Archives de la Catégorie Prostituées et courtisanes

Portrait présumé de Gabrielle de Rochechouart attribué à Corneille de Lyon


Gabrielle de Rochechouart (1633-1693) aurait été la maîtresse de Louis XIV, tout comme sa soeur, Madame de Montespan. Comme quoi, quand on parle du corset et de la rigueur morale qu’il représentait au 16ème siècle  (voir article précédent) …

Ce portrait est attribué par le ministère de la culture à Corneille de Lyon (appelé par d’autres Corneille de La Haye puisque qu’il s’agit d’un Hollandais installé à Lyon, né vers 1500 et mort en 1574). On notera qu’il y a un petit problème de date entre La Rochechouart qui vivait au 17ème siècle et Corneille de Lyon qui a vécu au 16ème ! De quelle Rochechouart parle-t-on alors ?

Portrait exposé au Musée Condé, Chantilly – Source : Ministère de la Culture, Base Joconde

Femelletemple… à l’envers ?

Voici une image qui a pu servir d’inspiration à Rodin pour son “éternelle idole”, le groupe sculpté dont la photo orne de façon permanente la colonne de droite du présent blog.

Sauf que dans son “Idole” à lui, dessinée en 1882, le  Belge Félicien Rops a inversé la proposition : Pas d’homme à genoux devant la femme mais une femme enfournée sur le membre d’un homme.

Dans les deux cas, on retrouve cependant la même intensité, la même dévotion, la même soumission complice.

La femme enfoncée sur le phallus de Priape m’a rappelé une autre mise en scène, tirée celle-ci d’un pamphlet de 1791 visant à souiller la reine de France Marie-Antoinette, 2 ans avant que les Français ne lui coupent la tête.

Ce texte s’appelle “Bordel patriotique institué par la reine des Français pour les plaisirs des députés à la nouvelle législature”. Il décrit en termes précis et crus le lupanar que Marie-Antoinette entretiendrait à Paris pour mieux soudoyer les députés. On y trouve la charmante illustration ci-dessous de la reine à poil caressant la bite à Priape.

L’hymne à Priape est un grand moment de paillardise et il serait dommage que vous en manquiez quelques strophes :

Priape, puissant dieu des amours de la terre, Perce nous de ton aiguillon ; Sois sensible à nos prières, De ton dard vigoureux enfile-nous le CON Fais passer dans nos corps et tes feux et ton foutre, Rafraîchis-nous des flots de ton sperme divin, Bourre sans te lasser notre brûlant vagin. Nos besoins désormais ne peuvent passer outre, Fous et fous-nous jusqu’à demain. Jadis Pygmalion a foutu des Statues, comme Ixion foutait des Nues ; Pour te faire un plus grand honneur Tempère notre ardeur extrême, Et sans perdre de ta vigueur, Tu peux, sans en paraître blême, A couillons rabattus nous donner le bonheur.

Je ne doute pas que ce texte ait été écrit par un homme tout comme c’est un homme qui a dessiné la femme pâmée sur la trique de la statue. Ces hommes-là ont représenté la femme de leurs désirs. Pucelle/pute/sorcière. Soumise devant le bouc. Ils ont espéré que la femme les vénère comme eux idolâtrent la femme.

Voyez-vous venir le triste cortège du désappointement et de la désillusion ?

[Pour l'image de l'Idole de Rops, source : modspil.dk - Pour le bordel patriotique, voir le texte original de 1791 sur Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale de France ; voir aussi le site d'Alain Claverie, riche par ailleurs en citations]

“Ouled-Nail” ou Du danger d’être trop belle ?

Actuellement, le nom “Ouled-Nail” désigne les membres d’une tribu installée dans les hauts-plateaux de l’est algérien (Djelfa, Bou Sâada, Biskra).

A l’époque de la colonisation de l’Afrique du Nord par la France, c’est aussi un nom qui revient dans un grand nombre de clichés de femmes dénudées pris en Tunisie par le photographe Rudolf Lehnert (Voir ci-dessous ou “Fatma, de la tribu des Ouled Nail, Tunis“) ou par d’autres (voir la carte postale “Femme des Ouled-Nails” éditée par D’Amico, libraire à Tunis).

Pour comprendre ce qu’étaient les Ouled-Nails pour le colonisateur français, laissons parler Guy de Maupassant qui voyagea longuement en Algérie (in “Province d’Alger”, un des récits du recueil “Au Soleil“, publié en 1884) :

“Boukhrari est le premier village où l’on rencontre des Oulad-Naïl. On est saisi de stupéfaction à l’aspect de ces courtisanes du désert. Les rues populeuses sont pleines d’Arabes couchés en travers des portes, en travers de la route, accroupis, causant à voix basse ou dormant. Partout leurs vêtements flottants et blancs semblent augmenter la blancheur unie des maisons. Point de taches, tout est blanc ; et soudain une femme apparaît, debout sur une porte, avec une large coiffure qui semble d’origine assyrienne surmontée d’un énorme diadème d’or. Elle porte une longue robe rouge éclatante. Ses bras et ses chevilles sont cerclés de bracelets étincelants ; et sa figure aux lignes droites est tatouée d’étoiles bleues…”

“Courtisanes”, le mot est lâché. Dans un texte de 2007 (“Des maladies vénériennes, de la prostitution et du mythe des Ouled Naïl dans l’Algérie coloniale“), le professeur Abid relate le développement de la prostitution qui a accompagné les troupes d’occupation et l’exploitation toute particulière des femmes des tribus Ouled-Nail.

Alors, pourquoi ces femmes plutôt que d’autres ? Les explications qui reviennent sans cesse sont la finesse de leurs traits, la richesse de leurs vêtements, l’attrait de leurs danses. Ainsi, ces (trop) belles Maghrébines furent la proie des maquereaux et des  mères-maquerelles et devinrent synonymes de danseuses prostituées (voir “La danseuse prostituée dite « Ouled Naïl », entre mythe et réalité (1830-1962)” de Barkahoum Ferhati).

Le peintre Etienne “Nasr Eddine” Dinet (1861-1929), Français converti à l’islam et installé à Bou Sâada, nous a laissé de nombreuses peintures de jeunes femmes Ouled Nail (voir cette “baigneuse au clair de Lune” avec le manteau rouge, le diadème et les bracelets décrits par Maupassant) et une autre explication possible au ratissage massif de ces femmes pour fournir les bordels algériens : Elles ne semblaient pas partager la pudeur des autres femmes arabes et ne craignaient pas, semble-t-il, la nudité (mais Dinet, tout respectueux des Algériens, de leurs coutumes et de l’Islam qu’il fut, ne se laissa-t-il pas, lui aussi, emporter par l’orientalisme dénudé qui était tant à la mode à cette époque ?).

Etienne Dinet, Raoucha, 1901, musée national Nasr Eddine Dinet de Bou Sâada, image Wikipedia

Cependant, ce serait peut-être trop simple d’accuser toujours uniquement le colonisateur. En ce qui concerne la présence des Ouled-Nails en Tunisie et la vente de ces (trop jolies) femmes comme esclaves ou concubines avant l’arrivée des Européens, voir ce post.

Portrait d’une Ouled Nail tunisienne par Rudolf Lehnert

Après de nombreux articles illustrés par des photos de nues, j’avais envie de passer à autre chose. Je n’ai toujours pas fini de parler de la femme et du serpent, je sais, mais j’y reviendrai plus tard. Après le nu, je souhaitais parler du voile. Bien sûr. Logique. Et il y a tellement de choses à dire !

On va y aller calmement. Je ne chercherai pas à être exhaustive.

Je commence donc avec un portrait très populaire sur le web. Il est repris sur des dizaines de sites. On comprend facilement pourquoi : C’est un très joli portrait de femme, tirage papier d’un négatif sur plaque de verre pris en 1904 par le photographe Rudolf Lehnert (Grossaupa, Bohême, 1878 – Redeyef, Tunisie, 1948) au tout début de sa “première période tunisienne”.

Lehnert s’est associé à l’Allemand Ernst Landrock (gestionnaire puis propriétaire des droits de la plupart des clichés de Lehnert) dans un studio photo à Tunis puis dans un autre studio au Caire qui ont débité des cartes postales à l’adresse des touristes et militaires occidentaux de passage. Sans doute en réponse à la demande de leurs clients friants d’orientalisme dénudé, le studio Lehnert & Landrock a fourni de très nombreuses cartes érotiques de femmes voilées qui se dévoilent. Les jeunes filles (parfois même très jeunes !) photographiées dans des mises en scène d’un Orient fantasmé de harems et de femmes lascives sont probablement des danseuses ou des prostituées (l’un n’exclut pas l’autre).

Le portrait ci-dessus est soit légendé “Jeune Tunisienne” (Tunisian girl), soit “Ouled-Nail”. Après recherche, je me suis dit que, là aussi, l’un n’excluait pas forcément l’autre. Je ne connaissais pas les “Ouled-Nail”. J’y reviendrai très bientôt.

[Photo HD sur le Flickr de Art&Vintage]

Portrait de Violante par Titien

Titien,Tiziano,Violante,Bella gattaOn a longtemps pensé que Violante était la fille de Palma le Vieux et la maîtresse du Titien. Mais Palma n’avait vraisemblablement pas de fille et Violante était sûrement la belle chatte (“La bella gatta”, nom parfois donné au portrait de Violante) de beaucoup d’hommes ! Le Kunsthistorisches Museum de Vienne qui abrite ce tableau l’attribue à Titien même si un certain nombre d’experts lui donne maintenant comme père Palma le vieux.

[image wikimedia commons]

Portrait de la Bella par Palma le Vieux

palma le vieux,il vecchio,bellaVoici un portrait magnifique de Palma le Vieux qu’on peut voir au Thyssen-Bornemisza de Madrid. La paternité du portrait est parfois disputée entre le Titien et Palma le Vieux. Quoiqu’il en soit, bravo à l’artiste : les longs cheveux dorés, le froissement des riches étoffes et le regard de la Belle… Ah ! Son regard… Magnifique, je vous dis.

Certains pensent que la Bella serait en fait Eleonara Gonzaga, duchesse d’Urbino et généreuse mécène. A vous de vous faire une idée en comparant avec le tableau de la duchesse peint par Titien.

[image wikimedia commons]

Courtisanes charnues

Jacopo de Antonio de Negreto, dit Jacopo Negretti, dit “Palma il Vecchio” ou “Palma le Vieux” en français (1480-1528) nous a laissé une brochette impressionante de courtisanes vénitiennes (peintes sur des toiles…). Si les jeunes filles de Domenico Tintoretto (article précédent) semblaient un peu rondes, les femmes de Palma sont vraiment charnues.

Une belle brochette de blondes (blond vénitien, bien sûr, mais aussi blondes platine) bien en chair ! Ce en quoi Palma semblait partager les goûts du Titien, son contemporain, au point qu’il est parfois difficile de savoir qui a peint quoi (Voir les deux prochains articles).


Pour retrouver ces peintures sur les sites des musées :
Femme blonde, Femme en bleu, Femme en vert, La courtisane, Femme au chapeau, Sibylle (Windsor)

Prostituées du Prado

Le Vénitien Domenico Robusti, appelé Domenico Tintoretto (1560-1635), fils de Jacopo Robusti / Tintoretto (Le Tintoret), a peint de nombreux portraits de jeunes femmes. Dans la Venise de la Renaissance, il y a peu de doute que la plupart de ces jeunes femmes sont, en fait, des prostituées. Au delà de leur blondeur (très “cliché” pour une courtisane de Venise), de leurs colliers de perles et de leurs tétons souvent découverts, une chose peut paraître étonnante : l’évidente jeunesse de ces filles qui ressemblent à des ados. Cette galerie de portraits de Vénitiennes ne se trouve pas à Venise. Ce serait trop simple. Elle vous attend au musée du Prado à Madrid.domenico tintoretto jeune fille vénitienne

Pour être complet, il faudrait ajouter un quatrième portrait peint par Domenico Tintoretto : Celui de la courtisane la plus connue de Venise, Veronica Franco, également exposé au Prado. Vous le retrouverez dans un article précédent.

[Toutes les photos proviennent du site du musée du Prado. Cliquer dessus pour voir la HD sur le site du musée.]

Portrait idéal d’une courtisane en Flora par Bartolomeo Veneto

bartolomeo veneto,flora,lucrece,lucrezia borgia,courtisane,prostituée,blond vénitienCe portrait exécuté vers 1520-25 et exposé au musée du Städel à Francfort, a longtemps été présenté comme celui de Lucrèce Borgia. Ce n’est, semble-t-il, pas le cas. On a ici une très belle peinture de Flora, inspirée par une courtisane vénitienne. La couleur blond vénitien des cheveux est superbement restituée par Bartolomeo Veneto (1470-1531). Cette prostituée idéale, mince et aux petits seins, contraste avec celles que nous découvrirons bientôt sous le pinceau de Palma le Vieux ou de Domenico Tintoretto.

[Image wikimedia commons]

Flora à la Renaissance : de la couronne de fleurs aux seins nus

Flora, la déesse romaine des fleurs et du renouveau printanier et, par extension, déesse du sexe et patronne des prostituées, a connu une nouvelle jeunesse pendant la Renaissance italienne.

On connaît la magnifique représentation de Flora qui sème des pétales de roses, la tête couronnée de fleurs et le corps vêtu d’une robe au tissu fleuri, dans le tableau “Primavera” (Le Printemps) du Florentin Sandro Botticelli (1444-1510), peint vers 1480 et conservé à la galerie des Offices à Florence [image wikimedia commons].

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Au milieu du tableau, Vénus préside la scène avec des airs de Madonne (même air sage et tristoune que Marie, même robe longue que la mère de JC qui tranche sur la nudité habituelle de Vénus). Pendant ce temps, dans les airs, le fiston Cupidon-Amour s’apprête à tirer le cercle des trois Grâces (C’est le printemps !).

Notez la jeune fille en robe transparente blanche à l’extrême droite : C’est la même Flora, encore vierge, que Zéphyr s’apprête à prendre (littéralement puisqu’il va l’emmener et la violer avant de l’épouser). Après la pénétration par le vent doux et chaud (Zéphyr, donc), l’ex-vierge revient sous les traits de la déesse des fleurs, comme si le vent doux amenait la floraison. Image un peu étrange, sachant que la pénétration des fleurs amène plutôt des fruits !

La génération qui a suivi Botticelli, celle des Vénitiens Paris Bordon (1495-1570) et Titien (1490-1576) ou du Milanais Francesco Melzi (1491-1570), opte pour des représentations bien différentes de Flora.

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[Photo © Musée du Louvre/A. Dequier]

Cherchez les fleurs dans le portrait exécuté par Bordon et conservé au musée du Louvre ! On voit surtout les seins nus de Flore, son collier de perles (bijou qu’affectionnait Vénus, portée jusqu’aux rives cypriotes sur une coquille d’huître perlière) ou ses cheveux roux-châtain minutieusement frisés.

Idem pour le portrait très connu de Flore par le Titien, ci-dessous, réalisé en 1515 et exposé à la galerie des Offices à Florence : On ne voit guère la poignée de fleurs dans la main de Flora mais on ne peut pas manquer la chemise largement ouverte, la poitrine prête à s’offrir et les longs cheveux dorés.

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Francesco Melzi, enfin, a peint un portrait de Flora que ne renieraient pas les Romains du premier siècle après JC. Dans le tableau du musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg, pas de couronne de fleurs, certes, mais une belle robe jaune comme celle que porte Flora sur la mosaïque de Stabia près de Pompéi… Et toujours de très beaux cheveux blond-vénitien.francesco melzi, flora,hermitage,ermitage

Les Bordon, Titien et Melzi semblaient prendre plus de plaisir à peindre des femmes aux seins nus que des fleurs. La prostitution était extrêmement répandue à Venise à la Renaissance et les courtisanes étaient des modèles de choix. La femme du portrait du Titien est vraisemblablement une prostituée. Nous en verrons quelques autres prochainement.