Archives du Tag: bijoux

Futile harnais. Pour habiller la femme presque nue.

Quand on parle de lingerie un peu “osée”, alors il faut mentionner “Maison Close” (voir site).

Après le tanga à perles Bracli qui frotte sur le clitoris et après les culottes ouvertes de Damaris, voici un accessoire (un bijou ?) qu’affectionne Maison Close : le harnais.

D’accord, ce n’est pas une nouveauté. Il y a eu le harnais orienté bondage, en cuir, latex ou PVC, de marques comme Fleet Ilya ou (feu ?) Antiseptic Fashion. Il y a eu le harnais de sex-shop, en strass généralement, vendu sous le nom de choker-tie-belt et à l’aspect un peu cheap. Il y a enfin eu (et il y a toujours) les harnais fabriqués dans une gamme de bijoux de corps, entre les bijoux de seins et les bijoux d’épaules, par des créateurs/créatrices de bijoux. J’en cite quelques-uns : Bliss Lau, Litter, Fannie Schiavoni, Justine Clenquet, Léon Rose Magma, Pagan Poetry, (feu ?) Mousseline Chou d’Amour, Sofiyani La, Anita Quansah

Avec Maison-Close, le harnais, en tant que pièce de lingerie ou comme bijou de corps joli et sexy, va enfin se démocratiser.

[En haut : Harnais "A ton cou". Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite :  Harnais "A ton cou", Harnais pour shorty (ici sur un string) "Féerie Précieuse", Harnais-string "Soie Chérie", Harnais "Villa Satine"]

A quoi sert le harnais ? A rien, vraiment. En fait, à mettre en valeur les seins qu’il sépare, le cou qu’il enserre, le dos qu’il laisse vierge. Il sert à faire plus joli. Il est utile donc. Il donne de l’originalité. Il fait sortir de l’ordinaire. Il rend sexy. Il excite l’imagination. Il attise les sens. Très utile, donc. Que dis-je ? Indispensable harnais !

Toutes les photos des nouvelles collections Maison-Close sont visibles sur le site Dessus-Dessous.

Courts ou longs, tout est bon ?

Voici encore Jourdan Dunn, encore photographiée par Sølve Sundsbø. Impossible de choisir entre la photo du billet précédent et celle-ci… J’ai donc rajouté cet article pour pouvoir placer les deux.

Ce cliché va nous permettre un petit exercice.

Jourdan Dunn porte généralement les cheveux tirés derrière sa tête. C’est la partie droite de la prise de vue : “Jourdan aux cheveux courts”.

S’il fallait qualifier le visage de la partie droite, quels adjectifs employer (en évitant les banalités comme “belle” ou “sexy”) ?

Malgré les gros bracelets en or et les bretelles de robe du soir, JD aux cheveux courts évoque pour moi l’image d’une “working woman”, secrétaire ou cadre sup.

Pour ce qui est des qualificatifs, je pencherai pour “élégante”,  ”sérieuse”, “sévère”.

Et si on faisait maintenant le même exercice pour la partie gauche, le visage de  ”Jourdan aux cheveux longs” ?

Cette Jourdan-là me fait quitter les tours de bureaux et la ville. Je vois une Jourdan dans la forêt ou la savane… Peut-être parce qu’on ne voit plus ses vêtements… Peut-être parce que ses cheveux forment une sorte de crinière…

Cette fois-ci, les qualificatifs qui me viennent à l’esprit sont “sensuelle”, “sauvage”, “dangereuse”.

Si les cheveux longs sont le voile que la nature a donné aux femmes (dixit Paul de Tarse, bien sûr), alors il faut bien reconnaître que la femme “voilée” dégage un érotisme plus torride. Est-ce vraiment ce qu’on attend d’une femme voilée ? Je ne pense pas. Mais ça explique sans doute qu’on la re-voile, avec du tissu cette fois-ci. On s’en doutait un peu !

Portrait de Jourdan Dunn par Solve Sundsbo

Après deux articles illustrés de blanches aux longs cheveux blonds, voici une noire aux longs cheveux noirs, la mannequin britannique Jourdan Dunn au corps voilé et dévoilé (Il faut que je ponde quelques articles sur la transparence !) photographiée par le Norvégien Sølve Sundsbø .

Au passage, on assiste à une nouvelle démonstration que l’or sied particulièrement à la peau noire.

[ Photo parue dans Vogue Japan mars 2009 - Source : fashionnude]

Le voile anversois au début du 16ème siècle

Van Cleve a peint beaucoup de “madonnes” (avant que son nom ne soit identifié au 19ème siècle, ses oeuvres étaient attribuées au “peintre de la mort de Marie”, du nom d’une toile fameuse exposée au musée Wallraf-Richartz de Cologne). Il a aussi peint beaucoup de couples de riches bourgeois de la ville d’Anvers, la ville où il s’est installé comme peintre.

On ignore l’identité du premier couple, peint vers 1520 et maintenant exposé à la galerie des Offices à Florence. Le couple du milieu est composé de Joris Vezeleer, un riche orfèvre et marchand d’art anversois, et de Margaretha Boghe. Cette toile, peinte à la même époque que la précédente, se trouve à la National Gallery of Art à Washington. En bas, voici Joos van Cleve lui-même vers 1530-35 avec sa seconde femme, Katlijne van Mispelteeren (Collection de  la reine d’Angleterre).

Les deux premières femmes portent exactement le même foulard blanc. Van Mispelteeren a adopté une coiffe un peu plus longue. Peut-être la mode a-t-elle changé (au moins 10 ans séparent les deux types de foulard) ou peut-être n’avaient-elles pas les mêmes goûts. Obligation religieuse, tradition vestimentaire ou mode de l’époque à Anvers ? Difficile à dire. Il va falloir  parcourir plus d’images et de textes pour commencer à se faire une idée plus précise sur ce voile si populaire. Notons que les hommes aussi se couvrent la tête et que leurs couvre-chefs sont très similaires.

Tout comme pour le portrait de Kassel (article précédent), on remarque l’attitude pieuse des femmes (elles égrènent toutes un chapelet entre leurs doigts alors que les hommes ne tiennent pas de bible ou d’autres objets religieux) ainsi que le luxe de leurs vêtements et de leurs bijoux (bagues en or pour toutes).

Pour complexifier un peu les choses, voici l’énigmatique couple formé par Anthonis van Hilten et Agniete van den Rijne, daté de 1515, attribué à van Cleve et exposé au Rijksmuseum Twenthe à Enschede (Je ne sais pas qui a attribué un nom au couple mais le site du musée préfère parler d’homme et femme inconnus).

Pas de voile blanc pour Agniete (mais un voile noir) et pas de chapelet non plus ! Elle préfère égrener une grappe de raisins alors qu’Anthonis compte ses pièces… Et que penser de l’étrange devise gravée en français sur le bas du cadre (“AU FORT ?N?FORCE DEPUIS QUE AINSI EST”) ?

Portrait de femme par Joos van Cleve

Dans la galerie de peintures des vieux maîtres du château de Wilhemshöhe (Staatliche Museen, Kassel), il y a un portrait d’homme par Joos van Cleve et il y a aussi le portrait de sa femme, que voici.

Joos van Cleve ou Joos van der Beke (né avant 1485-mort vers 1540) a été un membre important de la corporation des peintres d’Anvers. Il a très souvent peint la vierge Marie et il a aussi exécuté de nombreux portraits. Au total, il a représenté un bon paquet de femmes voilées dont l’inconnue ci-dessus maintenant exposée à Kassel et datée de 1525.

De cette femme au foulard, on remarquera que la mine sévère et l’attitude pieuse (chapelet dans les mains) n’empêchent pas le décolleté généreux, les vêtements opulents et les nombreux bijoux. Intéressant aussi cette façon de maintenir les colliers à l’intérieur de la robe.

“Ouled-Nail” ou Du danger d’être trop belle ?

Actuellement, le nom “Ouled-Nail” désigne les membres d’une tribu installée dans les hauts-plateaux de l’est algérien (Djelfa, Bou Sâada, Biskra).

A l’époque de la colonisation de l’Afrique du Nord par la France, c’est aussi un nom qui revient dans un grand nombre de clichés de femmes dénudées pris en Tunisie par le photographe Rudolf Lehnert (Voir ci-dessous ou “Fatma, de la tribu des Ouled Nail, Tunis“) ou par d’autres (voir la carte postale “Femme des Ouled-Nails” éditée par D’Amico, libraire à Tunis).

Pour comprendre ce qu’étaient les Ouled-Nails pour le colonisateur français, laissons parler Guy de Maupassant qui voyagea longuement en Algérie (in “Province d’Alger”, un des récits du recueil “Au Soleil“, publié en 1884) :

“Boukhrari est le premier village où l’on rencontre des Oulad-Naïl. On est saisi de stupéfaction à l’aspect de ces courtisanes du désert. Les rues populeuses sont pleines d’Arabes couchés en travers des portes, en travers de la route, accroupis, causant à voix basse ou dormant. Partout leurs vêtements flottants et blancs semblent augmenter la blancheur unie des maisons. Point de taches, tout est blanc ; et soudain une femme apparaît, debout sur une porte, avec une large coiffure qui semble d’origine assyrienne surmontée d’un énorme diadème d’or. Elle porte une longue robe rouge éclatante. Ses bras et ses chevilles sont cerclés de bracelets étincelants ; et sa figure aux lignes droites est tatouée d’étoiles bleues…”

“Courtisanes”, le mot est lâché. Dans un texte de 2007 (“Des maladies vénériennes, de la prostitution et du mythe des Ouled Naïl dans l’Algérie coloniale“), le professeur Abid relate le développement de la prostitution qui a accompagné les troupes d’occupation et l’exploitation toute particulière des femmes des tribus Ouled-Nail.

Alors, pourquoi ces femmes plutôt que d’autres ? Les explications qui reviennent sans cesse sont la finesse de leurs traits, la richesse de leurs vêtements, l’attrait de leurs danses. Ainsi, ces (trop) belles Maghrébines furent la proie des maquereaux et des  mères-maquerelles et devinrent synonymes de danseuses prostituées (voir “La danseuse prostituée dite « Ouled Naïl », entre mythe et réalité (1830-1962)” de Barkahoum Ferhati).

Le peintre Etienne “Nasr Eddine” Dinet (1861-1929), Français converti à l’islam et installé à Bou Sâada, nous a laissé de nombreuses peintures de jeunes femmes Ouled Nail (voir cette “baigneuse au clair de Lune” avec le manteau rouge, le diadème et les bracelets décrits par Maupassant) et une autre explication possible au ratissage massif de ces femmes pour fournir les bordels algériens : Elles ne semblaient pas partager la pudeur des autres femmes arabes et ne craignaient pas, semble-t-il, la nudité (mais Dinet, tout respectueux des Algériens, de leurs coutumes et de l’Islam qu’il fut, ne se laissa-t-il pas, lui aussi, emporter par l’orientalisme dénudé qui était tant à la mode à cette époque ?).

Etienne Dinet, Raoucha, 1901, musée national Nasr Eddine Dinet de Bou Sâada, image Wikipedia

Cependant, ce serait peut-être trop simple d’accuser toujours uniquement le colonisateur. En ce qui concerne la présence des Ouled-Nails en Tunisie et la vente de ces (trop jolies) femmes comme esclaves ou concubines avant l’arrivée des Européens, voir ce post.

Etre à la mode, c’est être nue (et ligotée) ?

Si vous avez lu l’article précédent, vous vous dîtes peut-être : “D’accord mais depuis quand est-ce qu’un magazine aussi marginal que Purple donne le ton en matière de mode ?”. J’accepte volontiers cette critique et je vous propose de nous attaquer à du lourd, à savoir “Vogue-Paris”, l’édition française du magazine Vogue. Vous rappelez-vous du calendrier 2003 ?

Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, voici, rassemblés sur une seule photo, les 12 mois de l’édition 2003 du calendrier Vogue-Paris.

[Calendrier Vogue-Paris 2003. Mannequins : Carolyn Murphy, Frankie Rayder, Heidi Klum, Helena Christensen, Jessica Miller, Karolina Kurkova, Maggie Rizer, Natalia Vodianova, Tasha Tilberg et Trish Goff. Photographies : Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin. Source : newslicious.net. Voir toutes les photos HD ici.]

Plusieurs années avant Purple, Vogue avait déjà publié des photos de mode d’Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, dans leur style typique. Mode nue déjà… ou extrêmement dépouillée : un pull par ici, une paire de gants ou de jambières par là. La photo de Trish Goff bottomless est là, dans ce calendrier de 2003, ou ici dans le blog.

L’édition 2011 du calendrier Vogue-Paris fait passer un message extrêmement clair : La fille à la mode est une fille revêtue de ses seuls bijoux. Regardez bien Daria Werbowy : Loin de la rivière de diamants, une simple bague ou une paire de boucles d’oreilles (Louis Vuitton, quand même) suffisent à habiller la belle.

[Calendrier Vogue-Paris 2011. Mannequin : Daria Werbowy. Photographies : Mikael Jansson. Source : grafilog.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Et pour celles qui aiment les frissons, j’ai assemblé les 12 photos du calendrier 2007. Cette année-là, pour Vogue-Paris, la femme à la mode ne s’habillait pas. Elle se faisait ligoter. Corde pour chaîne-et-trame ? Chanvre pour satin de coton ? Cette année-là, Vogue le provocateur aimait le bondage.

[Calendrier Vogue-Paris 2007. Mannequin  : Karen Elson. Photographies : David Sims. Source : ananasamiami.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Portrait de femme au serpent

Encore une photo sans auteur connu mais ce serait dommage de ne pas la présenter, tant je la trouve magnifique. Femme et serpent, ça fonctionne drôlement bien ensemble !

[Source : revues-naturistes.com]

Portrait de Jesse Pagz par Chad Michael Ward

Je déroge complètement à mes principes en publiant deux portraits à la suite l’un de l’autre et, qui plus est, par le même photographe !

Je n’ai pas pu résister car ce cliché de Jesse Pagz doit absolument figurer sur le blog. Cheveux teints, visage maquillé, tatouage et bijoux : Cette photo est une superbe illustration de mes principes en termes d’habillement. J. Pagz est parfaitement vêtue. Plus serait trop.

Impossible de ne pas mettre cette photo… donc je la mets.

[Source : site de Chad Michael Ward]

Dames à leur toilette

D’accord. Cet article ne va pas vous épater par la profondeur de son texte ou l’originalité de ses images. Je veux juste faire le point sur une iconographie très particulière : celle des “Dame à sa toilette” avec gros plan sur jeune femme torse nu à sa table de toilette, main droite tenant une bague au dessus de la boîte à bijoux, main gauche entre les seins sur le bout d’un collier, large collerette et cheveux coiffés court, sorte de cape de voile ou mousseline transparente posée sur les épaules  et servante agenouillée à l’arrière-plan devant un coffre de rangement.

Bildnis einer Dame (portrait de femme), Ecole de Fontainebleau, 16ème siècle, Kunstmuseum de Bâle

Je tombe sans arrêt sur une représentation de “dame à sa toilette” dont l’auteur ou la localisation est fausse. Ce n’est pourtant pas compliqué : il n’y en a que trois !

Femme à sa toilette, vers 1550-1570, Ecole de Fontainebleau, Worcester Art Museum (Worcester, Maine, USA)

Pas de François Clouet, pas de musée Magnin, pas de Diane de Poitiers. Il est cependant vrai que le ressemblance entre les portraits de Worcester et de Dijon a pu créer une petite confusion.

Dame à sa toilette, anonyme, 16ème siècle, Musée des Beaux-arts de Dijon

Reste la question principale : c’est quoi ce portrait ? Pourquoi ces femmes sont nues ? De quelle toilette parle-t-on ? Pourquoi est-il plus question d’or et de bijoux que d’eau et de savon ? Pourquoi le bras droit est-il posé sur un coussin ? Pourquoi la bague, le collier, la collerette ? Enfin, pourquoi tant de copies et quel est l’original ? A cette dernière question, je proposerai un début de réponse : Il se dégage une telle sensualité de cette poitrine nue mais parée de bijoux sous un voile transparent qu’elle n’a pu qu’inspirer les artistes de cette époque. Question subsidiaire : Pourquoi pas plus de copies ?