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Sombre fente ou lumineuse flamme ?

Dans l’article “La plaie verticale“, je me suis intéressée à cette étrange représentation des 5 plaies du Christ par une seule plaie verticale, ce qui semble réduire (ou transcender) le Christ en une blessure sacrée, un sexe de femme (c’est moi qui le dit !) ou une abstraction graphique en forme d’amande (la “mandorle”). Cette représentation n’est pas aussi rare que je le pensais initialement (voir l’iconographie du postThe sexual mysticism of Christ’s side wound“). Cette enluminure du quinzième siècle (encore !) me semble particulièrement intéressante :

La plaie au côté du Christ - vers 1405 1413 - Propriété de la librairie Bodléienne, Oxford, MS Latin Liturgies f. 2 (Sous réserve : je ne suis pas parvenue à vérifier la référence) - Source : i.minus.com (cliquer pour voir l'image originale)

Intéressante parce qu’on y voit le coeur avec les 5 plaies (représentation symbolique du Christ) dans la plaie au côté, elle-même entourée d’une mandorle. Comme déjà discuté dans “La plaie verticale”, le Christ mort (les 5 plaies de sa crucifixion) c’est aussi le Christ qui renaît. Et le voilà qui émerge de cette profonde fente de chair ! Un rapprochement du mystère de la Résurrection avec le mystère de la naissance (vécu par chaque être humain depuis les temps les plus reculés), le mystère d’un être vivant qui sort du sexe d’une femme, semble évidemment possible. La mandorle, forme stylisée d’une vulve, serait alors une jolie représentaion d’un dieu créateur.

On peut voir ça d’autres façons. Faire une recherche sur la traduction de “mandorle” en anglais renvoie sur  les mots aureola (auréole) et halo dont je conseille la lecture de la définition sur le site Wikipedia. Pour faire bref et ne pas paraphraser inutilement ces articles, la mandorle y est considérée comme un cas particulier de l’auréole, cette dernière trouvant son origine dans la couronne radieuse (solaire) d’Appolon, d’Helios, de Mithra ou du dieu-soleil assyrien Shamash. La mandorle est aussi rapprochée de la langue de flamme qui entoure parfois les représentations des divinités indiennes, ou du Bouddha ou de Mahomet.

La statue de bronze dorée de Maitreya conservée au MET est à cet égard remarquable : On voit à la fois une amande de feu qui entoure l’ensemble du personnage et une auréole rayonnante qui ceint sa tête.

Bouddha-Maitreya (détail) - vers 534 (Dynastie des Wei du Nord, Chine) - Propriété du Metroplitan Museum of Art, New York - Souce : Maitri sur Flickr (cliquer pour voir l'image originale)

Alors quoi ? Fente ou Flamme ? Pour complexifier un peu le débat, je vais prochainement écrire un billet sur Hathor. La question sera alors : Rondelle (celle de l’ouverture du vagin) ou Soleil ?

Dernière chose : Puisqu’on parle de mandorle et de rayons de soleil (ou de flammes), jetez donc un coup d’oeil sur ce retable flamand où le feu est dans la mandorle.

La plaie sacrée

“La plaie sacrée sur le côté du Christ”. C’est le titre de l’oeuvre d’art / animation 3D proposée par Jonathan Monaghan. Je pense qu’il y a un rapport avec le billet précédent sur la plaie verticale et les 5 plaies du Christ.

Je ne suis pas sûre de bien comprendre cette oeuvre mais j’y vois des lèvres (une bouche, une vulve ?) et un truc qui rentre ou qui sort, un tube (une cigarette de Wesselmann ?), des poils, des pointes ?

[Source : jonmonaghan.com]

La plaie verticale

Je suis tombée plusieurs fois en quelques semaines sur une reproduction de l’enluminure du livre d’heures (livre qui contient les prières rythmant les heures de la journée) de Bonne de Luxembourg conservé au  MET de New York et qui représente… qui représente quoi en fait ? C’est là l’objet de cet article.

Psautier et livre d'heures de Bonne de Luxembourg, Duchesse de Normandie - Enluminure du folio 331r illustrant les plaies du Christ et les instruments de la Passion - Attribué à Jean le Noir ou à sa fille Bourgot - Avant 1349 - The Cloisters, Metropolitan Museum of Art, New York (cliquer l'image pour voir le folio entier sur le site du MET)

Au premier abord, on se dit forcément (avec nos yeux de 2012) que ça ressemble à un sexe de femme. Forcément : une fente verticale. Et puis, on se dit que, puisqu’il s’agit d’un livre de prières catholique du 14ème siècle, ça ressemble aussi à ces “mandorles” de l’imagerie chrétienne médiévale (voir “Pour une nouvelle cartographie de l’amande” et “Où chercher la Vesica Piscis ? Dans les étoiles !“)… mais commençons par le commencement !

Comme le montrent les objets qui entourent la “fente verticale” (croix, échelle, clous, lance, etc.) et qu’on appelle les instruments de la Passion, cette enluminure représente la crucifixion de Jésus-Christ ou, plus exactement, la résultante de cette crucifixion : les deux trous dans les mains et les deux trous dans les pieds creusés par les clous qui fixaient JC à la croix ainsi que la fente sur le côté droit de la poitrine causée par la lance du soldat romain qui s’est assuré de la mort du Christ. Deux questions : Pourquoi une seule fente s’il y avait 5 plaies ? Pourquoi une fente verticale ?

Sur presque toutes les peintures montrant la crucifixion du Christ ou le “Christ de douleur” (Le “vir dolorum”, man of sorrows ou Schmerzensmann est une représentation généralement sanguinolente de JC vivant -donc ressuscité, même s’il n’a pas l’air très vaillant, à ne pas confondre donc avec le JC mort dans les bras de sa mère d’une pieta ou descente de croix- qui montre ses plaies, sa couronne d’épines, ses traces de fouet), les trous faits par les clous sont ronds et la blessure laissée par la lance est une fente horizontale (et non verticale) :  Voir les Christ de douleur de Simon Marmion, de Hans Memling ou de Giovanni Santi, voir celui – moins souffrant mais tout aussi ressuscité – de Giacomo Galli.

Les artistes médiévaux ont parfois choisi de simplifier la représentation du Christ de douleur par un coeur percé de 5 trous (Pourquoi pas, puisque le Vir dolorum est un “étendard symbolique” et non la représentation d’un événement de la vie de JC) : Voir le dessin ci-dessous à gauche, ou voir les “Armes du christ” à la Bibliothèque Bodléienne d’Oxford (gravure 1, gravure 2).  Notez que dans tous ces cas, les plaies sont rondes ou horizontales. A cet égard, l’enluminure du livre d’heures de Loftie, ci-dessous à droite, est unique (ou extraordinaire, ou surprenante, ou bizarre).

[Ci dessus, à gauche : Dessin à la plume illustrant les 5 plaies du Christ, manuscrit de moine chartreux, Yorkshire, 15ème siècle, propriété de la British Library (?) - A droite : Livre d'heures de Loftie, enluminure illustrant la prière des 5 plaies, folio 110v, exécutée par les "maîtres de la grisaille de Delft", 15ème siècle,  propriété du Walters Art Museum, Baltimore.]

Première bizarrerie de l’enluminure des heures de Loftie : Les 5 plaies sont dématérialisées, détachées du corps du Christ (ou du coeur qui le symbolise). Elles flottent dans l’éther, dégoulinantes de sang. Seconde bizarrerie : les 5 plaies sont des fentes verticales.

Alors que les maîtres de la grisaille de Delft choisissent de représenter les 5 plaies par 5 fentes verticales, d’autres font le choix de les représenter par une seule fente (et verticale). C’est le cas pour le livre d’heures de Bonne de Luxembourg, bien sûr, mais aussi pour ce manuscrit.

Les exemples de fente verticale unique sont rares (je n’ai pour l’instant trouvé que 2 cas !) et pourtant ils ont du sens : 1 fente pour symboliser les 5 plaies, 1 mandorle pour représenter le corps du Christ. “Crucifixion > plaies > mort > résurrection” d’un côté et “résurrection > re-naissance > naissance > vulve de la femme” de l’autre côté, d’où une confusion possible entre les images du Christ de douleur, du Christ ressuscité et de la vulve. N’est-ce pas le sens de la gravure ci-dessous,  visible sur le site de la NGA  ?

Les plaies du Christ avec les symboles de la Passion - Gravure allemande - vers 1490 - National Gallery of Art, Washington, DC (cliquer pour voir l'image sur le site du musée)

Il y a aussi la possibilité que c’est stupide de chercher des explications “sexuelles”. Peut-être qu’il n’y a aucun lien entre la mandorle chrétienne et la vulve féminine, aucune tentative de réintroduire de la déesse femelle dans une religion patriarcale. Peut-être… Mais le contexte semble si approprié : la vénération de trous en forme de fentes, les saints clous qui perforent, la sainte lance qui pénètre et même le doigt de Saint-Thomas qui fourrage dans la fente (“l’incrédulité de saint-Thomas” par Le Caravage) !

La sirène exhibitionniste

Comment est-on passé de la sirène antique, femme-oiseau, à la sirène contemporaine, femme-poisson ? Les explications varient très largement. Je vais donc vous proposer un résumé bref des arguments les plus crédibles.

Les premiers Chrétiens auraient beaucoup aimé l’histoire d’Ulysse accroché au mât de son bateau pour résister aux sirènes (cf “Les sirènes et Ulysse“). Ils l’ identifient au Christ cloué sur la croix. Résister au chant des sirènes, c’est s’opposer aux tentations du Malin. La sirène devient alors le Diable ou, plutôt, sa représentation de la Genèse : le serpent qui tente Eve avec le fruit défendu. Serpent, écaille, poisson, femme-poisson, sirène qui attire le marin vers sa perte. La boucle est bouclée. Pourquoi pas ?

Chapiteau avec sirène bifide - Chapelle Saint-Michel (9ème siècle ?) de l'église Saint-Pierre, Bessuéjouls - Source: pelerins-compostelle.net

Considérons maintenant une représentation très répandue dans l’iconographie religieuse des églises romanes : La sirène bifide. La voici, ci-dessus, accompagnée de deux centaures (ils semblent pourtant avoir des corps de lions, ce qui en ferait des sphynx !).

Notons au passage que l’Eglise a continué l’utilisation des êtres fantastiques mi-humains mi-animaux de la mythologie grecque pour souligner la bestialité de ces sous-humains (notamment leur sexualité débridée) et les associer au Mal. On trouve ainsi aux côtés de la sirène dans le bestiaire des êtres diaboliques le centaure (homme-cheval) et le satyre (homme-bouc). D’après le wiktionnaire, “bifide” vient du latin classique bĭfĭdātus et bĭfĭdus qui signifie « fendu, partagé en deux », de bis findo « fendre deux fois ».

Fendue ?

Admirez la profonde fente de la sirène de Bessuéjouls à l’emplacement de sa vulve ! La sirène bifide exprime clairement toute la bestialité de la sirène dont l’attirance ne se limite plus au chant.

Modillon de la sirène (Konsolenfigur Meerjungfrau) - Eglise Saint Valentin et Dyonisus, Kiedrich (Hesse, Allemagne) - Fin 15ème, début 16ème siècle - Photo: Andreas Praefcke - Source : Wikimedia

La sirène bifide de Kiedrich est un exemple assez rare de sirène qui ne tient pas ses deux queues dans les mains mais… deux poissons ? Pourquoi ? Je n’en suis pas sûre mais les bouches des poissons renforcent l’impression de vulve, comme dans une image porno.

Est-ce que les sirènes bifides ne sont pas d’abord des images “de cul” ? Des femmes qui tiennent leurs cuisses écartées pour montrer leur sexe ? En comparant les deux photos ci-dessous (à gauche : Sirène sur un chapiteau de l’église St-Pierre et St-Benoît de Perrecy-les-Forges, Saône-et-Loire – 9ème siècle – Photo : Jochen Jahnke – Source : Wikipedia, à droite : Sirène à la plage sur neud.org), on peut être tentée de répondre par l’affirmative.

Cette histoire de filles qui écartent leurs cuisses pour montrer leur vulve, ça doit vous rappeler quelque chose… une histoire de Sheela na Gig que j’ai écartée du revers de la main dans un article précédent (cf “L’arnaque Sheela na Gig ?“). Et si je m’étais trompée ? Et si les Britanniques avaient exporté le concept sur le continent sous la forme de la sirène bifide ? Je n’en sais rien mais le cas de la sirène du “portail des Ecossais” m’oblige à poser cette question.

Le Schottenportal de Ratisbonne (Regensburg, Bavière) est encore de nos jours une énigme. Assemblé à la fin du 12ème siècle, ce portail fait partie de l’église dite “des Ecossais” (Schottenkirche St-Jakob) du monastère Saint-Jacques construit par des moines irlandais (en allemand, le mot Schott peut désigner aussi bien des Ecossais que des Irlandais).

Au pied du côté gauche du portail, se trouve une sirène bifide dont le ventre est caché par une tête de lion (voir détail ci-dessous d’une photo wikipedia). A côté, j’ai placé ce que certains disent être le dessin de cette sirène en partie masquée. Le croisement entre une sirène et une Sheela na Gig !

Enfin, pour terminer cet article, et compliquer encore un peu ce qui était déjà très tortueux, je vous propose de regarder 2 oeuvres d’une jeune artiste américaine, Jamie Young, dont on peut admirer le travail sur deviantart ou sur son site web (quand il sera achevé).

"Siren", a reclining contortionist figure study sculpture par Jami (dreamfloatingby) - 2011 - Source : etsy.com, boutique VolupticArt

Pourquoi avoir appelé “sirène” cette étude de jeune femme contorsionniste ? Après avoir parcouru son site, je peux dire que Jami semble apprécier la mythologie grecque et ne doit pas ignorer grand chose des sirènes ou des nymphes. Elle mène une recherche esthétique et, pour la guider au cours de son voyage, ses phares se nomment Beauté, Volupté ou Tranquillité…

"Amphitrite nymph 3" par Jami (dreamfloatingby) - 2011 - Source : dreamfloatingby.deviantart.com

L’arnaque Sheela na Gig ?

Ainsi, les traditions celtiques, voire le “culte de la grande déesse” se seraient maintenus, en dépit des efforts de l’Eglise, au sein même de celle-ci. Un des signes de la persistance des moeurs païennes serait la présence massive dans la décoration des églises romanes de représentations de femmes ouvrant leur vulve avec les mains .

Voilà une théorie qui se propage depuis des années. Une théorie séduisante, certes, mais est-elle crédible ?

"Sheela na Gig" - 12ème siècle - Eglise de Ste Marie et St David, Kilpeck, Herefordshire, Angleterre - Source : www.freewebs.com/naturalmedical/sacredvagina/

Certains Britanniques croient dur comme fer à ce qui serait une tradition celtique à laquelle ils ont donné un nom fringant mais à l’étymologie confuse : Sheela na Gig.

Il existe des sites qui recensent ces Sheela na Gig. Je les ai parcourus. Résultat : Grosse déception. Les quelques dizaines de représentations répertoriées sont presque toujours grossièrement ouvragées et usées par le temps. Une seule s’en sort bien : C’est celle qui est toujours mise en avant, la Sheela na Gig de Kilpeck en Angleterre (voir ci-dessus). J’ai constaté aussi que les poses étaient toutes différentes, qu’il n’y avait pas d’homogénéité de la statuaire comme ce serait sans doute le cas s’il s’agissait de la persistence d’un culte ancien.

Si l’on revient en France et qu’on s’intéresse à la sculpture obscène dans les églises romanes de l’hexagone, on découvre des choses étonnantes comme, par exemple, cette femme à la robe soulevée (ou sous un voile ouvert) qui n’a rien à envier à l’impudique Anglaise de Kilpeck.

Femme indécente - Eglise Sainte-Radegonde, Poitiers - 13ème siècle - Source : terradesomnis.blogspot.com/2009_12_12_archive.html

Les représentations obscènes se retrouvent presque toujours sur les chapiteaux des colonnes ou sur les corbels (appelés aussi corbeaux ou modillons) qui soutiennent la corniche du toit.

Leur nombre est particulièrement élevé dans les départements au sud de la Bretagne (Charente, Charente-Maritime, Vendée, Vienne) mais, comparé à la quantité totale d’oeuvres sculptées, il reste anecdotique. C’est une statuaire souvent paillarde comme cette femme au trou de cul accueillant qui ouvre son sexe en souriant.

Femme indécente - Eglise de Chalais ( Saint-Pierre-le-Vieux ),Vendée - Source : web.me.com/joel.jalladeau/modillonsbis/styled/

C’est aussi une statuaire mixte. On y voit des hommes à la bite démesurée comme des femmes à la chatte ouverte, des exbitionnistes qui présentent leur cul et des couples qui s’accouplent :

[En haut à gauche : cathédrale Sainte Eulalie-Sainte Julie, Elne, Pyrénées-Orientales - En haut à droite : Eglise Saint-André, Ruffec, Charente - En bas à gauche : Eglise de Macqueville, Charente-Maritime - En bas à droite : Collégiale San Pedro de Cervatos, Cantabria, Espagne. Pour une raison inconnue, cette église espagnole regorge de petits personnages indécents ; Voir ici.]

Même si ces personnages paillards sont rares, souvent cantonnés à de petites églises de campagne et toujours planqués loin du regard, leur présence dans des lieux de culte est néanmoins surprenante. J’y vois, à tord ou à raison, la facétie de quelques ouvriers. J’y vois aussi la preuve d’une plus grande tolérance de l’Eglise primitive par rapport aux choses du sexe (fini les bites et les cons sur les cathédrales gothiques). Pour moi, la Sheela na Gig n’est qu’une image porno (dans une pose typique du porno moderne) visible par tous, en des temps où le cul faisait partie des choses de la vie, comme bouffer ou boire, roter ou péter.

Il y a cependant dans les églises une autre représentation de femme qui est plus fréquente, mieux ouvragée, plus codifiée et mieux connue. J’en ai déjà (très mal!!) parlé mais je vais y revenir. Il s’agit des sirènes.

Awabi

Voici donc un “awabi”, le coquillage recherché par les plongeuses de l’île d’Hekura photographiées par Fosco Maraini (voir articles précédents sur les ama du Japon). En français, on l’appelle un ormeau (abalone en anglais, orecchi di mare en italien) et on le connaît moins pour sa chair que pour sa coquille nacrée et trouée. Vous trouvez que ça ressemble  à une vulve, une chatte, une amande, une mandorle ? Attendez de voir les photos suivantes ! 

Que ceux qui pensent que notre moule sent la marée se collent un awabi sous le nez !

Blague (pas très fraîche, je vous le concède) à part, je n’avais jamais vu un ormeau vivant et je ne savais pas que ça ressemblait autant à une vulve. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est la couverture du livre de Fosco Maraini, dans sa version originale italienne de 1960, “L’isola delle pescatrici” (l’île des pêcheuses), publiée par les éditions Leonardo da Vinci à Bari. Pourquoi un coquillage quand une fille nue serait plus vendeuse et plus représentative des photos prises par Maraini ? La version anglaise (Hekura : The diving girls’ island, Hamish Hamilton, 1962) n’hésite d’ailleurs pas à montrer une ama torse nu. A moins que la coquille ne soit finalement pas si prude : un rond nacré et troué, ça évoque déjà quelque chose, que dire de l’animal qui y vit ! Puisque l’éditeur se trouvait à Bari, je me demande si on pêche l’oreille de mer dans l’Adriatique.

Pour en terminer avec ce joli coquillage, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un plat appétissant cuisiné par le restaurant japonais Tsukiji à Richmond au Canada. On me reprochera encore mon esprit tordu mais n’est-ce pas là une magnifique représentation d’un sexe féminin ? La rondelle de radis à l’emplacement exact de l’orifice du vagin, les fines lamelles d’algues qui rappellent des poils, même le plat en remet une couche avec sa forme originale de lèvres pulpeuses. Pour les sceptiques, j’ai placé en dessous un shunga dont j’ignore malheureusement pour l’instant l’auteur. N’hésitez pas à cliquer dessus pour voir les détails parfois inattendus. Alors ?

Portrait de Sasha Grey par Richard Kern

Revoici Sasha Grey, la seule pornstar à avoir 2 articles dans ce blog. C’est complétement inhabituel, aberrant, insensé… Je ne me reconnais plus. Mais je n’ai pas pu résister à cette photo que j’ai trouvée très amusante.

Ou comment se dénuder le bas et écarter les jambes sans montrer son sexe tout en le montrant… sauf que ce n’est pas un sexe. Sans oublier que c’est d’abord un portrait.

[Photo par Richard Kern publiée dans Vice Magazine]

Où chercher la Vesica Piscis ? Dans les étoiles !

L’article précédent nous a permis de discuter l’éventualité que la vesica piscis, la forme en amande (ou “mandorle”) obtenue par l’intersection de deux cercles qui passent chacun par le centre de l’autre, soit en fait une vulve, ce qui donne une nouvelle allure aux représentations du Christ assis dans une mandorle.

mandorle, sainte-foy,conques

Christ en majesté dans une mandorle - Tympan de l'église abbatiale Sainte-Foy de Conques, France - Construite du milieu du XIe au début du XIIe siècle

La question que je souhaiterais aborder maintenant, c’est : “QUE POURRAIT BIEN REPRESENTER LA VESICA PISCIS SI, PAR HASARD, CE N’ETAIT PAS UNE VULVE ?”. Voici les quatre principales interprétations habituellement rencontrées :

- Le cercle est une représentation primitive de la divinité. Si un cercle est un dieu femelle et l’autre un dieu mâle, alors, à l’intersection, se trouve leur progéniture. Admettons ! … Mais c’est quoi le message ? Le Christ fils du Dieu et de la Déesse ? Pas très catholique, tout cela ! De plus, si le dieu Soleil a souvent été représenté par un disque, c’est beaucoup moins vrai pour les autres dieux.

Détail d'un kudurru (stèle) du roi babylonien Melishipak Ier - De gauche à droite : La déesse Ishtar (étoile), le dieu Sîn (croissant de Lune) et le dieu Shamash (Soleil) - Période kassite (12ème siècle avant JC) - Musée du Louvre - Source : Wikipedia/Jastrow

- Chaque cercle (sphère, orbe) représente un espace : Ici, l’orbe terrestre et l’orbe céleste. Pour passer de l’un à l’autre, il faut franchir la mandorle où se trouve en général le Christ. Il est donc celui qui permet ou non d’accéder au monde céleste. Dans cette interprétation, la mandorle est une ouverture, un trou, un passage. D’où le fait qu’elle est souvent placée au-dessus des portes d’église. Cette interprétation semble plus intéressante. Ceci dit, une ouverture qui permet le passage entre deux mondes… n’est-ce pas aussi la définition du trou que toutes les filles ont entre les cuisses ?

- Les Romains se faisaient représenter en buste sur des boucliers (clipeus en latin), d’où les imago clipeata qui ornaient les sarcophages romains puis mérovingiens. Les mandorles en seraient les héritières. Petit problème : Les clipeus sont généralement ronds, rarement ovales, jamais en forme d’amande.

- La vesica piscis (vessie de poisson) a une forme de… poisson. Le poisson est souvent cité dans le Nouveau Testament et les 5 lettres du mot “poisson” en grec (I-CH-TH-U-S) pourraient être les initiales de “Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur”. Suivant ce raisonnement, vessie de poisson = forme de poisson = poisson = ICHTHUS = JC. Il y a quand même quelques limites à cette suite “logique” : On peut faire dire ce qu’on veut à des initiales et certain(e)s avancent que le poisson est originellement associé aux divinités femelles ! Retour à la vulve !

J’ai trouvé ces explications tellement peu convaincantes que j’ai cherché une autre piste, à savoir : C’est quoi une “vessie de poisson” ?

Les poissons n’ont pas de vessie, au sens urinaire du mot, mais une “vessie natatoire” qui se remplit de gaz et leur sert à flotter. A-t-elle une forme d’amande ? Pas du tout. Y a-t-il un organe dans le poisson qui a une forme d’amande ? Non.

Retour à la case “départ”. Que veut dire “vesica” ? Vessie, oui. Mais encore ?

traduction vesica vulve Gaffiot

“Vesica” veut également dire “Vulve de femme” (d’après le dictionnaire latin-français Gaffiot de 1934 consultable en ligne). Quelle surprise ! Vesica piscis devient donc “vulve de femme de poisson”. Ca nous amène où ? Nulle part. Et si on ne parlait pas du poisson mais des Poissons (Pisces, le signe astrologique) ? La vulve de femme des Poissons. La vulve de femme des Poissons !!!??? Ai-je fumé une substance hallucinogène ? Non. Alors continuons !

Après quelques recherches, je passe de “Pisces”, le signe astrologique, à “Pisces”, la constellation. Savez-vous que la constellation des Poissons (nommée ainsi par les astronomes babyloniens) est très difficile à repérer dans le ciel ? Pour la trouver, on recherche son “anneau”, un groupe de corps brillants en forme de… vesica piscis. La vulve de femme des Poissons.

Pisces,bodypainting,poissons

"Pisces" (et non "Pieces") - Peinture corporelle de la série des signes du zodiaque par Rudi Everts

Pour une nouvelle cartographie de l’amande

1. LA VESICA PISCIS

La vesica piscis (nom latin de la “vessie de poisson”) désigne une forme obtenue par l’intersection de 2 cercles identiques qui passent chacun par le centre de l’autre. Cette forme en amande qu’on appelle aussi “mandorle” (de l’italien mandorla, amande) a été très souvent utilisée dans l’iconographie chrétienne. On trouve notamment la mandorle sur les tympans, au-dessus du portail des églises. La mandorle contient habituellement une représentation du Christ “en majesté” (assis sur un trône, la main droite levée dans un geste de bénédiction).

Ci-dessus : Christ en majesté dans une mandorle entouré du Tétramorphe (les “quatre vivants” ailés : l’homme, le lion, l’aigle et le boeuf, devenus les symboles des 4 Evangélistes) sur le tympan de la porte royale du portail occidental de la cathédrale de Chartres (date de construction du tympan : milieu du 12ème siècle). Sous Jésus : les douze Apôtres.

2. LA VULVE

Comme toujours avec la symbolique, l’utilisation de cette forme en amande a donné lieu à diverses interprétations. On ne peut échapper (et surtout dans ce blog !) à la version préférée par les adeptes des théories de la grande femelle et de la pré-éminence de la déesse-mère, à savoir que la mandorle représente une vulve et que la présence du Christ à l’intérieur d’une vulve n’est pas neutre.

Il convient d’abord de valider un point : Est-ce que l’amande formée par une vesica piscis correspond réellement à la forme d’une vulve ?

Sur la photo ci-dessus, le sexe ne forme pas une vesica piscis puisque les cercles ne passent pas par le centre du cercle voisin. L’intersection a une forme d’amande mais ce n’est pas la forme “officielle” de la mandorle d’une vesica piscis. Elle est trop étroite.

Pour obtenir la forme de la mandorle, il est indispensable d’ouvrir la vulve en tirant sur les côtés avec les doigts. Après expérimentation, le mieux, c’est de faire la photo quand on est couchée sur le dos pour que le clitoris soit en haut. Ensuite, on place le schéma sur la photo de sorte que les cercles se croisent à l’emplacement du gland du clitoris et suivent la ligne des petites lèvres. Voici le résultat :

La vulve peut donc bien avoir la forme d’une mandorle mais uniquement quand elle est OUVERTE.

3. L’OUVERTURE DU VAGIN

Quand on tire sur les lèvres pour ouvrir le sexe, l’orifice du vagin apparaît. Le rond de cette ouverture ne figure pas sur les mandorles chrétiennes… en général. Cependant, on se pose forcément des questions à la vue  de certaines mandorles. Ainsi pour celle du tympan de la fin du 12ème siècle de l’ancienne cathédrale (maintenant simple église) Saint-Trophime à Arles.

J’ai choisi ce tympan parce qu’il ressemble beaucoup à celui de la porte royale de la cathédrale de Chartres : Même Christ en majesté dans une mandorle au milieu du Tétramorphe et au-dessus des douze Apôtres. Même époque aussi. Seule différence notable : Le cercle sur lequel Jésus est assis. Certes le Christ en majesté est, par définition, assis sur un trône et on en voit parfois les bords. Mais pourquoi ce cercle ? Que représente-t-il ?

Je ne vois qu’une seule explication vraiment convaincante, c’est la stylisation de l’orifice du vagin ou, en tous cas, l’introduction d’un cercle supplémentaire au sein de la vesica piscis qui complexifie le schéma traditionnel et le rend au passage beaucoup plus proche d’un schéma de vulve.

Je me suis demandé si on ne pouvait pas aller encore un peu plus loin…

4. UNE NOUVELLE CARTOGRAPHIE DE LA ZONE VULVAIRE

D’abord, pourquoi ne pas incorporer l’anus ? S’il a été exclus de nombreuses représentations par son côté “impur” , il est pourtant plus important que le vagin (on peut vivre sans son vagin mais pas sans son trou du cul) et il apporte tout autant, sinon plus, de satisfactions au niveau du plaisir sexuel. Redonnons à notre trou du cul, à la défécation et à la sodomie la place qu’ils méritent en plaçant l’anus dans notre nouveau projet cartographique !

J’ai donc ajouté un troisième cercle de diamètre identique au deux premiers que j’ai placé de façon à inclure l’orifice du vagin en haut et l’anus en bas. Le centre du cercle est au milieu du périnée. Notez une limite de cette cartographie : la vulve et l’anus ne sont pas sur le même plan car le périnée est bombé. Le schéma est donc une projection 2D d’une réalité 3D. Comme toutes les cartes ! N’est-ce pas, M. Mercator ?

Dans un deuxième temps, j’ai indiqué sur ma carte les lieux les plus intéressants, les zones à visiter. Je considère qu’il s’agit là d’une carte touristique pour les visiteurs qui veulent s’arrêter et prendre un peu de temps pour des excursions. Alors, quels sont les endroits les plus dignes d’intérêt dans cet espace situé entre le Mont de Vénus et les montagnes des Fesses ?

En plus de Vagin et d’Anus, il est impensable de passer sans visiter Clitoris. Et quand on a passé du temps en V, en A et sur C, c’est toujours un bon signe de voir couler la source en M.

Tout cela est théorique mais j’étais bien surprise de constater que, une fois ramenée sur une photo satellite de la zone, la carte correspond. C’est Google Maps !

Il conviendrait maintenant de tester cela sur d’autres.

Les décolletés vulvaires de Francesco Scognamiglio

Les décolletés de Scognamiglio méritent un article à part. De nouveau, on est dans le vêtement immettable, hormis sur un plateau de TV (et encore !) ou dans une vidéo musicale. C’est quand même ce que j’ai trouvé de plus fun dans l’édition Automne-Hiver 2011 de la fashion week de Milan. L’art de porter une énorme vulve béante sur son corps ! Formidable ! Si seulement les mannequins n’étaient pas aussi… peu excitantes (Ce maquillage ! Aargh !!!).[Retrouvez tout le défilé Automne-Hiver 2011 Francesco Scognamiglio sur mode.newslicious.net]