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Recherche de la courbe parfaite : Le cas de la Vénus de Perpignan

Comme en contrepoint au torse de Robert Farnham (voit article précédent) coincé entre deux cadres de fenêtre, voici un autre torse dans un encadrement de fenêtre : la Vénus au collier (sans collier) de la place de la Loge à Perpignan. Celle-là même qui posa tant de soucis à son créateur, Aristide Maillol.

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

La Vénus originale en plâtre, achevée vers 1928 est le résultat d’une quinzaine  d’années de travail. Elle portait un collier qui n’est plus sur la version en bronze de Perpignan. La Vénus de Perpignan n’est pas unique : 9 autres bronzes ont été coulés, oeuvres des fondeurs Rudier et Vatsuani. Ils sont à présent à la Tate Gallery de Londres (version avec collier), au musée des beaux-arts de Lyon, au Saint Louis Art Museum (with necklace), à la Kunsthalle Bremen, à la Kunsthaus Zürich (avec collier)… Et cette promeneuse sur les pelouses des Tuileries ne lui ressemble-elle pas aussi beaucoup (tous les Maillol des Tuileries ici) ?

Le processus de création de cette Vénus par Aristide Maillol est très intéressant. Je me permets de reprendre quelques extraits du mémoire de DEA de Monique Compagnon (Maillol et le Roussillon, Perpignan, Université de Perpignan, 1999, 161 p.), eux-mêmes cités sur frontierescatalogne.chez.com.

Maillol se confie à Henri Frère :
“J’étais parti d’un dessin, d’une chose très large… Je voulais arriver à donner dans la statue cette grandeur. J’appelais cette figure “l’Eté”. Au début, c’était très réussi. Ça faisait un torse magnifique avec la tête penchée. Je l’avais arrangée avec une draperie, ça faisait un effet inouï. Rodin trouvait ça épatant. Ensuite, je l’ai perdue. En poussant mon travail, je l’ai abîmée. Alors, je l’ai changée et j’en ai fait une Vénus. On ne fait pas toujours ce que l’on voulait faire…”
(source : Henri Frère, La Vénus de Maillol -Tramontane-1950,page 283)

H.Frère cite R. Rey:
“Je ne crois pas que la sculpture contemporaine ait créé deux figures d’une plénitude égale à la grande Vénus que Maillol façonne depuis près de dix ans sans se résoudre à l’achever. Il en a cent fois modifié la ligne, insatisfait chaque fois. On comprendrait combien ce labeur est énorme et subtil en comparant les différents états par lesquels cette statue a passé, s’acheminant chaque fois vers un sentiment plus ample et plus religieux”.

[Source photos : petit-patrimoine.com]

Pour René Puig:
“Il est particulièrement curieux de savoir que Maillol avait gardé très longtemps la statue dans son atelier sans se résoudre à la terminer. Les jambes et les bras ne lui convenaient pas. Il attendait une inspiration… le trait de génie : une longue patience !”
Puis l’auteur laisse parler l’artiste : ” J’ai attendu quinze ans la ligne des jambes de ma Vénus, quinze ans j’ai mis du plâtre… je l’ai enlevé… j’en ai remis… j’ai regratté. Peine perdue ! Un beau jour, après quinze ans de ce travail toujours recommencé, toujours inutile, avec de longues périodes de silence, au retour de Banyuls, devant la statue que je n’avais pas vue depuis six mois, la ligne m’est apparue, brusquement… Elle semble pourtant bien simple ! (…)
Il ne lui manque que les bras. Ils sont faits dans ma pensée. Je n’ai plus qu’à les placer. Encore quelques jours de travail et l’œuvre est finie. Dans quel geste ? Très simple : bras levés et arrondis. Vénus met un collier. Il faut qu’elle donne une impression harmonieuse, une statue est une construction architecturale. Tout se suit. Tout se tient. Regarde ces lignes.”
Maillol fait tourner l’œuvre inachevée, effleurant le plâtre de ses mains. “Voici le plus beau, dit-il en suivant les lignes du flanc droit. Il est très difficile de faire une femme debout.”
Maillol ajoute en considérant son œuvre: “Ce n’est pas encore ça. Ce n’est jamais ça. Une Vénus devrait être la perfection. Mais tu sais, la perfection ! (…) Cet équilibre que tu constates en faisant tourner la statue, je ne l’ai réalisé qu’au prix d’un travail extraordinaire.”
(source : René Puig, Maillol, sa vie misérable et glorieuse, Tramontane, 1965)

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

Portrait (du) Numéro II par Helmut Newton

J’ignore le nom de la Numéro II, photographiée en 1980 par Helmut Newton et coincée entre Lisa Taylor, la “Big Nude” Numéro I, et Henrietta (ou Henriette) Allais, la “Big Nude” Numéro  III.

Des trois filles, c’est celle que je préfère car elle ne cache rien et, n’éprouvant ni honte ni gêne, elle défie le spectateur, les jambes écartées.

Rebelle, insoumise, indépendante.

Impudique aussi.

27 ans plus tard, on retrouve une attitude assez similaire sur la photo de Lara Stone prise par Van Lamsweerde et Matadin (voir “Etre à la mode c’est être nue ?“).

[Source : ars-photographica.blogspot.com]

Déjà vu(es)

Il y a un an et demi, le magazine britannique Love publiait dans son numéro 3 une série de photos du duo Mert Alas + Marcus Piggott intitulée “Body Conscience” qui rappelait beaucoup les séries de photos “Naked” du duo Van Lamsweerde+Matadin parues dans le magazine Purple (voir article “Etre à la mode, c’est être nue ?“).

[De gauche à droite, de haut en bas : Daria Werbowy, Natalia Vodianova , Kate Moss, Naomi Campbell photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott pour le numéro 3 du magazine Love - Source : voyonsvoir.fr]

On retrouvait les tirages noir et blanc et les fonds gris.

On retrouvait une brochette de top-models.

On retrouvait la femme simplement nue, sans vêtement et presque sans accessoire : Pas de robe fendue, pas de sein dévoilé, pas de caméra sous la jupe. Avec “Body conscience”, on était dans le naturel, le naturaliste, presque le naturiste. Pas non plus de cuisses écartées et de gros-plan sur la vulve. Tout cela était beau, propre, presque hygiéniste.

Pour générer du buzz, augmenter les ventes ou simplement pour ne pas faire comme les autres, Love était proposé avec 8 couvertures différentes. C’est en voyant ces couvertures que j’ai enfin compris quelque chose : Ces photos, d’une certaine façon, je les avais déjà vues. Il y a très longtemps…

[4 des 8 couvertures du numéro 3 de Love - De gauche à droite, de haut en bas : Amber Valletta, Jeneil Williams, Kristen McMenamy et Lara Stone photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott - Source : voyonsvoir.fr]

Sur toutes les couvertures, le détail qui tue, c’est d’abord les chaussures à talons aiguilles… parce que, finalement, on n’est pas dans le naturalisme, mais bien dans la féminité, l’érotisme et la sophistication. Et il y a un deuxième “détail qui tue”. Un “détail” qui n’en est pas un. Regardez bien. Toutes ces femmes sont des femmes debout, les jambes droites et écartées. A la cow-boy. Pas à quatre pattes. Pas sur le dos. Ce sont des femmes fortes, fières, dominantes. A poil, certes, mais parce qu’elles le veulent bien.

Tout cela on connaît. Et depuis longtemps !

Vous avez certainement deviné de quoi je parle : Les “Big Nudes” (Editions du regard, 1981) d’Helmut Newton (1920-2004). Ca fait trente ans déjà que l’Australien né à Berlin, installé à Paris et mort à L.A. lâchait ses femmes à talons aiguilles à l’assaut du monde !

Je ne connais pas les réactions qu’a suscitées ce livre en 1981 mais je peux imaginer qu’il n’y avait pas que de l’admiration. Pourtant, 30 ans plus tard, qui douterait encore des qualités artistiques du travail de Newton ?

couverture,photo,363,helmut newton

En octobre 1999, le magazine “Photo” n’hésitait pas à titrer sur sa couverture “Le plus grand livre du siècle” en l’honneur d’un ouvrage de Newton. Il ne s’agissait pas de “Big Nudes” (même si c’est la photo de la mannequin américaine Henriette Allais, Big Nude III, sur la couverture) mais de SUMO dont les 10.000 exemplaires allaient commencer à sortir des presses. Titre un peu exagéré ? Sûrement pas si on travaille pour le livre Guiness des records : 50 x 70 cm, 35 kg, 10.000 francs (1.500 euros) pièce à l’époque !

Mais qu’en est-il du contenu ? Pas sûre que Sumo mérite cette place de N°1. Dans le monde des livres de photos, n’est-ce pas plutôt “Big Nudes” qui est le plus grand ? La preuve ? Et bien… trente ans après, n’en est-on pas toujours là ?

Sasha Callipyge, Vénus moderne

Après l’article sur François Boucher, me voici arrivée au terme de cette mini-série sur la représentation du cul dans l’histoire (de l’art).

En guise de conclusion, je voulais trouver quelques très jolies photos de cul. J’en avais beaucoup sous les yeux mais aucune ne me satisfaisait. Pourquoi ? Parce que les plus belles paires de fesses appartenaient toutes à des anonymes. Impossible de mettre un nom sur ces culs… jusqu’à ce que je tombe sur elle :

Là, je me suis dit : “This is her !” Pas la peine de continuer à chercher ! Je pourrais peut-être en trouver une autre qui soit aussi bien qu’elle mais je ne pourrais pas en trouver une qui soit mieux : Voici la Vénus callipyge moderne (pour ceux qui ne parlent toujours pas le grec ancien, voir l’article “L’exception Callipyge“).

Sasha Grey est la personne idéale pour clore cette série sur le cul car elle a une paire de fesses magnifique, bien sûr, mais aussi parce que c’est une actrice… de films de cul. 130 films en 2 ans, dont “House of Ass” N°3, “Lord of Asses” N°13, “Little Titties, Tight Holes” N°3, “In thru the backdoor”, “Assault that Ass” N°9… Bref, du cul !

[Photos scannées dans l'édition US du magazine Playboy, décembre 2009, et visibles sur le web]

Les précurseurs du cul : XVIème – Dürer

D’abord une petite définition : Par “précurseur du cul”, j’entends un artiste qui a présenté le cul (d’une femme) comme personne ne l’a fait avant lui. A ce stade, je vous demande l’indulgence : je ne suis pas une historienne de l’art et je vais peut-être me tromper par ignorance (ce n’est pas une bonne excuse, je sais). Allez ! Tout cela n’est pas très grave. Je me lance.

Mon premier précurseur sera donc l’Allemand Albrecht Dürer (1471-1528) et je l’ai choisi pour ce bas-relief visible au MET :

Albrecht Dürer - "Femme nue vue de derrière" - 1509 - Metropolitan Museum of Art, New York (Cliquer la photo pour voir l'original sur le site du musée)

C’est à ma connaissance la première représentation d’une femme seule, nue, debout, de dos (j’attends avec impatience le bombardement de contre-exemples par tous ceux qui se gaussent déjà de mes lacunes). Mais, même si je me trompe, Dürer mérite sa place de précurseur. N’oublions pas qu’il a formé dans son atelier mes amis et géniaux pornographes Pencz et Beham frères !

Je remarque que le thème de la baigneuse qui montre ses fesses devait être dans l’air du temps en Allemagne à cette époque. Je vous ai déjà montré la gravure d’une “Badende” aux belles fesses exécutée par un contemporain de Dürer, Ludwig Krug, dans l’article “bain et voyeurisme“.

Ce thème va redevenir à la mode deux siècles et demi plus tard, avec l’Italien Hayez et, surtout, plusieurs peintres français.

Hayez et Baudry justifient encore leurs images de nues par l’intention de représenter la déesse Vénus. Courbet prétend encore flirter avec l’allégorie (mais qui a donné ce nom à cette toile ?). Chassériau, lui, ne s’encombre plus de prétexte.

 

Francesco Hayez (1791-1882), “Vénus aux deux colombes” ou “Portrait de la ballerine Charlotte Chabert en Vénus”, 1830, Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto, Palazzo delle Albere, Trento (Italie)

 

Paul Baudry (1828-1886), “La toilette de Vénus”, 1858, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

 

Théodore Chassériau (1819-1856), “Baigneuse”, 1842, Bayerische Staatsgemäldesammlungen (Nouvelle Pinacothèque ?), Münich

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Gustave Courbet (1819-1877), “La source”, 1862, The Metropolitan Museum of Art, New York

Certains appellent ces femmes des “Vénus callipyges” (voir article “l’exception callipyge“) parce qu’elles ont de belles fesses. Même si cela semble vrai, étymologiquement, moi je préfère penser que l’important n’est pas que ces femmes ont de belles fesses mais c’est plutôt qu’elles les montrent.

La toilette ou l’art de se coiffer

Voici encore 3 toiles très intéressantes sur le thème de la toilette. Dans les 3 cas, il n’y a ni eau, ni savon : ce ne sont pas des femmes en train de se laver. Elles ne sont pas non plus assises à leur cabinet de toilette comme pour les 3 portraits de l’Ecole de Fontainebleau. Les 3 femmes que j’ai sélectionnées lèvent un ou deux bras pour bricoler avec leurs cheveux. Ca vous rappelle quelque chose ? Oui, forcément, parce qu’on en a déjà beaucoup parlé : Ca rappelle les Vénus Anadyomène et ça rappelle les Vénus de l’Esquilin. Ici, cependant, les positions sont différentes. C’est ça qui m’a amusée.

Première femme : Esther peinte par Théodore Chassériau (1819-1856). Elle pourrait être une Vénus Esquiline si elle n’était pas assise. Remarquez au passage la mise en valeur de cette Esther blanche, blonde et dorée entre l’Arabe et la Noire (ce qui donne par ailleurs un petit côté “rois mages” à l’oeuvre).

Théodore Chassériau, "La toilette d'Esther" ou "Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus", 1841, Musée du Louvre, photo sur Wikimedia Commons

Deuxième femme : Florentine (c’est le nom du modèle) peinte par le Danois CW Eckersberg (1783-1853). Quelle magnifique chute de reins ! Quel dos ! Quelles épaules ! Ce type de pose est très rare et, pourtant, quelle beauté ! Le fait que les fesses de Florentine soient couvertes mais qu’on devine la naissance de la raie des fesses renforce l’érotisme de la situation. Le vêtement (ou le drap de bain) sur les jambes renvoie également au portrait d’Esther, peint la même année. On n’a pas de doute que c’est une scène de “toilette”, même si le titre de la toile ne le précise pas.

C_W_Eckersberg

Cristoffer Wilhem Eckersberg, "Femme devant un miroir", 1841, Hirschsprungske Samling, Copenhague, photo Wikimedia Commons

Troisième femme : Une inconnue peinte par Theo Molkenboer (1871-1920). De Chassériau/Eckersberg à Molkenboer, on saute 1/2 siècle et on se retrouve au début du vingtième siècle, en pleine période Art Nouveau. Cette scène a un très fort contenu érotique : une jeune femme très jeune, longue, mince, pas entièrement nue (elle porte des ballerines et un collier), le pubis parfaitement rasé (alors qu’elle a des poils sous les bras) qui vérifie son chignon dans un miroir. De prime abord, on pourrait penser qu’elle se tient devant la cheminée du salon, ce qui rajouterait à l’érotisme de la scène, mais non : remarquez  la présence du tub en bas à gauche. On est dans la chambre de la jeune fille, au moment du bain.

Theo Molkenboer, "La Toilette", 1903, Stedelijk Museum Amsterdam, Photo Wikimedia Commons

Les 7 Vertueuses à large croupe de Goltzius

Dans l’article où les 4 couples d’allégories de la vertu s’embrassaient à pleine bouche (cf “vertueuses et lesbiennes“), j’ai rappelé ce qu’étaient les 4 vertus cardinales et les 3 vertus théologales… sauf que Goltzius avait sacrifié une des vertus théologales et en avait ajouté deux. Cette fois-ci, pas d’embrouille ! Voici les 7 vertus en question, gravées en 1578 par le maître (pour ce qui est de savoir pourquoi on représente les vertus par des femmes, je doute que ce soit parce que celles-ci sont plus “vertueuses” mais vraisemblablement parce qu’elles sont plus sexy nues… non ?).

Voici déjà les 3 vertus inventées par les Chrétiens (les vertus théologales). A gauche : “Geloof“/Fides, la foi, avec la bible dans une main et le crucifix dans l’autre. Au centre, “Hoop“/Spes, l’espoir, qui regarde l’avenir avec les chaînes arrachées (mais pourquoi l’ancre ?). A droite, “Liefde“/Charitas, l’amour, avec ses mômes.

Et voici les quatre vertus cardinales héritées des Grecs. De gauche à droite : “Rechtvaardigheid“/Iustitia, la justice, avec la balance d’un côté et le bâton (l’épée en fait) de l’autres ; “Voorzichtigheid“/Prudentia, la prudence, qui se balade avec ses deux serpents (pas très prudent !) ; “Kracht“/Fortitudo, le courage ou la force qui soulève des montagnes (et à tout le moins une colonne) ; Et, pour finir, “Matigheid“/Temperentia, la tempérance, vertu aux fesses charnues qui met de l’eau dans son vin.

[Toutes images visibles sur le site du Rijksmuseum]

Pudeurs modernes : ne cachez que le haut !

La première VENUS PUDICA, celle que Praxitèle a sculptée et que les Cnidiens ont installée dans leur temple (voir article), cachait son sexe, pas ses seins. La variante dite “capitoline” cachait à la fois son sexe et ses seins (voir article). Il manquait une autre variante : celle où la Vénus pudique cache ses seins mais pas son sexe. Les photographes contemporains ont entrepris de combler ce vide.

Cuisses serrées, une jambe pliée, corps déhanché : oui, ce sont bien 3 Aphrodite de Cnide que je vous présente, une variante moderne par 3 excellents photographes de nus.

tomas rucker,aphrodite de cnide,venus pudique,venus pudicaLes photos en noir et blanc de Tomas Rucker sont d’une qualité exceptionnelle . Il s’en dégage une beauté plastique et une froideur que seul peut égaler… le marbre. Ce type, c’est le Praxitèle de la photo. Ca tombe bien.  N’hésitez pas à visiter la “black gallery” de son site  tomasrucker.com.

dan west,liz ashley,venus pudicaOn ne peut pas se lasser de contempler les photos de Liz Ashley par Dan West. Celle-ci avait déjà gratifié le site d’une magnifique photo (voir ici),  elle aussi “cnidienne”.

Liz Ashley incarne parfaitement l’esprit de la Venus Pudica. Remarquez notamment son dos légèrement voûté par l’action de masquer  ses seins (cf le torse d’Aphrodite conservé au Louvre sur le site du musée ou sur wikipedia).

Pour voir d’autres photos par l’excellent Dan West : sublime-nudes.com (réservé aux plus de 18 ans).

jeff davidson,jessica,venus pudica,venus esquilin,cnideEt voici Cosmic frog / Cosfrog /Jeff Davidson (l’habitude qu’ont prise les photographes actuels de se donner des pseudos n’aurait pas étonné un Negreto / Negretti / Palma il Vecchio) dont les modèles adoptent souvent des poses cnidiennes (cf cosfrog.deviantart.com et exposingbeauty.com).

Notez que Jessica n’est pas une “vraie” Venus Pudica comme l’est Liz Ashley : Son dos n’est pas légèrement courbé mais il est cambré (autant que lui permet la position de ses bras). Le dos cambré exprime la défiance, la fierté ou la confiance et non la honte ou la soumission.

Ainsi, même si elle est “pudique” en cachant ses seins, Jessica adopte plutôt la posture d’une variante de l’Aphrodite de Cnide dont on n’a pas encore parlé. Il s’agit d’une Vénus aux cuisses serrées et au déhanchement caractéristique des Vénus de Cnide mais elle n’est pas dans une position de pudicité : ses bras ne tentent pas de cacher une partie de ses attributs sexuels, son dos n’est pas légèrement voûté ; Au contraire, elle se cambre et relève les bras comme pour nouer ses cheveux. On l’appelle “Vénus de l’Esquilin” et nous en parlerons plus tard.

La Vénus doublement pudique (épisode 2, en couleurs)

La Vénus dite “Capitoline” est la variante la plus répandue de l’Aphrodite de Cnide. Elle est même plus connue que l’originale et Sandro Botticelli (1444-1510) n’est sans doute pas étranger à ce succès : Il a en effet peint la plus célèbre Vénus Capitoline dans son tableau “La naissance de Vénus“, exposé à la Galerie des Offices. L’atelier de Botticelli a repris la Vénus, seule sur un fond noir, dans un très beau tableau visible à la Gemäldegalerie de Berlin (Ci-dessous à gauche – Photo © Jörg P. Anders – Cliquer ici pour voir une HD).

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A droite (image wikimedia commons – voir HD), Lorenzo di Credi (1459-1537) a réalisé une variante de la Capitoline (une variante de la variante !). Il s’est amusé à inverser les gestes : Ici, c’est la main droite qui prétend cacher le pubis, comme sur la statue de Cnide. La variante de Di Credi s’éloigne néanmoins du modèle sur d’autres points : Le sexe trop peu caché et les cuisses trop peu serrées en font une Vénus à peine pudique.

Titien (1490-1576), lui, s’est encore plus amusé en transposant la position sur une Vénus assise qui se regarde dans un miroir, tableau qu’imitera plus tard Rubens dans son “Vénus et Cupidon” du musée Thyssen-Bornemisza.

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Vénus au miroir - Titien - vers 1555 - National Gallery of Art, Washington - image visible sur wikimedia commons

Et voici une version moderne de la Vénus doublement Pudica (même posture que la Vénus de Botticelli : jambe droite en avant, main gauche sur le pubis, mains droite sur les seins, tête tournée vers la gauche). C’est une photo pas très courante car, sur les photos de nues – y compris celles de Jeff Davidson -, les femmes ne cachent plus leur sexe, et encore moins leurs seins.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Capitoline_Venus_Borghese_Louvre_Ma335.jpg

[Female Canvas III par Cosfrog/Jeff Davidson - Photo extraite de son site sur DeviantArt]

La Vénus doublement pudique

L’Aphrodite de Praxitèle à Cnide (cf article précédent) a donné naissance à un avatar qui a mieux réussi que le modèle, car beaucoup plus souvent copié que lui.

Si la Vénus originale était pudique, sa variante est deux fois pudique. Regardez bien ! Vous voyez la différence ?

Cette variante, c’est la Vénus dite “Capitoline” conservée au Palais Neuf des Musei Capitolini de Rome. Comparée à l’Aphrodite que les Cnidiens avaient installée dans leur temple, la Capitoline semble inversée : C’est la main gauche qui couvre le pubis et la jambe droite qui est pliée. Troisième différence : L’autre main de la Vénus couvre en partie les seins au lieu de tenir un tissu. La variante est donc bien plus pudique que l’original.

Et voici, pour finir, un tour d’horizon non exhaustif des principales statues de Vénus de type “Capitoline”, en commençant, en haut à gauche, par celle qui a laissé son nom à ce type de représentation de la déesse.

[En haut, de gauche à droite : Vénus Capitoline, Musei Capitolini, Rome - Aphrodite de type "Syracuse", Musée Archéologique National d'Athènes - Vénus pudique du Musée National du Bardo, Tunis. Au centre, de gauche à droite : Vénus Borghese, Louvre, Paris - Vénus de Campo Iemini, British Museum, Londres - Aphrodite "capitoline" de l'Ermitage, St-Petersbourg. En bas, de gauche à droite : Vénus de Médicis, Galerie des Offices, Florence (moulage au musée Pushkin de Moscou) - Aphrodite de Menophantos, Palazzo Massimo alle Terme, Musée National de Rome - Vénus Landolina ou Vénus de Syracuse, Musée Archéologique Régional Paolo Orsi, Syracuse]

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Capitoline_Venus_Borghese_Louvre_Ma335.jpg