qu’on parle d’Adam et Eve, on passe au paradis naturiste (voir article “L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’avaient pas honte“), copie plutôt réussie de l’Eden terrestre, nudiste lui aussi et maintenant disparu. Je pense qu’HSB aurait apprécié ce couple au paradis, dont seul l’homme montre son sexe.


ORESTE ET ELECTRE

Oreste et Electre, frère et soeur, concevront ensemble le plan pour venger la mort de leur père en tuant leur mère (et son amant). Je ne vais pas m’apesantir sur cette histoire pas drôle. C’est la double statue réalisée entre -100 et +100 et exposée au Musée archéologique national de Naples qui m’intéresse : Un homme nu et une femme habillée (remarquez au passage l’égalité de taille et de stature entre l’homme et la femme qui tient son frère par l’épaule dans une attitude très “virile”).

[Photo de gauche sur haverford.edu - Photo de droite prise à la Toronto Pride 2010 - Source : Wikimedia]

Voilà un concept tout à fait “moderne” dans l’erotica masculine. Pour faire bien, on appelle ça CFNM (clothed female, naked male). C’est clairement un truc qu’affectionnent les exhibitionnistes mâles. Il suffit de surfer un peu sur le web pour s’en rendre compte.

PERSEE ET ANDROMEDE

Le Musée archéologique national de Naples possède un autre bel exemple de “CFNM”, en l’occurence la peinture murale de Persée et Andromède ponctionnée à la Casa dei Dioscuri de Pompéi (source : viticodevagamundo.blogspot.com).

Persée est un bon vieux héros grec, pourfendeur, coupeur, tueur, vengeur. Il débarasse Andromède du monstre qui la retient captive, l’épouse et lui fait des gosses. Ainsi donc, voici la fille, blanche et vêtue, qui accueille son héros et futur amant/mari, brun et nu.

J’ai cherché des équivalents contemporains mais je ne les ai pas trouvés ! Alors, pour faire une conclusion pas trop absurde et finir comme on a commencé (par une pub), voici une intéressante photo d’une femme vêtue et blonde et d’un homme nu et brun… Il s’agit de la promotion d’une crème anti-rides. Pas monde à l’envers mais marche arrière ?

Galerie de sirènes sous l’eau

Voici quelques très jolies photos subaquatiques de sirènes glanées sur le web.

De Tomohide Ikeya (photo parue dans le numéro de décembre 2010 de Russian reporter – source : tomohide-ikeya.com)

De Vitaly Sokol (source : vitaly-sokol.com)

De David Entz (Source : nude-muse.com)

Recherche de la courbe parfaite : Le cas de la Vénus de Perpignan

Comme en contrepoint au torse de Robert Farnham (voit article précédent) coincé entre deux cadres de fenêtre, voici un autre torse dans un encadrement de fenêtre : la Vénus au collier (sans collier) de la place de la Loge à Perpignan. Celle-là même qui posa tant de soucis à son créateur, Aristide Maillol.

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

La Vénus originale en plâtre, achevée vers 1928 est le résultat d’une quinzaine  d’années de travail. Elle portait un collier qui n’est plus sur la version en bronze de Perpignan. La Vénus de Perpignan n’est pas unique : 9 autres bronzes ont été coulés, oeuvres des fondeurs Rudier et Vatsuani. Ils sont à présent à la Tate Gallery de Londres (version avec collier), au musée des beaux-arts de Lyon, au Saint Louis Art Museum (with necklace), à la Kunsthalle Bremen, à la Kunsthaus Zürich (avec collier)… Et cette promeneuse sur les pelouses des Tuileries ne lui ressemble-elle pas aussi beaucoup (tous les Maillol des Tuileries ici) ?

Le processus de création de cette Vénus par Aristide Maillol est très intéressant. Je me permets de reprendre quelques extraits du mémoire de DEA de Monique Compagnon (Maillol et le Roussillon, Perpignan, Université de Perpignan, 1999, 161 p.), eux-mêmes cités sur frontierescatalogne.chez.com.

Maillol se confie à Henri Frère :
“J’étais parti d’un dessin, d’une chose très large… Je voulais arriver à donner dans la statue cette grandeur. J’appelais cette figure “l’Eté”. Au début, c’était très réussi. Ça faisait un torse magnifique avec la tête penchée. Je l’avais arrangée avec une draperie, ça faisait un effet inouï. Rodin trouvait ça épatant. Ensuite, je l’ai perdue. En poussant mon travail, je l’ai abîmée. Alors, je l’ai changée et j’en ai fait une Vénus. On ne fait pas toujours ce que l’on voulait faire…”
(source : Henri Frère, La Vénus de Maillol -Tramontane-1950,page 283)

H.Frère cite R. Rey:
“Je ne crois pas que la sculpture contemporaine ait créé deux figures d’une plénitude égale à la grande Vénus que Maillol façonne depuis près de dix ans sans se résoudre à l’achever. Il en a cent fois modifié la ligne, insatisfait chaque fois. On comprendrait combien ce labeur est énorme et subtil en comparant les différents états par lesquels cette statue a passé, s’acheminant chaque fois vers un sentiment plus ample et plus religieux”.

[Source photos : petit-patrimoine.com]

Pour René Puig:
“Il est particulièrement curieux de savoir que Maillol avait gardé très longtemps la statue dans son atelier sans se résoudre à la terminer. Les jambes et les bras ne lui convenaient pas. Il attendait une inspiration… le trait de génie : une longue patience !”
Puis l’auteur laisse parler l’artiste : ” J’ai attendu quinze ans la ligne des jambes de ma Vénus, quinze ans j’ai mis du plâtre… je l’ai enlevé… j’en ai remis… j’ai regratté. Peine perdue ! Un beau jour, après quinze ans de ce travail toujours recommencé, toujours inutile, avec de longues périodes de silence, au retour de Banyuls, devant la statue que je n’avais pas vue depuis six mois, la ligne m’est apparue, brusquement… Elle semble pourtant bien simple ! (…)
Il ne lui manque que les bras. Ils sont faits dans ma pensée. Je n’ai plus qu’à les placer. Encore quelques jours de travail et l’œuvre est finie. Dans quel geste ? Très simple : bras levés et arrondis. Vénus met un collier. Il faut qu’elle donne une impression harmonieuse, une statue est une construction architecturale. Tout se suit. Tout se tient. Regarde ces lignes.”
Maillol fait tourner l’œuvre inachevée, effleurant le plâtre de ses mains. “Voici le plus beau, dit-il en suivant les lignes du flanc droit. Il est très difficile de faire une femme debout.”
Maillol ajoute en considérant son œuvre: “Ce n’est pas encore ça. Ce n’est jamais ça. Une Vénus devrait être la perfection. Mais tu sais, la perfection ! (…) Cet équilibre que tu constates en faisant tourner la statue, je ne l’ai réalisé qu’au prix d’un travail extraordinaire.”
(source : René Puig, Maillol, sa vie misérable et glorieuse, Tramontane, 1965)

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

Encadrement de féminité

Quand Mickle encadre le torse et le sexe de ses mannequins d’un cache-coeur et de bas auto-portants (voir article précédent), d’autres trouvent des  solutions différentes pour mettre en valeur la zone seins-ventre-pubis où se concentre la féminité, comme le Canadien Robert Farnham et le cadrage serré de ce torse de femme coincée entre deux encadrements de fenêtre.

[Source : Page de Robert Farnham sur modelmayhem]

On se dit que Mickle et Farnham n’ont pas pu être les seuls à remarquer cela , cette zone particulièrement sexuée qui comprend le pubis d’où sort l’enfant, le ventre où il pousse, les seins qui le nourrissent et en plein milieu, le trou du nombril, vestige du lien mère-enfant.

La photo pourrait s’appeler mère, mother ou maternité mais pourtant, en même temps, elle crie son érotisme : Le creux des reins et l’arrondi des hanches, le grand triangle du bas-ventre percé entre les cuisses, les outres pleines de la poitrine, la  longue fente qui coupe le torse en deux à travers le sternum jusqu’au craquement du sexe et la ligne des cuisses collées l’une contre l’autre.


Il y a dans cette zone érogène et maternelle tout ce qu’il faut pour servir de base à une production industrielle de statues d’idoles, fétiches de fertilité et jouets à peloter. Et pourtant, pas grand chose en vue.

Il y a  bien cette étrange pierre sculptée, ci-dessus, dont je n’ai pas trouvé l’origine si ce n’est par son nom de fichier : “musee des arts Hanoi Vietnam”. Une déesse calquée sur la mannequin de Farnham ? Un éternel féminin buriné avec soin pour les mâles en manque d’amour et les femmes en mal de fils ?

En cherchant bien, on peut trouver quelques statues supplémentaires. La Vénus d’Epfach, ci-dessous, entre par effraction dans la liste puisqu’elle n’a sûrement pas toujours été privée de sa tête, de ses bras ou de ses jambes.

[En haut à gauche : Vénus d'Epfach (trouvée à Epfach, Bavière), époque romaine, photo prise à la Archäologische Staatssammlung München par Richard Bartz, visible sur wikipedia.de - En haut à droite : Wilhelm Lehmbruck, Torse de jeune fille, 1914, Kunsthalle Mannheim, photo Hans Bergerhausen, © archives Larbor, source : larousse.fr - En bas à gauche : Christopher Smith, Venus Torso, source : barebrush.com - En bas à droite : Aristide Maillot, Torse de jeune femme, composition 1935, fonte avant 1949, Musée des Beaux Arts de Montréal, © Succession Aristide Maillol / SODRAC (2010), source : artdaily.org]

Les trois autres statues, par contre, sont des torses. Poitrine+ventre+pubis. La tête n’a rien à y faire. Pas plus que les pieds ou les mains.

J’ai relevé sur barebrush.com cette intéressante citation de l’Américain Christopher Smith, producteur contemporain de très grandes quantités d’hommes et de femmes perfectly naked (voir son site), pour décrire le travail qu’il a mené sur le “Torse de Vénus” en porcelaine : ” This is a fragment of a complete figure. I isolated the torso to take up the challenge proposed by Maillol…If the torso cannot exist on its own the piece is not well designed.” Je n’ai pas trouvé la déclaration originale de Maillol mais n’est-ce pas une façon de formuler la primauté du torse ?

Et, comme on a commencé l’article par une très belle photo de Farnham, je vous propose de le finir avec un remarquable cliché du Suisse Martin Zurmühle : “Le visage du corps”. On pourrait dire aussi La face du corps. Ou, pour tout renverser, Le corps, côté face.

["Körpergesicht" par Martin Zurmühle - Source : photokonkurs.com]

Le microbikini est-il un bikini ?

En ces temps de fortes chaleurs estivales et de tourisme de masse sur les plages de la Méditerranée, je ne pense pas être la seule à regarder ce que portent mes congénères au bord de l’eau et à me poser la question : “Ce minuscule bout de tissu qui cache à peine le sexe peut-il encore être appelé un maillot de bain ?”


Première réponse : “oui”. Un tout petit bikini rikiki comme ce modèle proposé par Microkini-Beach, quand il est bien placé sur le sexe, il couvre tout. Et si, par derrière, on voit les lèvres , c’est que la mannequin le veut bien.

Si vous considérez avoir l’âge suffisant pour voir des chattes nues ou si, par défaut, vous êtes majeur, alors la galerie est pour vous.

A côté des micro-bikinis “traditionnels”, il existe un produit amusant et original : le string-bretelles.

Ce dernier couvre plus ou moins le sexe suivant la façon dont il est ajusté. Bien calé entre les fesses, il fait son office : Une ficelle suffit pour soustraire les orifices aux regards. Par devant, c’est pareil ; Micro ou pas, le bikini cache.

[Cliquer pour voir la galerie]

Le truc fou, c’est l’arrivée massive depuis quelques années de produits ouverts, à la jointure floue entre espaces “textile” et plages nudistes.

En voici deux exemples tirés du même site.

Je passe sur le soutien-gorge : Comme (presque) toutes les femmes sur la plage ont les seins à l’air, le SG ouvert semble presque habillé. Ce qui m’intéresse ici, c’est le slip crotchless.

Si la mannequin écarte les jambes, on voit ça. Alors ? Est-ce encore un slip pour plages “textile” ou faut-il le considérer comme un accessoire fun pour naturiste ? Les lèvres sont apparentes mais la vulve et le prépuce sont couverts. Alors ?

[Cliquer pour voir la galerie]

Voici un autre string qui, cette fois-ci, n’a plus la ficelle centrale.

On ne sera pas surpris que, si la mannequin enlève la main, on voit ça. Cette fois on est clairement dans la nudité. Pourtant, ce qu’on voit est-il si différent ?

[Cliquer pour voir la galerie]

Certain(e)s me diront que cet article n’apporte pas grand chose. Oui, peut-être. En fait, c’est surtout l’occasion pour moi de vous proposer quelques liens vers  des photos de string crotchless parce que, personnellement, je trouve ça très beau. Si vous partagez mon avis, voici d’autres microkinis ouverts portés, cette fois, par Anne-Marie Rios et par Carmen McCarthy.

[Toutes photos visibles sur le site microkini-beach.com]

Moralité à géographie variable

Surfer sur le web me fait bien rire. Pour illustrer mes derniers articles, j’ai beaucoup surfé… et j’ai beaucoup rigolé. Rien ne m’amuse plus que la moralité mal placée. Rappelez-vous déjà cette histoire de cache-tétons en forme de tétons (voir “Le téton cache-téton ou comment pousser la morale jusqu’à la limite de sa connerie“) ! Sur les sites de sous-vêtements et de maillots de bain, on peut voir le résultat d’une autocensure (“auto”, je suppose) assez hilarante. On discerne une vague logique géographique mais, globalement, c’est plutôt absurde.

1. Amérique du Nord

Commençons ce petit tour du monde avec Allure Lingerie, un fabricant canadien de lingerie cuir et vinyl.

Le Nord-Américain n’aime pas trop exposer les tétons sur son site marchand. Claudie Auclair cache donc pudiquement ses seins ronds siliconés (siliconés ? Oui, vous verrez plus tard). Mais une fois “habillée” d’un body en résille, Claudie lève les bras. Pas de problème puisqu’on ne voit ni la pointe de ses seins, ni la fente de son pubis. Pardon ? Non, je vous assure.

Autre exemple, avec Rachelle Wilde à la manoeuvre. Sur la photo de gauche, comme d’habitude, “Oups ! Cachez-moi ces tétons !” (Notons au passage que la fente du pubis, elle, est à peine cachée par une chaînette. Il est cependant clair qu’un petit coup de pinceau Photoshop a lissé le pubis de la belle Rachelle pour le rendre moins réaliste.)

Sur la photo de droite, la veste de chaînes suffit pour “couvrir” les tétons !!! En tous cas pour le site lingeriespecialists.com d’où est extraite cette photo. Sur le site officiel d’Allure Lingerie, les tétons sont pixellisés (sur le site herboudoir.com, ils sont carrément effacés. Quelle horreur !).

Mais est-ce que le site officiel est plus prude ou plus cohérent en cachant les tétons ? Pas du tout. Regardez donc cette autre photo tirée du site ! Elles ne sont pas magnifiques, les pointes de Madame Wilde ?

Le slogan du Floridien Titlion (ci-dessus à gauche) est “Fearless & Fun Lingerie”. Certes l’Américain n’hésite pas à balancer du string-ficelle et des seins nus mais, vu de plus près, on s’aperçoit rapidement que les cache-tétons et les pubis photoshopés sont la règle. Fearless, le Floridien ? Moins que le Canadien.

Le Californien Leg Avenue (photo de droite) est un spécialiste du costume. Costume de soubrette pour Madame mais surtout petits costumes de fées pour les fillettes. On ne s’étonnera donc pas de l’usage généralisé de Photoshop pour gommer d’éventuelles nudités un peu trop osées. Je vous recommande néanmoins leur très belle sélection de costumes burlesques.

2. France

La lingerie sexy française est connue par le trio Luxxa-LolaLuna-Folies by Renaud.

Puisque la France est un pays où nous nous baignons toutes les seins à l’air, nous ne serons pas surprises de voir les tétons s’exposer sans gêne sur le site de Luxxa (ci-dessus à gauche). Pour les pubis, cependant, Photoshop est de règle.

La représentation du pubis est un casse-tête pour LolaLuna, spécialisée dans les strings, ministrings et strings ouverts. Quand un bijou couvre la fente du sexe (ci-dessus à droite), la photo peut être jolie, nette et sans artifice. Dans les autres cas, la manipulation et le flou sont de retour.

3. Brésil

Voilà un pays étonnant !

On se dit qu’au royaume de la chirurgie esthétique, du tanga, du culte du corps et des carnavals débridés, tout est possible.

Après visite du site du fabricant Sensualle, je confirme : tout est possible. Notamment de voir des mannequins se cacher les seins avec les mains puis de voir des alignements de tangas et de strings ouverts avec exposition sans retenue de pubis poilus.

Tétons couverts, pubis découverts ? Ils font tout à l’envers ces Brésiliens. C’est ça, l’hémisphère sud.

4. Pour aller plus loin…

Claudie Auclair cachée par une résille noire ? C’est mal connaître le web. D’un clic sur un lien, voici Claudie complétement nue de face et de dos, de 3/4 et à genoux ! Rachelle Wilde ? Même combat (face, dos, et très belle série allongée).

Quant aux strings ouverts des fabricants français, si ces derniers n’osent pas montrer leurs produits portés, d’autres n’hésitent pas à le faire à leur place (par exemple, Sophie la Libertine, ici dans un string ouvert de Folies by Renaud).

On est en 2011 ! Et il semble que sur le web, tout le monde se foute à poil.

Déjà vu(es)

Il y a un an et demi, le magazine britannique Love publiait dans son numéro 3 une série de photos du duo Mert Alas + Marcus Piggott intitulée “Body Conscience” qui rappelait beaucoup les séries de photos “Naked” du duo Van Lamsweerde+Matadin parues dans le magazine Purple (voir article “Etre à la mode, c’est être nue ?“).

[De gauche à droite, de haut en bas : Daria Werbowy, Natalia Vodianova , Kate Moss, Naomi Campbell photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott pour le numéro 3 du magazine Love - Source : voyonsvoir.fr]

On retrouvait les tirages noir et blanc et les fonds gris.

On retrouvait une brochette de top-models.

On retrouvait la femme simplement nue, sans vêtement et presque sans accessoire : Pas de robe fendue, pas de sein dévoilé, pas de caméra sous la jupe. Avec “Body conscience”, on était dans le naturel, le naturaliste, presque le naturiste. Pas non plus de cuisses écartées et de gros-plan sur la vulve. Tout cela était beau, propre, presque hygiéniste.

Pour générer du buzz, augmenter les ventes ou simplement pour ne pas faire comme les autres, Love était proposé avec 8 couvertures différentes. C’est en voyant ces couvertures que j’ai enfin compris quelque chose : Ces photos, d’une certaine façon, je les avais déjà vues. Il y a très longtemps…

[4 des 8 couvertures du numéro 3 de Love - De gauche à droite, de haut en bas : Amber Valletta, Jeneil Williams, Kristen McMenamy et Lara Stone photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott - Source : voyonsvoir.fr]

Sur toutes les couvertures, le détail qui tue, c’est d’abord les chaussures à talons aiguilles… parce que, finalement, on n’est pas dans le naturalisme, mais bien dans la féminité, l’érotisme et la sophistication. Et il y a un deuxième “détail qui tue”. Un “détail” qui n’en est pas un. Regardez bien. Toutes ces femmes sont des femmes debout, les jambes droites et écartées. A la cow-boy. Pas à quatre pattes. Pas sur le dos. Ce sont des femmes fortes, fières, dominantes. A poil, certes, mais parce qu’elles le veulent bien.

Tout cela on connaît. Et depuis longtemps !

Vous avez certainement deviné de quoi je parle : Les “Big Nudes” (Editions du regard, 1981) d’Helmut Newton (1920-2004). Ca fait trente ans déjà que l’Australien né à Berlin, installé à Paris et mort à L.A. lâchait ses femmes à talons aiguilles à l’assaut du monde !

Je ne connais pas les réactions qu’a suscitées ce livre en 1981 mais je peux imaginer qu’il n’y avait pas que de l’admiration. Pourtant, 30 ans plus tard, qui douterait encore des qualités artistiques du travail de Newton ?

couverture,photo,363,helmut newton

En octobre 1999, le magazine “Photo” n’hésitait pas à titrer sur sa couverture “Le plus grand livre du siècle” en l’honneur d’un ouvrage de Newton. Il ne s’agissait pas de “Big Nudes” (même si c’est la photo de la mannequin américaine Henriette Allais, Big Nude III, sur la couverture) mais de SUMO dont les 10.000 exemplaires allaient commencer à sortir des presses. Titre un peu exagéré ? Sûrement pas si on travaille pour le livre Guiness des records : 50 x 70 cm, 35 kg, 10.000 francs (1.500 euros) pièce à l’époque !

Mais qu’en est-il du contenu ? Pas sûre que Sumo mérite cette place de N°1. Dans le monde des livres de photos, n’est-ce pas plutôt “Big Nudes” qui est le plus grand ? La preuve ? Et bien… trente ans après, n’en est-on pas toujours là ?

Etre à la mode, c’est être nue (et ligotée) ?

Si vous avez lu l’article précédent, vous vous dîtes peut-être : “D’accord mais depuis quand est-ce qu’un magazine aussi marginal que Purple donne le ton en matière de mode ?”. J’accepte volontiers cette critique et je vous propose de nous attaquer à du lourd, à savoir “Vogue-Paris”, l’édition française du magazine Vogue. Vous rappelez-vous du calendrier 2003 ?

Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, voici, rassemblés sur une seule photo, les 12 mois de l’édition 2003 du calendrier Vogue-Paris.

[Calendrier Vogue-Paris 2003. Mannequins : Carolyn Murphy, Frankie Rayder, Heidi Klum, Helena Christensen, Jessica Miller, Karolina Kurkova, Maggie Rizer, Natalia Vodianova, Tasha Tilberg et Trish Goff. Photographies : Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin. Source : newslicious.net. Voir toutes les photos HD ici.]

Plusieurs années avant Purple, Vogue avait déjà publié des photos de mode d’Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, dans leur style typique. Mode nue déjà… ou extrêmement dépouillée : un pull par ici, une paire de gants ou de jambières par là. La photo de Trish Goff bottomless est là, dans ce calendrier de 2003, ou ici dans le blog.

L’édition 2011 du calendrier Vogue-Paris fait passer un message extrêmement clair : La fille à la mode est une fille revêtue de ses seuls bijoux. Regardez bien Daria Werbowy : Loin de la rivière de diamants, une simple bague ou une paire de boucles d’oreilles (Louis Vuitton, quand même) suffisent à habiller la belle.

[Calendrier Vogue-Paris 2011. Mannequin : Daria Werbowy. Photographies : Mikael Jansson. Source : grafilog.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Et pour celles qui aiment les frissons, j’ai assemblé les 12 photos du calendrier 2007. Cette année-là, pour Vogue-Paris, la femme à la mode ne s’habillait pas. Elle se faisait ligoter. Corde pour chaîne-et-trame ? Chanvre pour satin de coton ? Cette année-là, Vogue le provocateur aimait le bondage.

[Calendrier Vogue-Paris 2007. Mannequin  : Karen Elson. Photographies : David Sims. Source : ananasamiami.com. Voir toutes les photos HD ici.]