Archives de la Catégorie Images pieuses

Petite contribution au Boob Art

Je ne sais pas si le Boob Art, Breast Art ou Tits Art existe au même titre que le Penis Art mais, en admettant que oui, j’aimerais faire une petite contribution personnelle. Ca fait plusieurs jours que j’écris sur les seins et les tétons  en utilisant le matériau des autres. Il est temps d’y mettre du mien…

… modestement (ce n’est pas le Seascape #17) …

… en espérant que ça plaise.

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The great nude, the orange and the cigarette

Puisqu’on a montré pas mal de seins dans les derniers articles, parlons donc de Tom Wesselmann.

Tom Wesselmann (1931-2004) est un des grands artistes du mouvement Pop-Art. Il a définitivement sa place dans ce blog en tant que chercheur-explorateur-décrypteur-représentateur de la forme féminine.

Regardez-le en plein travail !  Il cherche la courbe parfaite, lui aussi (cf l’article sur Aristide Maillol et la Vénus de Perpignan). La courbe du sein, du ventre ou du dos… Du sein, je parierai !

Tom Wesselmann, Self-portrait while drawing, 1983, source : www.all-art.org

Grand fan du Sein et du Téton. Tom l’est.

Il a réalisé (à la peinture acrylique, en sérigraphie, en lithographie, etc.) une grande quantité de nues, à savoir :
- des seins
- des seins + une bouche
- des seins + une bouche + un pubis.
Toujours des cheveux (plutôt longs et blonds).
Rarement des yeux.
Jamais (?) de nez.

Les lèvres sont toujours brillantes de rouge à lèvres. Les seins sont souvent blancs de la marque du soutien-gorge. Les tétons sont toujours ronds et bombés. Les pubis sont toujours poilus (ça se passe dans les sixties !).

On peut se poser la question : “Pourquoi pas d’yeux ?”.
J’ai envie de me poser la question : “Pourquoi les oranges et la cigarette ?”

[De gauche à droite et de haut en bas : Bedroom Painting N°13 - Great American Nude N°8, 1969, Collection Ludwig, Cologne -  Great American Nude N° 99, 1968, Collection MG Neumann, Chicago -  Great American Nude N°92, 1967, Collection privée, New York]

Vous avez vu les oranges ? Ca me fait penser aux peintures du Moyen-Age et de la Renaissance, toujours pleines de symbolique (le lys blanc pour ceci, la rose rouge pour cela…). Parlant de fleurs, il y en a aussi souvent (roses, jonquilles) dans les oeuvres de Wesselmann. On sait que les fleurs représente généralement le sexe féminin mais que dire des oranges ? Les oranges, rondes et fermes. Je dirai, sans prendre trop de risques, que les oranges, c’est une histoire de seins. Encore !

Les seins, toujours les seins ! Tom ne pensait-il pas au sexe de la femme ? Je dirais  que si. Beaucoup même. Car les bouches des femmes de Tom ressemblent à des vulves. Ce n’est pas pour rien que Tom aimait peindre des bouches avec une cigarette entre les lèvres. Un fin pénis fumant sur lequel tire la femme…

Tom Wesselmann - Smoker, 1 (Mouth, 12) - 1967 - Source : thescienceofdesign.blogspot.fr

[Voir ici la version de Smoker#1 détenue par le Musée des Beaux-Arts de Montréal]

L’ultime limite des choses

Voici une bien curieuse gravure de la Renaissance, exécutée en 1529 par Hans Sebald Beham ( Source: endofthecentury2.blogspot.com ) : A gauche, une femme qui tient un homme par l’épaule et par la bite (en érection ?) ; A droite, la Mort qui tient l’homme par les cheveux et par le cul ; Au centre, un homme qui pose une main sur le pubis de la femme et l’autre main sur la tête d’un enfant. Certains ont appelé cette image “La Mort et le couple indécent” mais, franchement, HSB s’en foutait de l’indécence.

sebald beham, couple indécent, mors ultima linea rerum
Sebald Beham a appelé son dessin “Mors ultima linea rerum”, soit “La mort est l’ultime limite des choses”. Avec un titre comme celui-là, on balance l’indécence très loin. Je laisse tomber les explications obscures des spécialistes et je donne la mienne : HSB nous dit qu’il n’y a pas de limite puisque la seule qui compte vraiment, l’ultime, la dernière, l’inévitable, l’infranchissable, c’est la mort.

Mais il n’y a pas de limite à quoi ?

Rappelons-nous la vie tourmentée d’HSB (voir “Le bain selon les frères Beham : Peu de lavage, beaucoup de tripotage“) : 1529, c’est l’année où il se fait explulser de Nüremberg pour cause de diffusion d’oeuvres pornographiques. Avec cette gravure (une gravure se copie facilement et peut être largement distribuée), HSB a sûrement marqué son public. En effet, même maintenant, l’image d’une femme qui attrape un homme par sa queue est forte (voir photos ci-dessous).

HSB a vraisemblablement dessiné un encouragement à la jouissance, notamment sexuelle : la seule limite infranchissable, c’est la mort ; les autres se violent. Transgressif, provocateur, indécent… HSB, quoi !

[Source pour la photo de gauche : www.tendrebulle.fr - Photo de droite par Roy Stuart - Source : www.roystuart.net]

Le monde à l’envers

Il est temps que je me remette à écrire ! Voici donc mon premier billet de 2012 (et le premier depuis 3 mois). Pour bien commencer l’année, faisons travailler un peu ces messieurs…

Le monde à l’envers, pour ce qui nous intéresse, ce serait par exemple des pubs pleines de bites, au lieu des incontournables et ubiquitaires “femmes à poil”. Certes, United Colors of Benetton avait tenté quelque chose le 9 juin 1993 en étalant des gros plans de sexes d’hommes (mais aussi de femmes, ce qui change tout !) sur une double page dans le journal Libération. Puis il a fallu attendre 10 ans pour avoir ça :

Ca, c’est Samuel de Cubber qui montre son corps (y compris le membre) pour le lancement, en 2002, du parfum pour homme M7 d’Yves St Laurent. Et puis ? Et puis, plus rien (je ne parle pas des millions de bites qui se dressent sur les sites porno et gay, bien sûr)… N’hésitez pas à m’envoyer des preuves de mon erreur mais, que je sache, la bite a de nouveau disparu (mis à part le calendrier du Stade Français, d’où peut-être son succès…).

Franchement, c’est comme ça depuis  longtemps et je me suis amusée à chercher les rares cas où l’homme montre son sexe mais pas la femme.

ADAM ET EVE

Quoi de plus logique que de commencer le court inventaire avec Adam et Eve ? Il y a de très nombreuses représentations d’Adam et Eve mais quand les sexes ne sont pas cachés par une branche, une main ou une feuille, seule Eve nous montre quelque chose. Je n’ai recensé que deux cas de “monde à l’envers” où c’est Adam, seul, qui déballe la marchandise.

Il y a d’abord l’Adam de Masaccio qui nous montre de nouveau sa bite depuis que les restaurateurs ont enlevé les disgracieuses feuilles noires rajoutées par les censeurs du 17ème siècle (Fresque achevée vers 1428 et visible dans la chapelle Brancacci de l’église Santa Maria del Carmine à Florence – Source : artinvest2000.com).

Il y a aussi, bien sûr, la très fameuse gravure d’Adam et Eve réalisée par Hans Sebald Beham en 1543 (source : hans-sebald-beham.com) et qui a donné des idées à certains, notamment Scott G Brooks (source : scottgbrooks.com).

Comme à chaque fois qu’on parle d’Adam et Eve, on passe au paradis naturiste (voir article “L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’avaient pas honte“), copie plutôt réussie de l’Eden terrestre, nudiste lui aussi et maintenant disparu. Je pense qu’HSB aurait apprécié ce couple au paradis, dont seul l’homme montre son sexe.


ORESTE ET ELECTRE

Oreste et Electre, frère et soeur, concevront ensemble le plan pour venger la mort de leur père en tuant leur mère (et son amant). Je ne vais pas m’apesantir sur cette histoire pas drôle. C’est la double statue réalisée entre -100 et +100 et exposée au Musée archéologique national de Naples qui m’intéresse : Un homme nu et une femme habillée (remarquez au passage l’égalité de taille et de stature entre l’homme et la femme qui tient son frère par l’épaule dans une attitude très “virile”).

[Photo de gauche sur haverford.edu - Photo de droite prise à la Toronto Pride 2010 - Source : Wikimedia]

Voilà un concept tout à fait “moderne” dans l’erotica masculine. Pour faire bien, on appelle ça CFNM (clothed female, naked male). C’est clairement un truc qu’affectionnent les exhibitionnistes mâles. Il suffit de surfer un peu sur le web pour s’en rendre compte.

PERSEE ET ANDROMEDE

Le Musée archéologique national de Naples possède un autre bel exemple de “CFNM”, en l’occurence la peinture murale de Persée et Andromède ponctionnée à la Casa dei Dioscuri de Pompéi (source : viticodevagamundo.blogspot.com).

Persée est un bon vieux héros grec, pourfendeur, coupeur, tueur, vengeur. Il débarasse Andromède du monstre qui la retient captive, l’épouse et lui fait des gosses. Ainsi donc, voici la fille, blanche et vêtue, qui accueille son héros et futur amant/mari, brun et nu.

J’ai cherché des équivalents contemporains mais je ne les ai pas trouvés ! Alors, pour faire une conclusion pas trop absurde et finir comme on a commencé (par une pub), voici une intéressante photo d’une femme vêtue et blonde et d’un homme nu et brun… Il s’agit de la promotion d’une crème anti-rides. Pas monde à l’envers mais marche arrière ?

Galerie de sirènes sous l’eau

Voici quelques très jolies photos subaquatiques de sirènes glanées sur le web.

De Tomohide Ikeya (photo parue dans le numéro de décembre 2010 de Russian reporter – source : tomohide-ikeya.com)

De Vitaly Sokol (source : vitaly-sokol.com)

De David Entz (Source : nude-muse.com)

Moralité à géographie variable

Surfer sur le web me fait bien rire. Pour illustrer mes derniers articles, j’ai beaucoup surfé… et j’ai beaucoup rigolé. Rien ne m’amuse plus que la moralité mal placée. Rappelez-vous déjà cette histoire de cache-tétons en forme de tétons (voir “Le téton cache-téton ou comment pousser la morale jusqu’à la limite de sa connerie“) ! Sur les sites de sous-vêtements et de maillots de bain, on peut voir le résultat d’une autocensure (“auto”, je suppose) assez hilarante. On discerne une vague logique géographique mais, globalement, c’est plutôt absurde.

1. Amérique du Nord

Commençons ce petit tour du monde avec Allure Lingerie, un fabricant canadien de lingerie cuir et vinyl.

Le Nord-Américain n’aime pas trop exposer les tétons sur son site marchand. Claudie Auclair cache donc pudiquement ses seins ronds siliconés (siliconés ? Oui, vous verrez plus tard). Mais une fois “habillée” d’un body en résille, Claudie lève les bras. Pas de problème puisqu’on ne voit ni la pointe de ses seins, ni la fente de son pubis. Pardon ? Non, je vous assure.

Autre exemple, avec Rachelle Wilde à la manoeuvre. Sur la photo de gauche, comme d’habitude, “Oups ! Cachez-moi ces tétons !” (Notons au passage que la fente du pubis, elle, est à peine cachée par une chaînette. Il est cependant clair qu’un petit coup de pinceau Photoshop a lissé le pubis de la belle Rachelle pour le rendre moins réaliste.)

Sur la photo de droite, la veste de chaînes suffit pour “couvrir” les tétons !!! En tous cas pour le site lingeriespecialists.com d’où est extraite cette photo. Sur le site officiel d’Allure Lingerie, les tétons sont pixellisés (sur le site herboudoir.com, ils sont carrément effacés. Quelle horreur !).

Mais est-ce que le site officiel est plus prude ou plus cohérent en cachant les tétons ? Pas du tout. Regardez donc cette autre photo tirée du site ! Elles ne sont pas magnifiques, les pointes de Madame Wilde ?

Le slogan du Floridien Titlion (ci-dessus à gauche) est “Fearless & Fun Lingerie”. Certes l’Américain n’hésite pas à balancer du string-ficelle et des seins nus mais, vu de plus près, on s’aperçoit rapidement que les cache-tétons et les pubis photoshopés sont la règle. Fearless, le Floridien ? Moins que le Canadien.

Le Californien Leg Avenue (photo de droite) est un spécialiste du costume. Costume de soubrette pour Madame mais surtout petits costumes de fées pour les fillettes. On ne s’étonnera donc pas de l’usage généralisé de Photoshop pour gommer d’éventuelles nudités un peu trop osées. Je vous recommande néanmoins leur très belle sélection de costumes burlesques.

2. France

La lingerie sexy française est connue par le trio Luxxa-LolaLuna-Folies by Renaud.

Puisque la France est un pays où nous nous baignons toutes les seins à l’air, nous ne serons pas surprises de voir les tétons s’exposer sans gêne sur le site de Luxxa (ci-dessus à gauche). Pour les pubis, cependant, Photoshop est de règle.

La représentation du pubis est un casse-tête pour LolaLuna, spécialisée dans les strings, ministrings et strings ouverts. Quand un bijou couvre la fente du sexe (ci-dessus à droite), la photo peut être jolie, nette et sans artifice. Dans les autres cas, la manipulation et le flou sont de retour.

3. Brésil

Voilà un pays étonnant !

On se dit qu’au royaume de la chirurgie esthétique, du tanga, du culte du corps et des carnavals débridés, tout est possible.

Après visite du site du fabricant Sensualle, je confirme : tout est possible. Notamment de voir des mannequins se cacher les seins avec les mains puis de voir des alignements de tangas et de strings ouverts avec exposition sans retenue de pubis poilus.

Tétons couverts, pubis découverts ? Ils font tout à l’envers ces Brésiliens. C’est ça, l’hémisphère sud.

4. Pour aller plus loin…

Claudie Auclair cachée par une résille noire ? C’est mal connaître le web. D’un clic sur un lien, voici Claudie complétement nue de face et de dos, de 3/4 et à genoux ! Rachelle Wilde ? Même combat (face, dos, et très belle série allongée).

Quant aux strings ouverts des fabricants français, si ces derniers n’osent pas montrer leurs produits portés, d’autres n’hésitent pas à le faire à leur place (par exemple, Sophie la Libertine, ici dans un string ouvert de Folies by Renaud).

On est en 2011 ! Et il semble que sur le web, tout le monde se foute à poil.

Déjà vu(es)

Il y a un an et demi, le magazine britannique Love publiait dans son numéro 3 une série de photos du duo Mert Alas + Marcus Piggott intitulée “Body Conscience” qui rappelait beaucoup les séries de photos “Naked” du duo Van Lamsweerde+Matadin parues dans le magazine Purple (voir article “Etre à la mode, c’est être nue ?“).

[De gauche à droite, de haut en bas : Daria Werbowy, Natalia Vodianova , Kate Moss, Naomi Campbell photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott pour le numéro 3 du magazine Love - Source : voyonsvoir.fr]

On retrouvait les tirages noir et blanc et les fonds gris.

On retrouvait une brochette de top-models.

On retrouvait la femme simplement nue, sans vêtement et presque sans accessoire : Pas de robe fendue, pas de sein dévoilé, pas de caméra sous la jupe. Avec “Body conscience”, on était dans le naturel, le naturaliste, presque le naturiste. Pas non plus de cuisses écartées et de gros-plan sur la vulve. Tout cela était beau, propre, presque hygiéniste.

Pour générer du buzz, augmenter les ventes ou simplement pour ne pas faire comme les autres, Love était proposé avec 8 couvertures différentes. C’est en voyant ces couvertures que j’ai enfin compris quelque chose : Ces photos, d’une certaine façon, je les avais déjà vues. Il y a très longtemps…

[4 des 8 couvertures du numéro 3 de Love - De gauche à droite, de haut en bas : Amber Valletta, Jeneil Williams, Kristen McMenamy et Lara Stone photographiées par Mert Alas et Marcus Piggott - Source : voyonsvoir.fr]

Sur toutes les couvertures, le détail qui tue, c’est d’abord les chaussures à talons aiguilles… parce que, finalement, on n’est pas dans le naturalisme, mais bien dans la féminité, l’érotisme et la sophistication. Et il y a un deuxième “détail qui tue”. Un “détail” qui n’en est pas un. Regardez bien. Toutes ces femmes sont des femmes debout, les jambes droites et écartées. A la cow-boy. Pas à quatre pattes. Pas sur le dos. Ce sont des femmes fortes, fières, dominantes. A poil, certes, mais parce qu’elles le veulent bien.

Tout cela on connaît. Et depuis longtemps !

Vous avez certainement deviné de quoi je parle : Les “Big Nudes” (Editions du regard, 1981) d’Helmut Newton (1920-2004). Ca fait trente ans déjà que l’Australien né à Berlin, installé à Paris et mort à L.A. lâchait ses femmes à talons aiguilles à l’assaut du monde !

Je ne connais pas les réactions qu’a suscitées ce livre en 1981 mais je peux imaginer qu’il n’y avait pas que de l’admiration. Pourtant, 30 ans plus tard, qui douterait encore des qualités artistiques du travail de Newton ?

couverture,photo,363,helmut newton

En octobre 1999, le magazine “Photo” n’hésitait pas à titrer sur sa couverture “Le plus grand livre du siècle” en l’honneur d’un ouvrage de Newton. Il ne s’agissait pas de “Big Nudes” (même si c’est la photo de la mannequin américaine Henriette Allais, Big Nude III, sur la couverture) mais de SUMO dont les 10.000 exemplaires allaient commencer à sortir des presses. Titre un peu exagéré ? Sûrement pas si on travaille pour le livre Guiness des records : 50 x 70 cm, 35 kg, 10.000 francs (1.500 euros) pièce à l’époque !

Mais qu’en est-il du contenu ? Pas sûre que Sumo mérite cette place de N°1. Dans le monde des livres de photos, n’est-ce pas plutôt “Big Nudes” qui est le plus grand ? La preuve ? Et bien… trente ans après, n’en est-on pas toujours là ?

Etre à la mode, c’est être nue (et ligotée) ?

Si vous avez lu l’article précédent, vous vous dîtes peut-être : “D’accord mais depuis quand est-ce qu’un magazine aussi marginal que Purple donne le ton en matière de mode ?”. J’accepte volontiers cette critique et je vous propose de nous attaquer à du lourd, à savoir “Vogue-Paris”, l’édition française du magazine Vogue. Vous rappelez-vous du calendrier 2003 ?

Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, voici, rassemblés sur une seule photo, les 12 mois de l’édition 2003 du calendrier Vogue-Paris.

[Calendrier Vogue-Paris 2003. Mannequins : Carolyn Murphy, Frankie Rayder, Heidi Klum, Helena Christensen, Jessica Miller, Karolina Kurkova, Maggie Rizer, Natalia Vodianova, Tasha Tilberg et Trish Goff. Photographies : Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin. Source : newslicious.net. Voir toutes les photos HD ici.]

Plusieurs années avant Purple, Vogue avait déjà publié des photos de mode d’Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, dans leur style typique. Mode nue déjà… ou extrêmement dépouillée : un pull par ici, une paire de gants ou de jambières par là. La photo de Trish Goff bottomless est là, dans ce calendrier de 2003, ou ici dans le blog.

L’édition 2011 du calendrier Vogue-Paris fait passer un message extrêmement clair : La fille à la mode est une fille revêtue de ses seuls bijoux. Regardez bien Daria Werbowy : Loin de la rivière de diamants, une simple bague ou une paire de boucles d’oreilles (Louis Vuitton, quand même) suffisent à habiller la belle.

[Calendrier Vogue-Paris 2011. Mannequin : Daria Werbowy. Photographies : Mikael Jansson. Source : grafilog.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Et pour celles qui aiment les frissons, j’ai assemblé les 12 photos du calendrier 2007. Cette année-là, pour Vogue-Paris, la femme à la mode ne s’habillait pas. Elle se faisait ligoter. Corde pour chaîne-et-trame ? Chanvre pour satin de coton ? Cette année-là, Vogue le provocateur aimait le bondage.

[Calendrier Vogue-Paris 2007. Mannequin  : Karen Elson. Photographies : David Sims. Source : ananasamiami.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Etre à la mode, c’est être nue ?

Je fais un break au milieu des articles consacrés aux serpents et aux tentacules pour parler de mode et d’avant-garde. Ca me titille depuis un certain temps et j’ai envie d’aborder le sujet maintenant. Avez-vous remarqué ce qu’on trouve le plus dans les magazines de mode ? Des jupes, des robes, des jeans, des chapeaux ? Non. Des corsets, des jarretelles, du latex ? Même pas. On trouve surtout… des femmes nues.

 Prenons le cas du magazine semestriel français (écrit en anglais) Purple qui suit la saisonnalité des collections de haute couture et dont on peut se procurer la version papier ou la version électronique en ligne. Depuis le numéro 7 du printemps-été 2007 , une section “Naked” a été introduite dans laquelle les Néerlandais Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin “explorent l’identité féminine contemporaine en demandant à une fille de se plier à la tradition du nu” (pour reprendre les termes du magazine). La première à se soumettre à l’exercice a été la mannequin néerlandaise Lara Stone (voir photos HD ici).

Le deuxième “Purple Naked” (Purple N°8, Automne-Hiver 2007) a présenté la mannequin et actrice canadienne Shalom Harlow (photos HD ici).

Remarquez le style de prises de vue propre au duo hollandais : nudité intégrale, fond gris, chaussures et bijoux, coiffure soignée et maquillage léger. Simplicité et sophistication. Sur ces photos, la nudité va de soi. Pas de problème d’amoralité ou d’indécence. Est-ce même érotique ? Ce sont des filles nues, tout simplement. Un corps de femme, c’est beau. Donc, c’est beau. Si un corps de femme est érotique. Alors, c’est aussi érotique. C’est comme ça. C’est la vie, la Nature, le Monde tel qu’il doit être. Les vêtements n’ont pas grand chose à y faire.

Pour le numéro 9 de Purple (Printemps-été 2008), c’est la top-model américaine Angela Lindvall qui se dénude complètement (photos HD ici).

Le choix des filles confirme la volonté de simplicité, de naturel et d’élégance des photographes. Pas de seins siliconés. Peu de pubis complètement épilés.

Dans le numéro 10 de l’hiver 2008-09, on trouve l’Américaine Trish Goff dont on avait déjà présenté un portrait par les mêmes photographes, bottomless uniquement, dans un article précédent. Pour voir les photos HD de l’article de Purple, cliquer ici.

Un point commun aux clichés de Van Lamsweerde et Matadin est aussi l’importance accordée aux cheveux. Ces derniers sont un accessoire de mode à part entière. Travaillés, gonflés, mis en avant.

Autre accessoire présent sur la plupart des photos : le collier.

A cet égard, le portrait naked de l’Allemande Christina Kruse pour le numéro 11 de Purple (été 2009) est un condensé du point de vue du duo néerlandais : fille mince, petits seins, pubis poilu (mais pas trop), prise de face, aucune tentative de cacher quoi que ce soit (bras relevés), chevelure sophistiquée, collier (voir photos HD ici).

Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous aurez également noté que C.Kruse a adopté le déhanchement typique à la Venus pudica (dans une version pas très pudique) de Cnide (cf “Le jour où commença le culte du corps féminin“) ou aux yakshi indiennes en position de “tribangha” (cf “Maya, la Madonne de l’Est“). Classique, classique… mais tellement efficace.

Pour le Naked du numéro 12 (automne-hiver 2009), heureusement que l’éditeur a précisé l’âge du mannequin, 21 ans, tant il est vrai que Dree Hemingway ressemble à une enfant : visage très jeune, pas de poitrine, corps filiforme. A cet égard, les photos de l’arrière-petite-fille de l’écrivain américain (HD ici) me dérangent un peu. Même si la mannequin n’est plus une enfant, elle a l’air d’en être une. Pour la première fois, j’ai l’impression qu’on navigue aux limites de la moralité. Est-ce que par hasard je serais en train de devenir pincée des fesses ?

Et ce n’est pas fini car le Naked suivant (Purple N°13 été 2010) est également inhabituel et vaguement dérangeant. En effet, Freja Beha Erichsen oblige à se poser quelques questions sur le sens des mots “beauté” et “féminité” (voir photos HD ici). La Danoise est une véritable brindille (beaucoup plus que Kate Moss qui porte ce surnom) : extrêmement mince, plate, sans cuisse. Très androgyne. Une garçonne anorexique. Et pourtant, on ne peut nier qu’elle est attirante. Peut-être que la beauté n’est pas une simple affaire de courbes… Peut-être que le mystère et la confusion des genres attirent tout autant.

Parle-t-on encore de beauté ou juste d’attirance ?

On parle de beauté. FB Erichsen est belle. Pas de doute.

D’un corps à l’autre, tout est affaire de détails.

Ainsi, quand on passe de FB Erichsen à une autre mannequin, la Brésilienne Raquel Zimmermann (photos HD ici) pour le N°14 de Purple, on ne se pose plus de question d’androgynie ou d’anorexie. Pourtant, cette dernière est à peine plus épaisse et sa poitrine est à peine plus prononcée. Est-ce le maquillage qui fait la différence ou quelques kilogrammes de viande en plus ? On sait que les frontières sont très perméables entre beau et laid comme entre femme et homme. On a toutes vu des photos troublantes d’Andrej Pejic (cf “Mannequins vs Stars“).

Qu’aime-t-on ? Que recherche-t-on ?

C’est une autre Brésilienne, Maria Izabel Goulart Dourado, qui se dénude pour le dernier numéro de Purple (photos HD ici). Un tout petit Naked de quelques photos, en couleurs, sans nu intégral et sans poils pubiens. Un top très glamour. Comme d’habitude dans les magazines de mode. RAS. Est-ce qu’il s’agit des mêmes Van Lamsweerde et Matadin ? Serait-ce déjà la fin ?

Il ne manque plus à Izabel Goulart que la robe longue.

Un standard glamour : La femme nue allongée au serpent

Quand il s’agit de nudité, de beauté, de femmes et de serpents, c’est toujours une bonne idée de faire un saut dans le passé, au tournant du 20ème siècle, et de s’intéresser au travail de ces artistes qui ont contribué aux mouvements sécessionnistes viennois et münichois.

De façon générale, c’est tout le mouvement “Art Nouveau” qui a fait la part belle  à une vision novatrice de la femme comme “femme fatale”, dangereuse séductrice, attirante et toxique, belle et mortelle, dans un monde végétal coloré et fleuri. Fleur et femme fatale ? Un hommage à la mortelle digitale, peut-être.

"Wasserschlangen II" ou "Freundinnen II" - Gustav Klimt - 1904-07 - Collection privée ? - Source : Wikipedia

Gustav Klimt (1862-1918) a peint ces remarquables “serpents d’eau” sans y mettre de serpent. Ce sont juste des femmes. Reptiliennes. Aquatiques. Un thème à la mode chez lui et ses collègues. Femme, eau, sirènes, hydre… On les appellent parfois “Freundinnen”, les amies. Des lesbiennes couchées ensemble sur un lit de fleurs ? On sait que le célibataire Klimt, grand consommateur de femmes (surtout les modèles qui traînaient à longueur de journée, nues, dans son atelier) aimait peindre les femmes ensemble.

Peut-être inspirée par Klimt, l’association de la femme nue allongée et du serpent a été photographiée par Richard Avedon (encore lui ! Rappelez-vous “Dovima et les éléphants” dans l’article “Queue, trompes, tentacule, serpent…”).

"Nastassja Kinski and the serpent" - Richard Avedon - 14 juin 1981 - Source : http://ars-photographica.blogspot.com

Suite à ce cliché culte, se faire photographier nue, allongée avec un serpent, est devenu un standard de la photo glamour.

Après Nastassja Kinski, sa fille y est passée, ainsi qu’un certain nombre de mannequins et autres semi-stars qui se voudraient femmes fatales comme celles de Gustav Klimt : Sonja Kinski, Jenifer, Devon Aoki, Laura Harring, Nadja Auermann, Stephanie Seymour, Eva Herzigova