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L’arnaque Sheela na Gig ?

Ainsi, les traditions celtiques, voire le “culte de la grande déesse” se seraient maintenus, en dépit des efforts de l’Eglise, au sein même de celle-ci. Un des signes de la persistance des moeurs païennes serait la présence massive dans la décoration des églises romanes de représentations de femmes ouvrant leur vulve avec les mains .

Voilà une théorie qui se propage depuis des années. Une théorie séduisante, certes, mais est-elle crédible ?

"Sheela na Gig" - 12ème siècle - Eglise de Ste Marie et St David, Kilpeck, Herefordshire, Angleterre - Source : www.freewebs.com/naturalmedical/sacredvagina/

Certains Britanniques croient dur comme fer à ce qui serait une tradition celtique à laquelle ils ont donné un nom fringant mais à l’étymologie confuse : Sheela na Gig.

Il existe des sites qui recensent ces Sheela na Gig. Je les ai parcourus. Résultat : Grosse déception. Les quelques dizaines de représentations répertoriées sont presque toujours grossièrement ouvragées et usées par le temps. Une seule s’en sort bien : C’est celle qui est toujours mise en avant, la Sheela na Gig de Kilpeck en Angleterre (voir ci-dessus). J’ai constaté aussi que les poses étaient toutes différentes, qu’il n’y avait pas d’homogénéité de la statuaire comme ce serait sans doute le cas s’il s’agissait de la persistence d’un culte ancien.

Si l’on revient en France et qu’on s’intéresse à la sculpture obscène dans les églises romanes de l’hexagone, on découvre des choses étonnantes comme, par exemple, cette femme à la robe soulevée (ou sous un voile ouvert) qui n’a rien à envier à l’impudique Anglaise de Kilpeck.

Femme indécente - Eglise Sainte-Radegonde, Poitiers - 13ème siècle - Source : terradesomnis.blogspot.com/2009_12_12_archive.html

Les représentations obscènes se retrouvent presque toujours sur les chapiteaux des colonnes ou sur les corbels (appelés aussi corbeaux ou modillons) qui soutiennent la corniche du toit.

Leur nombre est particulièrement élevé dans les départements au sud de la Bretagne (Charente, Charente-Maritime, Vendée, Vienne) mais, comparé à la quantité totale d’oeuvres sculptées, il reste anecdotique. C’est une statuaire souvent paillarde comme cette femme au trou de cul accueillant qui ouvre son sexe en souriant.

Femme indécente - Eglise de Chalais ( Saint-Pierre-le-Vieux ),Vendée - Source : web.me.com/joel.jalladeau/modillonsbis/styled/

C’est aussi une statuaire mixte. On y voit des hommes à la bite démesurée comme des femmes à la chatte ouverte, des exbitionnistes qui présentent leur cul et des couples qui s’accouplent :

[En haut à gauche : cathédrale Sainte Eulalie-Sainte Julie, Elne, Pyrénées-Orientales - En haut à droite : Eglise Saint-André, Ruffec, Charente - En bas à gauche : Eglise de Macqueville, Charente-Maritime - En bas à droite : Collégiale San Pedro de Cervatos, Cantabria, Espagne. Pour une raison inconnue, cette église espagnole regorge de petits personnages indécents ; Voir ici.]

Même si ces personnages paillards sont rares, souvent cantonnés à de petites églises de campagne et toujours planqués loin du regard, leur présence dans des lieux de culte est néanmoins surprenante. J’y vois, à tord ou à raison, la facétie de quelques ouvriers. J’y vois aussi la preuve d’une plus grande tolérance de l’Eglise primitive par rapport aux choses du sexe (fini les bites et les cons sur les cathédrales gothiques). Pour moi, la Sheela na Gig n’est qu’une image porno (dans une pose typique du porno moderne) visible par tous, en des temps où le cul faisait partie des choses de la vie, comme bouffer ou boire, roter ou péter.

Il y a cependant dans les églises une autre représentation de femme qui est plus fréquente, mieux ouvragée, plus codifiée et mieux connue. J’en ai déjà (très mal!!) parlé mais je vais y revenir. Il s’agit des sirènes.

Recherche de la courbe parfaite : Le cas de la Vénus de Perpignan

Comme en contrepoint au torse de Robert Farnham (voit article précédent) coincé entre deux cadres de fenêtre, voici un autre torse dans un encadrement de fenêtre : la Vénus au collier (sans collier) de la place de la Loge à Perpignan. Celle-là même qui posa tant de soucis à son créateur, Aristide Maillol.

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

La Vénus originale en plâtre, achevée vers 1928 est le résultat d’une quinzaine  d’années de travail. Elle portait un collier qui n’est plus sur la version en bronze de Perpignan. La Vénus de Perpignan n’est pas unique : 9 autres bronzes ont été coulés, oeuvres des fondeurs Rudier et Vatsuani. Ils sont à présent à la Tate Gallery de Londres (version avec collier), au musée des beaux-arts de Lyon, au Saint Louis Art Museum (with necklace), à la Kunsthalle Bremen, à la Kunsthaus Zürich (avec collier)… Et cette promeneuse sur les pelouses des Tuileries ne lui ressemble-elle pas aussi beaucoup (tous les Maillol des Tuileries ici) ?

Le processus de création de cette Vénus par Aristide Maillol est très intéressant. Je me permets de reprendre quelques extraits du mémoire de DEA de Monique Compagnon (Maillol et le Roussillon, Perpignan, Université de Perpignan, 1999, 161 p.), eux-mêmes cités sur frontierescatalogne.chez.com.

Maillol se confie à Henri Frère :
“J’étais parti d’un dessin, d’une chose très large… Je voulais arriver à donner dans la statue cette grandeur. J’appelais cette figure “l’Eté”. Au début, c’était très réussi. Ça faisait un torse magnifique avec la tête penchée. Je l’avais arrangée avec une draperie, ça faisait un effet inouï. Rodin trouvait ça épatant. Ensuite, je l’ai perdue. En poussant mon travail, je l’ai abîmée. Alors, je l’ai changée et j’en ai fait une Vénus. On ne fait pas toujours ce que l’on voulait faire…”
(source : Henri Frère, La Vénus de Maillol -Tramontane-1950,page 283)

H.Frère cite R. Rey:
“Je ne crois pas que la sculpture contemporaine ait créé deux figures d’une plénitude égale à la grande Vénus que Maillol façonne depuis près de dix ans sans se résoudre à l’achever. Il en a cent fois modifié la ligne, insatisfait chaque fois. On comprendrait combien ce labeur est énorme et subtil en comparant les différents états par lesquels cette statue a passé, s’acheminant chaque fois vers un sentiment plus ample et plus religieux”.

[Source photos : petit-patrimoine.com]

Pour René Puig:
“Il est particulièrement curieux de savoir que Maillol avait gardé très longtemps la statue dans son atelier sans se résoudre à la terminer. Les jambes et les bras ne lui convenaient pas. Il attendait une inspiration… le trait de génie : une longue patience !”
Puis l’auteur laisse parler l’artiste : ” J’ai attendu quinze ans la ligne des jambes de ma Vénus, quinze ans j’ai mis du plâtre… je l’ai enlevé… j’en ai remis… j’ai regratté. Peine perdue ! Un beau jour, après quinze ans de ce travail toujours recommencé, toujours inutile, avec de longues périodes de silence, au retour de Banyuls, devant la statue que je n’avais pas vue depuis six mois, la ligne m’est apparue, brusquement… Elle semble pourtant bien simple ! (…)
Il ne lui manque que les bras. Ils sont faits dans ma pensée. Je n’ai plus qu’à les placer. Encore quelques jours de travail et l’œuvre est finie. Dans quel geste ? Très simple : bras levés et arrondis. Vénus met un collier. Il faut qu’elle donne une impression harmonieuse, une statue est une construction architecturale. Tout se suit. Tout se tient. Regarde ces lignes.”
Maillol fait tourner l’œuvre inachevée, effleurant le plâtre de ses mains. “Voici le plus beau, dit-il en suivant les lignes du flanc droit. Il est très difficile de faire une femme debout.”
Maillol ajoute en considérant son œuvre: “Ce n’est pas encore ça. Ce n’est jamais ça. Une Vénus devrait être la perfection. Mais tu sais, la perfection ! (…) Cet équilibre que tu constates en faisant tourner la statue, je ne l’ai réalisé qu’au prix d’un travail extraordinaire.”
(source : René Puig, Maillol, sa vie misérable et glorieuse, Tramontane, 1965)

[Source : djaipi-nedblog.blogspot.com]

Encadrement de féminité

Quand Mickle encadre le torse et le sexe de ses mannequins d’un cache-coeur et de bas auto-portants (voir article précédent), d’autres trouvent des  solutions différentes pour mettre en valeur la zone seins-ventre-pubis où se concentre la féminité, comme le Canadien Robert Farnham et le cadrage serré de ce torse de femme coincée entre deux encadrements de fenêtre.

[Source : Page de Robert Farnham sur modelmayhem]

On se dit que Mickle et Farnham n’ont pas pu être les seuls à remarquer cela , cette zone particulièrement sexuée qui comprend le pubis d’où sort l’enfant, le ventre où il pousse, les seins qui le nourrissent et en plein milieu, le trou du nombril, vestige du lien mère-enfant.

La photo pourrait s’appeler mère, mother ou maternité mais pourtant, en même temps, elle crie son érotisme : Le creux des reins et l’arrondi des hanches, le grand triangle du bas-ventre percé entre les cuisses, les outres pleines de la poitrine, la  longue fente qui coupe le torse en deux à travers le sternum jusqu’au craquement du sexe et la ligne des cuisses collées l’une contre l’autre.


Il y a dans cette zone érogène et maternelle tout ce qu’il faut pour servir de base à une production industrielle de statues d’idoles, fétiches de fertilité et jouets à peloter. Et pourtant, pas grand chose en vue.

Il y a  bien cette étrange pierre sculptée, ci-dessus, dont je n’ai pas trouvé l’origine si ce n’est par son nom de fichier : “musee des arts Hanoi Vietnam”. Une déesse calquée sur la mannequin de Farnham ? Un éternel féminin buriné avec soin pour les mâles en manque d’amour et les femmes en mal de fils ?

En cherchant bien, on peut trouver quelques statues supplémentaires. La Vénus d’Epfach, ci-dessous, entre par effraction dans la liste puisqu’elle n’a sûrement pas toujours été privée de sa tête, de ses bras ou de ses jambes.

[En haut à gauche : Vénus d'Epfach (trouvée à Epfach, Bavière), époque romaine, photo prise à la Archäologische Staatssammlung München par Richard Bartz, visible sur wikipedia.de - En haut à droite : Wilhelm Lehmbruck, Torse de jeune fille, 1914, Kunsthalle Mannheim, photo Hans Bergerhausen, © archives Larbor, source : larousse.fr - En bas à gauche : Christopher Smith, Venus Torso, source : barebrush.com - En bas à droite : Aristide Maillot, Torse de jeune femme, composition 1935, fonte avant 1949, Musée des Beaux Arts de Montréal, © Succession Aristide Maillol / SODRAC (2010), source : artdaily.org]

Les trois autres statues, par contre, sont des torses. Poitrine+ventre+pubis. La tête n’a rien à y faire. Pas plus que les pieds ou les mains.

J’ai relevé sur barebrush.com cette intéressante citation de l’Américain Christopher Smith, producteur contemporain de très grandes quantités d’hommes et de femmes perfectly naked (voir son site), pour décrire le travail qu’il a mené sur le “Torse de Vénus” en porcelaine : ” This is a fragment of a complete figure. I isolated the torso to take up the challenge proposed by Maillol…If the torso cannot exist on its own the piece is not well designed.” Je n’ai pas trouvé la déclaration originale de Maillol mais n’est-ce pas une façon de formuler la primauté du torse ?

Et, comme on a commencé l’article par une très belle photo de Farnham, je vous propose de le finir avec un remarquable cliché du Suisse Martin Zurmühle : “Le visage du corps”. On pourrait dire aussi La face du corps. Ou, pour tout renverser, Le corps, côté face.

["Körpergesicht" par Martin Zurmühle - Source : photokonkurs.com]

Le sein nu et l’Asie

Un passage récent au musée Guimet à Paris va me permettre de préciser quelques articles publiés précédemment.

J’ai écrit dans “En Orient, la femme a le pubis fendu” que, quand ils réalisent une statue de femme nue, les Asiatiques n’hésitent pas à montrer la fente du pubis, contrairement aux Occidentaux. Peut-être mais force est de constater que les Asiatiques représentent rarement la femme entièrement nue (de même que l’homme d’ailleurs). Peu de pubis et de pénis au musée Guimet mais beaucoup de seins car les corps sont généralement torse nu.

Je souhaite également revenir sur la polémique derrière l’article “Menaces de mort pour quelques seins nus !”. Le musée Guimet est très riche en statuaire du sud-est asiatique or une visite au musée ne laisse aucun doute : les seins nus ne posaient aucun problème dans les sociétés anciennes d’Asie du Sud-Est. Les statues de femme sont toutes torse nu. Je ne comprends toujours pas cette polémique qui frise l’ignorance crasse.

Regardez ci-dessous le gros plan de la statue de gauche. J’aime beaucoup ces mamelons représentés par de simples incisions dans la pierre. Ils me rappellent une photo prise au réveil, mamelons roses à peine visibles et traces des draps sur la peau.

Une chose apparaît également clairement lors de la visite au Guimet : Les statues de Bouddha ou de Bodhisattva (sur le Bodhisattva, voir article “Femmes géantes“) sont nombreuses et pourraient se confondre avec des statues de femmes car ils sont habillés comme les femmes,  de jupes ou de sampots et, sous la jupe, pas de pénis visible (pas même un renflement). Ce qui fait la différence, c’est la poitrine que les femmes ont généreuse, voire même très ronde.

Parmi les très beaux seins ronds exposés à Guimet, il y a ceux-ci :

Il s’agit d’une “divinité fluviale” (les fleuves sacrés sont représentés par une divinité) sculptée au 8ème ou 9ème siècle en Inde et accompagnée, je suppose, par ses petites servantes. Une autre photo est visible sur Wikipedia.

L’exception callipyge

Dans le triste paysage d’un monde sans cul (voir article “Des millénaires d’art sans cul“), la Vénus callipyge est une remarquable exception. Bien sûr, les statues de femmes nues abondent depuis la Venus pudica de Cnide (voir “Le jour où commença le culte du corps féminin“) mais attention ! Les statues de femmes nues se regardent toujours de face. Le cul est là, bien sûr, puisqu’il s’agit d’une statue de femme nue mais il est derrière. Accessoire. Secondaire.

La Vénus callipyge est complétement différente. Elle est UNIQUE : Elle soulève sa robe pour montrer son cul qu’elle se retourne pour regarder. La partie la plus importante de la statue, c’est le cul. Sa face avant est son derrière.

Jean-Jacques Clérion - "Vénus callipyge" - 1686 - Parc du château de Versailles - Photo par Ackteon sur Flickr (Merci Ackteon ! Pour voir l'original, cliquer la photo)

La Vénus callipyge la plus ancienne connue date du 1er siècle avant JC et est actuellement exposée au musée archéologique national de Naples. Elle a été découverte à Rome au 16ème siècle sans sa tête. C’est à cette époque qu’on l’a restaurée avec une tête qui regarde son cul. On ne sait pas ce qu’elle regardait avant. L’érotisme que dégage cette Vénus était donc peut-être moindre à l’époque romaine. On pense qu’elle est la copie d’une statue plus ancienne qui était honorée dans un temple de Syracuse (ville grecque -à l’époque- de Sicile) consacré à Afrodite Kallipygos, l’Aphrodite aux belles fesses.

Cette Vénus a été copiée à son tour à la fin du 17ème siècle par Jean-Jacques Clérion (photo ci-dessus) pour décorer les jardins du château de Versailles.  Une autre copie destinée à Versailles (et maintenant exposée au Louvre) a été exécutée par François Barois à la même époque. Pour ne pas EFFAROUCHER LA PUDEUR du public (cf notice du Louvre), les fesses de la déesse ont été recouverte d’une draperie de plâtre. Cette draperie est toujours en place actuellement sur les fesses de Vénus. Notez par ailleurs que la notice du Louvre ne nous présente pas la statue “de face” (sachant que dans ce cas très particulier, sa face, c’est son cul). Serait-ce par pudeur ? Cette histoire rappelle la jupette de plâtre que la Vénus “Colonna” du Vatican portait jusqu’en 1932 (voir “Le jour où commença le culte du corps féminin“). Pour en finir avec ces histoires de pudeur, j’ajouterai que la Vénus callipyge de Naples a connu des aventures similaires en se retrouvant très longtemps exposée dans une cour fermée à clé, sous la surveillance d’un gardien (juste au cas où un dévot forcené du culte aphrodisiaque essayait de prendre la déesse de force et d’enfoncer son dard dans son cul de pierre ? Ne doutons pas de la puissance des pulsions masculines !).

La Vénus callipyge a bien sa place dans ce blog où il est surtout question de la dévotion que les hommes portent à leurs idoles féminines. Cul, impudeur, culte, beauté… Tout y est. Je reprendrai donc à mon tour les vers de Jean de La Fontaine dans son “conte tiré de l’Athénée” (ne me dîtes pas qu’il y a un jeu de mots avec con-tiré !) :

Du temps des Grecs deux soeurs disaient avoir
Aussi beau cul que fille de leur sorte;
La question ne fut que de savoir
Quelle des deux dessus l’autre l’emporte:
Pour en juger un expert étant pris,
A la moins jeune il accorde le prix,
Puis l’épousant lui fait don de son âme;
A son exemple un sien frère est épris
De la cadette, et la prend pour sa femme;
Tant fut entre eux, à la fin, procédé,
Que par les soeurs un temple fut fondé
Dessous le nom de Vénus belle-fesse;
Je ne sais pas à quelle intention;
Mais c’eût été le temple de la Grèce
Pour qui j’eusse eu plus de dévotion.

(Ce conte reprend une histoire racontée dans “Les Deipnosophistes”, une série de 15 livres écrits au début du 3ème siècle après JC par Athénée de Naucratis, à l’origine du nom de la Vénus callipyge)

La plus grande femme

La plus grande des femmes est une combattante, russe. Elle appelle à la guerre pour défendre la mère patrie (remarquez, en français, l’assemblage du mot “mère” avec le mot “patrie”, de “pater” qui veut dire “père” – En anglais comme en russe, on peut dire “mother motherland”).

A 85 mètres, la “mère patrie” russe dépasse de 23 mètres la statue japonaise de l’amour maternel (cf article précédent). Mais attention ! C’est l’épée qui fait la différence. Sans ses 33 mètres d’acier inoxydable, la “matrie” russe chuterait de la 12ème place du hit-parade mondial des plus grandes statues et s’enfoncerait dans les profondeurs du classement.

Rodina-Mat-Zovyot,Volgograd,mère russie

"Rodina-Mat' Zovyot!" (La Mère Russie vous Appelle !), Colline de Mamayev Kurgan, Volgograd, Russie - Conçue par Yevgeny Vuchetich et construite par Nikolai Nikitin - Achevée en 1967 - Source : jonathanmeades.com

La statue est au centre d’un vaste complexe commissioné par le gouvernement soviétique et construit de 1959 à 1967 pour commémorer la bataille de Stalingrad (ancien nom de Volgograd). Le complexe domine la ville depuis Mamayev Kurgan, une colline funéraire tatare.

Pendant mes “recherches”, je suis tombée sur une drôle de polémique sur les seins nus de la Mère Russie. Mais quels seins nus ?[Photo Wikipedia/Juancubillos]

Une autre statue géante de la mère patrie a été construite par les autorités soviétiques dans le cadre d’un “Musée de la grande guerre patriotique”. Pour la visiter, je vous invite à aller voir ce site ou, encore mieux, celui-ci en VO. Vertige assuré ! Photos magnifiques ! Type complètement givré !

Statue de la mère Patrie, Kiev

Statue de la Mère Patrie, Kiev, Ukraine - Achevée en 1981 - Source : dedmaxopka.livejournal.com et ua-traveling.com

Depuis 1981, la “Mère patrie” domine la ville de Kiev, capitale de l’Ukraine qui a gagné son indépendance en 1991. La Mère-patrie soviétique (elle en porte toujours les insignes sur le bouclier) est donc devenue ukrainienne. Haute de 62 mètres en comptant l’épée, elle occupe la 16ème place mondiale par la taille. Si vous êtes curieux de savoir à quoi elle ressemble “de face”, voici une très belle photo disponible sur Wikipedia (mise en ligne par Marianivka). Le soleil ukrainien sur une statue en acier inox, ça donne un résultat très photogénique :

Et ce n’est pas fini !

L’ex-URSS a été riche en statues de la mère-patrie : En plus de celles de Volgograd et de Kiev, on pourrait ajouter la statue de la “Mère Arménie” à Erevan inaugurée dans sa forme actuelle (23 mètres hors piedestal) en 1967 et celle de la “Mère Géorgie” (en fait “Kartlis Deda” ou “Mère du Karthli”) haute de 20 mètres et érigée en aluminium en 1958 à Tbilissi.

Point commun à toutes ces femmes : l’épée.

"Kartlis Deda", Tbilissi, Géorgie - Achevée en 1958 - Source : ourmanintbilisi.wordpress.com

Femmes géantes

La Vierge “géante” de Jan van Eyck m’a donné envie de rechercher les vraies géantes. Quelles sont les plus grandes représentations de femmes, genre “Statue de la Liberté” ? Les “hit-parades” des plus grandes statues du monde ne manquent pas sur le web mais le classement le mieux fait (et le mieux actualisé !) est tout simplement sur Wikipedia et je l’ai trouvé très surprenant.

A 46 mètres (hors piédestal), Lady Liberty occupe seulement  la 27ème place des plus grandes statues du monde. Les onze premières places (88 à 128 mètres) sont prises par des statues construites très récemment, entre 1989 et 2009, et elles représentent toutes (à deux exceptions près) … Bouddha. En fait, pour être plus précis, elles représentent soit Bouddha, soit des “bodhisattva”, des êtres éclairés qui suivent le chemin de Bouddha et sont généralement identifiables à ce dernier. Vous vous demandez sûrement pourquoi j’essaye de vous faire passer des rudiments de bouddhisme, une religion bien trop compliquée pour moi ? Je n’ai pas le choix. Accrochez-vous !

jibo kannon, kurume

Guze Jibo Daikannon (Statue de Jibo Kannon), Kurume, Préfecture de Fukuoka, Japon - achevée en 1983 - Source : Wikipedia/Tim Vickerman

Pour un grand nombre de ces statues géantes, le bodhisattva prend l’aspect d’une allégorie (ou d’un dieu ?) de la compassion. On l’appelle alors Guan Yin en Chine ou Kannon au Japon (pour faire simple). Il peut être mâle ou femelle et ce n’est pas toujours facile d’identifier le sexe : les statues sont très androgynes. Il existe néanmoins une forme typiquement femelle, appelée “Jibo Kannon”, qui célèbre l’amour maternel et s’illustre habituellement par une femme qui porte son bébé (pour plus d’infos, je vous recommande ce site très intéressant, en anglais). La Jibo Kannon de Kurume mesure 62 mètres et pointe à la 17ème place.

Alors bien sûr, vous vous êtes dit : “Tiens ! Une Vierge à l’enfant au Japon !”. Oui, en quelque sorte. Et il y en a d’autres.

Mais qu’en est-il des vraies vierges à l’enfant ? Les versions 100% catho ? Sachez que la plus grande se situe… dans les Dombes, près de Lyon. Elle occupe la 51ème place avec 33 mètres de haut, bien moins que notre Japonaise ou même que notre New-Yorkaise, mais plus grande quand même que l’ultra-connu “Christ Rédempteur” du Corcovado à Rio de Janeiro (30 mètres).

Notre-Dame du Sacré-Coeur ou Vierge du Mas-Rillier ou Madonne de Miribel, Miribel, France - Georges Serraz - Constr. : 1938-41 - Source : Wikipedia/Bhikkhu

Au passage, on est obligé de remarquer la différence de style entre les statues géantes asiatiques actuelles (kitsch maxi, limite mauvais goût) et les statues plus anciennes. Dans le cas de la Vierge du Mas-Rillier, en dépit du béton gris et du ciel blafard, on ne peut qu’apprécier le style Art Déco finissant (plus d’infos et de photos sur la madone et son créateur ici).

Mais revenons-en au classement ! Je n’ai pas encore parlé de la plus grande statue de femme. Ce n’est ni une Kannon, ni une Madonne. Ce serait plutôt une femme combattante (et ce n’est pas une Amazone)…

Le modèle classique de la Vénus Impudique

On a déjà beaucoup parlé de la “Venus Pudica” : L’originale, celle de Cnide, qui se cache le sexe mais pas les seins ainsi que la variante dite “Capitoline” (du nom de la colline de Rome où on a trouvé une de ses copies) qui se cache les seins en plus du sexe. On n’a pas encore parlé de la Vénus qui ne cache rien et qu’on pourrait donc appeler “impudique”.

Il s’agit d’une Vénus qui lève les bras, généralement pour bricoler quelque chose dans ses cheveux. Les anglophones l’appellent d’ailleurs “hair-binding Venus”. Elle peut se confondre avec les Vénus Anadyomène (“surgies de l’eau”) peintes au 19ème siècle par Bouguereau, Chassériau, Ingres ou Amaury-Duval qui, toutes, lèvent leur bras pour nouer leurs cheveux.

Depuis la découverte à Rome, en 1874, lors de travaux sur la colline de l’Esquilin, d’une Aphrodite très “cnidienne” dans la pose (fesses serrées, déhanchement, debout à côté d’un vase sur lequel sont posés ses vêtements) mais aux bras relevés (du moins faut-il le déduire par ce qui reste des épaules car les bras sont cassés), on appelle ce type de représentation féminine une “Vénus de l’Esquilin”.

Venus de l'Esquilin

Vénus de l'Esquilin - Copie romaine d'un original grec - Musée du palais des conservateurs, salle des Horti Lamiani (musées capitolins, Rome) - Photo par didi46 sur Wikimedia

[Cliquer pour voir la Vénus sur le site des musées capitolins et sur Flickr]

Hormis celle-ci, les statues de type “Esquilin” les plus célèbres se trouvent au Louvre (également une copie romaine aux bras cassés) et au musée de Pergame (Pergamonmuseum) à Berlin.

Nulle doute que la découverte de cette statue a directement influencé plusieurs tableaux exécutés quelques années plus tard :

venus esquilin, alma-taderma, poynter, siemiradzki

De gauche à droite :

A sculptor’s model (aussi appelé Venus Esquilina), 1877, par Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), collection particulière

Diadumeme, 1883, par Edward John Poynter (1836-1919), Royal Albert Memorial Museum and Art Gallery, Exeter.

Phryné à la fête de Poséidon à l’Eleusinion, 1889, par Henryk Hector Siemiradzki (1843-1902), Musée russe de Saint-Petersbourg

Portrait de Parvati

parvatiJuste une dernière photo pour terminer la série sur le lingam et le yoni : Le portrait, non pas de Shiva sur un lingam, mais de la Shakti de Shiva : la belle Parvati.

Juste pour faire remarquer un petit truc que je n’avais pas eu l’occasion de soulever : Le lingam représente Shiva (ça, c’est très clair et tout le monde l’a maintenant compris) mais le yoni dans lequel s’enfonce le lingam ne représente pas Parvati (ni Kali ni Durga, les autres noms -ou formes ?- de sa Shakti).

Quitte à me répéter, je confirme qu’il n’y a pas d’égalité entre Shiva et Parvati/Durga/Kali, comme il n’y a pas d’égalité entre le lingam et le yoni.

A part ça, très belle poitrine de Parvati et une pierre de plus dans le jardin de ceux qui ont quelques soucis avec les seins nus dans la culture traditionnelle asiatique (cf article “Menaces de mort pour quelques seins nus”).

[Cette Parvati se trouve maintenant dans une collection particulière puisqu'elle était en vente en 2007 sur le site de la société suisse de vente aux enchères Michael Zeller Auktionshaus]

lingam > yoni ?

Je suis tombée sur cette photo et, immédiatement, j’étais en pleine forêt vierge. Des ruines de temple, une végétation tropicale vert fluo : C’est le retour d’Indiana Jones.  Cliquez donc  sur la photo ! Faut  voir la HD pour savourer pleinement.[Lingam dans les ruines du complexe de My-Son, Province de Quang-Nam, VietNam - Photo par MotHaiBaPhoto, le site DeviantArt de Dmitry et Olga]

Une fois passée l’excitation de l’aventurière du dimanche, ce qui interpelle, c’est la structure au premier plan : le lingam. Une courte recherche suffit pour apprendre que le lingam (ou “linga”), c’est  une représentation du pénis. Ce dernier est fiché dans une vulve symbolique en pierre : le yoni.

Voici, ci-dessous, un dessin que j’ai fait du yoni et du lingam, sur la base d’une photo d’un souvenir ramené du Cambodge par un  touriste. Typiquement, le lingam  est rond en haut, octogonal au milieu et carré à sa base. Chacune des 3 formes rappelle un des 3 dieux de la “trinité” (trimourti) hindouiste : Shiva (rond), Vishnou (octogonal) et Brahma (carré).

Le lingam ressemble à un pénis en érection mais que dire du yoni ? Il y a bien un trou dans lequel rentre le lingam, il y a bien une fente mais la comparaison avec le sexe de femme n’est pas si évidente. En fait le yoni ressemble à une lampe à huile ou, plutôt, à un enclume, ce qui est étrange. Il ne faut peut-être pas se focaliser sur cette forme de yoni : c’est la plus populaire aujourd’hui mais beaucoup d’autres formes ont existé.

En fait, en prenant un peu de recul, le yoni et le lingam ressemblent à …

Oui ! Un mortier et un pilon (qu’on utilise pour écraser des graines, des herbes ou des épices).

Là, la symbolique est intéressante. Pour le sexe féminin, on retrouve la notion de vase, de cratère ou de matrice. Pour le sexe de l’homme, on ne voit pas bien ce qu’il doit écraser mais on comprend immédiatement la complémentarité avec le mortier : L’un sans l’autre ne sert à rien. Le yoni-lingam représente-t-il (comme le mortier-pilon) une vision de la complémentarité du couple, de l’égalité des sexes ?

C’est ce que disent certains… ou plutôt certaines qui pensent trouver dans l’hindouisme une religion véritablement égalitaire. Mouais… Désolée, les filles, mais je n’en suis pas si sûre. Pour deux raisons :

1. La structure que j’ai appelée yoni-lingam jusqu’à présent ne porte pas ce nom en Asie. Là-bas, on parle de Shiva-lingam (le phallus de Shiva) ou, simplement, de lingam. Le yoni, même s’il est là, ne compte pas vraiment.

2. Regardez comment le lingam s’enfonce dans le yoni ! S’il s’agissait d’une représentation de l’acte sexuel, la partie ronde du lingam rentrerait dans le yoni (comme le gland du pénis pénètre le vagin) or c’est le contraire. Je ne vois qu’une seule explication à celà : Le yoni n’exerce pas ici de fonction sexuelle (comme le pénis qui est en érection) : Il est un simple socle pour présenter le “phallus de Shiva”.

Le yoni est un “faire valoir”. C’est le lingam qui compte (quoi qu’on aurait préféré penser).

shiva lingam, cambodge

[Shiva-lingam, fin du 7ème siècle après JC, Cambodge période pré-Angkor - Vente aux enchères de juin 2009 par la maison Michael Zeller de Lindau am Bodenseee - Photo sur le site de la société Auktionshaus Michael Zeller]