Archives de la Catégorie Ce que les hommes fantasment : Danseuses, hôtesses de l’air et autres pin-ups

Montrer son corps (tatoué) pour (très bien) gagner sa vie

Avant les dizaines de “Suicide Girls” écloses ces dernières années comme le muguet au mois de mai, y avait-il des femmes tatouées en Occident ?

A vrai dire, pas beaucoup. On connaît bien sûr Milady de Winter, l’espionne de Richelieu que d’Artagnan (un temps son amant) fera racourcir par le bourreau de Béthune : En passant par la prison, péché de jeunesse, elle avait été marquée au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule. Mais est-ce que le fer rouge appliqué aux forçats, ça compte comme tatouage ?

Les seules femmes tatouées “occidentales” que j’ai trouvées ne sont pas mortes depuis si longtemps. Elles étaient presque toutes américaines et s’appelaient Annie Howard, Artoria, Betty Broadbent, Djita Salomé, Emma de Burgh, Irene Woodward, Irma Senta, Lady Viola, Lotta Pictoria, Maud Arizona, May Vandermark, Nora Hildebrandt, Queenie Morris…

Lady Viola

Leurs points communs : elles travaillaient toutes pour des cirques ou des Freak shows (encore appelés Sideshows), elles étaient très bien payées, elles étaient complètement couvertes de tatouages (tête exceptée) et leurs tatouages glorifiaient généralement l’Amérique (têtes de président, aigles, drapeaux, cowboys…).

On trouve de nombreuses cartes postales et photos “vintage” de ces femmes sur la toile. On trouve aussi beaucoup d’inexactitudes copiées de site en site et très peu d’info intéressante… Et puis je suis tombée sur Amelia Klem ! Cette fille (tatouée) a fait un très intéressant travail de recherche sur les “Tattooed Ladies” dont une partie est accessible à tous : voir le PDF “A life of her own choosing – Anna Gibbons’ fifty years as a tattooed lady“.

Artoria

Anna (Burlingston) Gibbons est devenue “Artoria, tattooed girl” en 1919 (elle avait 26 ans) avec le Pete Kortes Show avant de signer l’année suivante avec “The Greatest Show on Earth”, le cirque Ringling Brothers-Barnum & Bailey. Patriotiques sur la poitrine (George Washington entre 2 “Stars & stripes”), ses autres tatouages sont plutôt ‘renaissance italienne”, comme la Cène de Michel-Ange sur le dos, car son mari et tatoueur personnel Red Gibbons aimait ça.

Artoria a vraisemblablement croisé une autre performeuse connue, Lady Viola, encrée dans les années 1920, et qu’on a parfois surnommée “The Most Beautiful Tattooed Woman in the World.”  Sûrement la plus patriotique : 6 présidents sur la poitrine, le Capitole sur le dos, la statue de la Liberté sur une jambe… !

Les plus anciennes célébrités de la profession sont Nora Hildebrandt et Irene Woodward qui on commencé leur activité au début des années 1880, avant l’invention de la machine à tatouer électrique, brevetée en 1891. Elles ont lancé le mythe des femmes tatouées de force par les indiens.

Au tournant du 20ème siècle, ces femmes gagnaient entre 25 et 250$ par semaine, suivant la qualité de leur spectacle et le lieu où elles exerçaient, soit nettement plus que le salaire moyen d’une famille ouvrière qui était de 7 à 10$/semaine à cette époque (voir texte d’Amelia Klem).

Elles étaient très bien payées car les hommes se pressaient pour les voir se dévêtir (les jambes, les bras, parfois le ventre) tout en racontant leurs histoires de tatouage forcé par des tribus sauvages. Exotisme-contrainte-nudité, un trio gagnant !

Lydia the tattooed Lady ? Source : http://sketchbook-katherto.blogspot.fr/2010_10_01_archive.html

Elles étaient les pin-ups de l’époque et ont été reproduites sur de nombreuses photos et cartes postales. Même Groucho Marx n’y a pas résisté, quand il chante les attraits de Lydia la tatouée dans “Un jour au cirque” (At the circus) en 1939 :

Oh Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the tattooed lady
She has muscles men adore-so
And a torso even more-so
Oh, Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the queen of tattoo
On her back is the battle of Waterloo
Beside it the wreck of the Hesperus too
and proudly above waves the red white and blue
You can learn a lot from Lydia
There’s Grover Walen unveilin’ the Trylon
Over on the West Coast we have Treasure Island
There’s Captain Spaulding exploring the Amazon
And Lady Godiva–but with her pajamas on
She can give you a view of the world in tattoo
If you step up and tell her where
Mon Paree, Kankakee, even Perth by the sea
Or of Washington crossing the Delaware
Oh Lydia, Oh Lydia, now have you met Lydia
Lydia the queen of them all
She has a view of Niagara which nobody has
And Basin Street known as the birthplace of jazz
And on a clear day you can see Alcatraz!
You can learn a lot from Lydia!
–Lydia the queen of tattoo!

[Paroles sur parolesmania]

Les femmes tatouées d’Hathor

A l’exception d’Ötzi, congelé plus de 5000 ans dans les glaces des Alpes jusqu’à sa découverte en 1991, les plus anciens corps tatoués connus étaient des femmes égyptiennes : 3 momies datées à moins 2000 avant JC et retrouvées dans la vaste nécropole de Deir el-Bahari près de Louxor.

Trois, c’est pas beaucoup ! Et pourtant ces trois-là ont suscité pas mal de fantasmes.

Reconstitution des tatouages d'Amunet, tombe de Deir el-Bahari, Egypte, vers 2000 avant JC, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Je vais essayer de m’en tenir aux “faits” tels qu’ils sont présentés dans un article du sérieux Smithonian, “Tattoos, the ancient and mysterious history“, par Cate Lineberry.

Des trois femmes tatouées mommifiées, une seule a été identifiée par les inscriptions funéraires : il s’agit d’une prêtresse de haut niveau, appelée Amunet. C’est à peu près tout ce qu’on sait ! Le reste, c’est du bruit et des hypothèses : Comme une femme tatouée, ça fait parfois “mauvais genre”, on a dit des 3 femmes que c’étaient des danseuses (au cas où vous l’ignoriez, les danseuses ont mauvais genre… surtout celles de l’opéra en tutu qui montrent leur culotte et celles du Moulin Rouge qui lèvent leurs jupons !). Pourtant les mommies se trouvaient dans une zone réservée  aux princesses et aux femmes de l’élite de cette époque. Alors quoi ? “Mauvais genre” donc concubines ? Pourquoi pas putes ?

La reine-Pharaon (ça a existé !) Hatchepsout a régné une vingtaine d’années sur l’Egypte entre 1479 et 1458 avant JC. Son énorme temple funéraire occupe la moitié du complexe de Deir el-Bahari, sur la rive ouest du Nil, près de Louxor. On y trouve une chapelle d’Hathor (voir la photo d’une colonne hathorique de cette chapelle à l’article précédent “Hathor, fille du soleil“). Le culte d’Hathor, déesse de la fécondité et des festivités, était mené par des prêtresses aussi bien que des prêtres (phénomène semble-t-il assez rare en Egypte où le culte est plutôt une affaire d’hommes) de façon très “festive” (danse, musique, ivresse… Certains penseront : “Et plus si affinités ?”). Ainsi, quand on a trouvé des mommies de femmes tatouées à proximité du temple d’Hathor, je peux imaginer les amalgames : prêtresse-danseuse-prostituée au service d’un culte de la procréation et de la fête… même si procréation et fête n’implique pas orgie et partouze !

Reconstitution des tatouages d'une momie de Deir-el-Bahari, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Le travail de recherche de Luc Renaut, “Le tatouage féminin dans les sociétés anciennes et traditionnelles : Beauté, sexualité et valeur sociale” m’a permis de savoir à quoi ressemblaient les tatouages de deux des momies du temple d’Hatchepsout.

J’ai appliqué les  dessins en annexe du travail de Luc Renaut sur des photos de modèles libres de droits de mjranum et le résultat est plutôt intéressant, je trouve.

Pourquoi Amunet a-t-elle fait tatouer une multitude de points sur son ventre ? Cate Lineberry en parle comme la représentation possible d’un de ces filets de perles qu’on enroulait sur les momies pour les protéger et “tout conserver à l’intérieur”. Une façon de protéger le ventre de la femme ou le foetus pendant la grossesse ? Etait-ce lié au culte ou était-ce une sorte d’ “amulette” que la prêtresse avait dessiné sur son corps pour se protéger, elle ou son bébé ?

Le tatouage de l’autre femme est très différent : mieux réparti sur le corps, plus décoratif. Sans doute inspirée par la gestuelle de la modèle, j’ai imaginé une danseuse exerçant son art couverte de ses seuls tatouages. Voilà que moi aussi, je fantasme sur les danseuses ! Faut bien admettre qu’il aurait suffi d’ajouter une perruque noire, des boucles d’oreilles et des bracelets pour que l’illusion soit parfaite.

Danseuses - Détail d'une fresque de la tombe-chapelle de Nébamon, Thèbes, Egypte - 14ème siècle avant JC - British Museum, Londres - Source : Wikipedia

Les danseuses égyptiennes, tout comme les servantes et la plupart des femmes de condition modeste, étaient nues dans la chaude Egypte de Pharaon (voir article “Quand la servante égyptienne était nue“). On remarque que les danseuses portaient une ceinture autour des hanches, à l’endroit même du tatouage le long du ventre de la momie de Deir el-Bahari.

“Ouled-Nail” ou Du danger d’être trop belle ?

Actuellement, le nom “Ouled-Nail” désigne les membres d’une tribu installée dans les hauts-plateaux de l’est algérien (Djelfa, Bou Sâada, Biskra).

A l’époque de la colonisation de l’Afrique du Nord par la France, c’est aussi un nom qui revient dans un grand nombre de clichés de femmes dénudées pris en Tunisie par le photographe Rudolf Lehnert (Voir ci-dessous ou “Fatma, de la tribu des Ouled Nail, Tunis“) ou par d’autres (voir la carte postale “Femme des Ouled-Nails” éditée par D’Amico, libraire à Tunis).

Pour comprendre ce qu’étaient les Ouled-Nails pour le colonisateur français, laissons parler Guy de Maupassant qui voyagea longuement en Algérie (in “Province d’Alger”, un des récits du recueil “Au Soleil“, publié en 1884) :

“Boukhrari est le premier village où l’on rencontre des Oulad-Naïl. On est saisi de stupéfaction à l’aspect de ces courtisanes du désert. Les rues populeuses sont pleines d’Arabes couchés en travers des portes, en travers de la route, accroupis, causant à voix basse ou dormant. Partout leurs vêtements flottants et blancs semblent augmenter la blancheur unie des maisons. Point de taches, tout est blanc ; et soudain une femme apparaît, debout sur une porte, avec une large coiffure qui semble d’origine assyrienne surmontée d’un énorme diadème d’or. Elle porte une longue robe rouge éclatante. Ses bras et ses chevilles sont cerclés de bracelets étincelants ; et sa figure aux lignes droites est tatouée d’étoiles bleues…”

“Courtisanes”, le mot est lâché. Dans un texte de 2007 (“Des maladies vénériennes, de la prostitution et du mythe des Ouled Naïl dans l’Algérie coloniale“), le professeur Abid relate le développement de la prostitution qui a accompagné les troupes d’occupation et l’exploitation toute particulière des femmes des tribus Ouled-Nail.

Alors, pourquoi ces femmes plutôt que d’autres ? Les explications qui reviennent sans cesse sont la finesse de leurs traits, la richesse de leurs vêtements, l’attrait de leurs danses. Ainsi, ces (trop) belles Maghrébines furent la proie des maquereaux et des  mères-maquerelles et devinrent synonymes de danseuses prostituées (voir “La danseuse prostituée dite « Ouled Naïl », entre mythe et réalité (1830-1962)” de Barkahoum Ferhati).

Le peintre Etienne “Nasr Eddine” Dinet (1861-1929), Français converti à l’islam et installé à Bou Sâada, nous a laissé de nombreuses peintures de jeunes femmes Ouled Nail (voir cette “baigneuse au clair de Lune” avec le manteau rouge, le diadème et les bracelets décrits par Maupassant) et une autre explication possible au ratissage massif de ces femmes pour fournir les bordels algériens : Elles ne semblaient pas partager la pudeur des autres femmes arabes et ne craignaient pas, semble-t-il, la nudité (mais Dinet, tout respectueux des Algériens, de leurs coutumes et de l’Islam qu’il fut, ne se laissa-t-il pas, lui aussi, emporter par l’orientalisme dénudé qui était tant à la mode à cette époque ?).

Etienne Dinet, Raoucha, 1901, musée national Nasr Eddine Dinet de Bou Sâada, image Wikipedia

Cependant, ce serait peut-être trop simple d’accuser toujours uniquement le colonisateur. En ce qui concerne la présence des Ouled-Nails en Tunisie et la vente de ces (trop jolies) femmes comme esclaves ou concubines avant l’arrivée des Européens, voir ce post.

Portrait d’une Ouled Nail tunisienne par Rudolf Lehnert

Après de nombreux articles illustrés par des photos de nues, j’avais envie de passer à autre chose. Je n’ai toujours pas fini de parler de la femme et du serpent, je sais, mais j’y reviendrai plus tard. Après le nu, je souhaitais parler du voile. Bien sûr. Logique. Et il y a tellement de choses à dire !

On va y aller calmement. Je ne chercherai pas à être exhaustive.

Je commence donc avec un portrait très populaire sur le web. Il est repris sur des dizaines de sites. On comprend facilement pourquoi : C’est un très joli portrait de femme, tirage papier d’un négatif sur plaque de verre pris en 1904 par le photographe Rudolf Lehnert (Grossaupa, Bohême, 1878 – Redeyef, Tunisie, 1948) au tout début de sa “première période tunisienne”.

Lehnert s’est associé à l’Allemand Ernst Landrock (gestionnaire puis propriétaire des droits de la plupart des clichés de Lehnert) dans un studio photo à Tunis puis dans un autre studio au Caire qui ont débité des cartes postales à l’adresse des touristes et militaires occidentaux de passage. Sans doute en réponse à la demande de leurs clients friants d’orientalisme dénudé, le studio Lehnert & Landrock a fourni de très nombreuses cartes érotiques de femmes voilées qui se dévoilent. Les jeunes filles (parfois même très jeunes !) photographiées dans des mises en scène d’un Orient fantasmé de harems et de femmes lascives sont probablement des danseuses ou des prostituées (l’un n’exclut pas l’autre).

Le portrait ci-dessus est soit légendé “Jeune Tunisienne” (Tunisian girl), soit “Ouled-Nail”. Après recherche, je me suis dit que, là aussi, l’un n’excluait pas forcément l’autre. Je ne connaissais pas les “Ouled-Nail”. J’y reviendrai très bientôt.

[Photo HD sur le Flickr de Art&Vintage]

Femme libérée, jambes écartées (4. Popstars)

Les jambes écartées, c’est pas un truc de femme. Offrir son entre-jambes à la vue de tous ? Tout le monde vous le dira, c’est indécent et scandaleux. Voilà donc du pain bénit pour celles qui cherchent l’indécence et le scandale.

Quelles sont les stars de la pop qui ont fait leur fonds de commerce de l’indécence et du scandale ? Madonna, bien sûr… et puis son héritière, la miss Gaga. D’accord. Qui d’autre ? On pourrait citer Rihanna, Britney Spears ou les Pussycat Dolls…  OK ? Maintenant, regardez qui écarte les cuisses :

De haut en bas et de gauche à droite : Lady Gaga lors des Brit Awards 2010 (voir le gros plan sur les petites lèvres de son sexe ici), Ashley Roberts des Pussycat Dolls qui exhibe son intimité aux voyeurs du monde entier, Madonna dans une pose assez “soft” (Madonna, reine de l’indécence et du sulfureux, a toujours adoré écarter les jambes, comme ici, iciici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici ou ici. Voir ici une  photo un peu plus crue de la Madonne avec jambes écartées, téton à l’air et doigt dans la bouche) et Rihanna, il y a 4 jours, jambes écartées à Los Angeles devant une caméra de TV.

Mais le sulfureux n’est pas réservé aux Américaines. Nous avons notre propre popstar aux cheveux rouges.

Libertine, Déshabillez-moi, Ainsi soit je…

Jambes écartées.

Sources : wwtdd.com (photos de Lady Gaga par Dave Hogan/Getty Images, The Brit Awards, février 2010), nudestars.biz (photo de Ashley Roberts lors d’un concert des Pussycat Dolls), newsgab.com (photos de Madonna parues dans Vogue Magazine Brésil de décembre 2008), lapatilla.com (photo de Rihanna le 28 juin 2011 lors d’un concert au Staples Center de Los Angeles), fandemylenefarmer.centerblog.net (photo du concert Live à Bercy de 2008).

Pour Madonna, je n’ai donné qu’un aperçu de ses nombreuses photos avec jambes ouvertes. Vous en trouverez d’autres ici. Au fait, avez-vous noté les nombreuses ressemblances entre les photos de la Madonne et celles de la Mylène, comme par exemple la pose à quatre pattes du Dance Remixes de MF en 1992 et celle de “Confessions on a Dancefloor” en 2006 (photos magnifiques, tout en cheveux roux, glitter pink et purple dots) ?

Femme libérée, jambes écartées (2. Cowgirl)

Les jambes écartées, c’est un truc de mec et, pour moi, c’est avant tout un truc du mec entre les mecs : le cow-boy. Jambes écartées ? Je dis Lucky Luke (le vrai tout comme la version Dujardin ou celui d’Eric et Ramzy), je dis John Wayne et son gros pétard, je dis Fonda et Bronson, je dis Eastwood et son petit cigare (à machouiller longuement).

Quoi de plus tentant que faire adopter par des femmes ce code typiquement masculin ? Femme-mec, femme libre, femme qui donne son sexe à qui elle veut et si elle le veut. Voici donc la cow-girl aux jambes écartées :

Quand on a dit “Lucky Luke”, on attend Calamity Jane. La voici donc, à gauche, dans une comédie musicale interprétée par Doris Day et réalisée par David Butler en 1953 (voir photos sur le site doctormacro.com). A droite, dans la même position, une des rares pinups dessinées par Gil Elvgren avec les jambes écartées (“Come and get it”, 1959, source : the pinupfiles.com).

Les illustrations des années 50 sont pleines de symboles et d’allusions pas toujours fines (on en a déjà parlé : voir article  “Oups ! Tu me tires, chéri ?”). On peut se poser quelques questions en regardant ces deux affiches. Pourquoi ce holster représenté à côté de Doris Day ? Le holster étant une poche triangulaire dans laquelle on fourre le canon de son Colt, ne rappelle-t-on pas ainsi que Calamity Jane, malgré ses jambes écartées, n’en est pas moins une femme ? Quant à la pinup d’Elvgren, admirons le regard plein de promesses et le gigantesque triangle qu’elle fait vibrer avec son baton d’acier ! “Come and get it”. Viens et prends-le ! Quoi donc ? Le délicieux chili qui mijote dans la marmite ? Ca doit être ça.

Quittons ces années 50 étranges, coincées entre nouveauté et ringardise, pinups et puritanisme, pour entrer dans l’époque women’s lib soixante-huitarde avec un film de Christian-Jaque tourné en 1971. Un film où il est question de hors-la-lois, de terres et de pétrole dans l’ouest américain. Rien d’original sauf que ce sont des femmes qui occupent le haut de l’affiche. Et comme le pays est rude, ce sont des femmes aux jambes écartées…

Ci-dessus : Brigitte Bardot et Claudia Cardinale dans “Les Pétroleuses” – Source : cinemotions.com

Femme libérée, jambes écartées (1. Cabaret)

La posture des femmes d’Helmut Newton (cf les 2 articles précédents) n’est pas anodine. Se tenir debout avec les jambes écartées, c’est un truc de mec. Les femmes devraient avoir les jambes serrées (cf la posture traditionnelle d’Aphrodite dans l’article “le jour où commença le culte du corps féminin” et suivants), protéger son sexe, être “modeste”. Une femme qui écarte les jambes prend une pose d’homme : C’est une rebelle, une femme libre. Elle fait ce qu’elle veut avec son sexe. Il n’est la propriété d’aucun homme, d’aucun mari. Elle le montre si elle veut. Elle l’offre à qui elle veut. Elle l’offre si elle le veut.

Il y a quelques exemples classiques de femmes aux jambes écartées comme, dans cet article, les femmes du cabaret.

Ci-dessus, 2 photos extraites du film “L’ange bleu” (Der blaue Engel, réalisé en 1930 par Josef von Sternberg) qui raconte les tribulations tragiques d’un homme amoureux de Lola-Lola (interprétée par Marlene Dietrich), chanteuse du cabaret “L’Ange bleu”, femme fatale et volage.

La star allemande affectionne les jambes écartées (debout ou assise sur un tonneau) tout comme Liza Minelli dans le film américain “Cabaret” réalisé par Bob Fosse en 1972. Minelli y interprète Sally Bowles, une chanteuse au Kit Kat Klub de Berlin dans les années 30. Enceinte de son amant, elle préfèrera avorter et rester au cabaret plutôt que suivre ce dernier en Angleterre. Femme libre. Jambes écartées (cf affiche avec une jambe sur une chaise).

Ce film est une adaptation d’une comédie musicale créée à Broadway en 1966 et reprise de nombreuses fois, notamment par Sam Mendes en 1999 avec Teri Hatcher (avant qu’elle ne devienne une Desperate Housewife) dans le rôle de Sally Bowles ou en 2001 avec Brooke Shields.

La pose la plus célèbre  est peut-être celle adoptée par Sally pendant la chorégraphie de “Don’t tell Mama”. Ce qu’il ne faut pas dire à maman ? Que Sally s’assoit à califourchon sur une chaise, les jambes écartées comme un  marin en goguette (cliquer pour voir les photos prises par Rivka Katvan de Brooke Shields et Molly Ringwald à califourchon).

Preuve de l’actualité de cet article, le spectacle de Sam Mendes monté par Rob Marshall aux Folies Bergère de 2006 à 2008 sera de retour à Paris à partir d’octobre 2011 (cliquer ici pour voir une belle brune avec sa chaise… et les jambes écartées).

Pour terminer, je vous propose de retourner écouter Dietrich à l’Ange Bleu. Voici les paroles de la célèbre chanson de Friedrich Holländer, avec l’adaptation en anglais et en français (cliquer pour grossir l’image).


“J’suis amoureuse, voyez,
De la tête aux pieds.
Je suis faite pour aimer
Et me donner”

Libre, Lola-Lola ?

“Des hommes je suis l’esclave,
Vers eux je tends les mains,
Mon âme est une épave”

Qui est libre ?

Etre à la mode, c’est être nue (et ligotée) ?

Si vous avez lu l’article précédent, vous vous dîtes peut-être : “D’accord mais depuis quand est-ce qu’un magazine aussi marginal que Purple donne le ton en matière de mode ?”. J’accepte volontiers cette critique et je vous propose de nous attaquer à du lourd, à savoir “Vogue-Paris”, l’édition française du magazine Vogue. Vous rappelez-vous du calendrier 2003 ?

Pour celles et ceux qui ont la mémoire courte, voici, rassemblés sur une seule photo, les 12 mois de l’édition 2003 du calendrier Vogue-Paris.

[Calendrier Vogue-Paris 2003. Mannequins : Carolyn Murphy, Frankie Rayder, Heidi Klum, Helena Christensen, Jessica Miller, Karolina Kurkova, Maggie Rizer, Natalia Vodianova, Tasha Tilberg et Trish Goff. Photographies : Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin. Source : newslicious.net. Voir toutes les photos HD ici.]

Plusieurs années avant Purple, Vogue avait déjà publié des photos de mode d’Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, dans leur style typique. Mode nue déjà… ou extrêmement dépouillée : un pull par ici, une paire de gants ou de jambières par là. La photo de Trish Goff bottomless est là, dans ce calendrier de 2003, ou ici dans le blog.

L’édition 2011 du calendrier Vogue-Paris fait passer un message extrêmement clair : La fille à la mode est une fille revêtue de ses seuls bijoux. Regardez bien Daria Werbowy : Loin de la rivière de diamants, une simple bague ou une paire de boucles d’oreilles (Louis Vuitton, quand même) suffisent à habiller la belle.

[Calendrier Vogue-Paris 2011. Mannequin : Daria Werbowy. Photographies : Mikael Jansson. Source : grafilog.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Et pour celles qui aiment les frissons, j’ai assemblé les 12 photos du calendrier 2007. Cette année-là, pour Vogue-Paris, la femme à la mode ne s’habillait pas. Elle se faisait ligoter. Corde pour chaîne-et-trame ? Chanvre pour satin de coton ? Cette année-là, Vogue le provocateur aimait le bondage.

[Calendrier Vogue-Paris 2007. Mannequin  : Karen Elson. Photographies : David Sims. Source : ananasamiami.com. Voir toutes les photos HD ici.]

Etre à la mode, c’est être nue ?

Je fais un break au milieu des articles consacrés aux serpents et aux tentacules pour parler de mode et d’avant-garde. Ca me titille depuis un certain temps et j’ai envie d’aborder le sujet maintenant. Avez-vous remarqué ce qu’on trouve le plus dans les magazines de mode ? Des jupes, des robes, des jeans, des chapeaux ? Non. Des corsets, des jarretelles, du latex ? Même pas. On trouve surtout… des femmes nues.

 Prenons le cas du magazine semestriel français (écrit en anglais) Purple qui suit la saisonnalité des collections de haute couture et dont on peut se procurer la version papier ou la version électronique en ligne. Depuis le numéro 7 du printemps-été 2007 , une section “Naked” a été introduite dans laquelle les Néerlandais Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin “explorent l’identité féminine contemporaine en demandant à une fille de se plier à la tradition du nu” (pour reprendre les termes du magazine). La première à se soumettre à l’exercice a été la mannequin néerlandaise Lara Stone (voir photos HD ici).

Le deuxième “Purple Naked” (Purple N°8, Automne-Hiver 2007) a présenté la mannequin et actrice canadienne Shalom Harlow (photos HD ici).

Remarquez le style de prises de vue propre au duo hollandais : nudité intégrale, fond gris, chaussures et bijoux, coiffure soignée et maquillage léger. Simplicité et sophistication. Sur ces photos, la nudité va de soi. Pas de problème d’amoralité ou d’indécence. Est-ce même érotique ? Ce sont des filles nues, tout simplement. Un corps de femme, c’est beau. Donc, c’est beau. Si un corps de femme est érotique. Alors, c’est aussi érotique. C’est comme ça. C’est la vie, la Nature, le Monde tel qu’il doit être. Les vêtements n’ont pas grand chose à y faire.

Pour le numéro 9 de Purple (Printemps-été 2008), c’est la top-model américaine Angela Lindvall qui se dénude complètement (photos HD ici).

Le choix des filles confirme la volonté de simplicité, de naturel et d’élégance des photographes. Pas de seins siliconés. Peu de pubis complètement épilés.

Dans le numéro 10 de l’hiver 2008-09, on trouve l’Américaine Trish Goff dont on avait déjà présenté un portrait par les mêmes photographes, bottomless uniquement, dans un article précédent. Pour voir les photos HD de l’article de Purple, cliquer ici.

Un point commun aux clichés de Van Lamsweerde et Matadin est aussi l’importance accordée aux cheveux. Ces derniers sont un accessoire de mode à part entière. Travaillés, gonflés, mis en avant.

Autre accessoire présent sur la plupart des photos : le collier.

A cet égard, le portrait naked de l’Allemande Christina Kruse pour le numéro 11 de Purple (été 2009) est un condensé du point de vue du duo néerlandais : fille mince, petits seins, pubis poilu (mais pas trop), prise de face, aucune tentative de cacher quoi que ce soit (bras relevés), chevelure sophistiquée, collier (voir photos HD ici).

Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous aurez également noté que C.Kruse a adopté le déhanchement typique à la Venus pudica (dans une version pas très pudique) de Cnide (cf “Le jour où commença le culte du corps féminin“) ou aux yakshi indiennes en position de “tribangha” (cf “Maya, la Madonne de l’Est“). Classique, classique… mais tellement efficace.

Pour le Naked du numéro 12 (automne-hiver 2009), heureusement que l’éditeur a précisé l’âge du mannequin, 21 ans, tant il est vrai que Dree Hemingway ressemble à une enfant : visage très jeune, pas de poitrine, corps filiforme. A cet égard, les photos de l’arrière-petite-fille de l’écrivain américain (HD ici) me dérangent un peu. Même si la mannequin n’est plus une enfant, elle a l’air d’en être une. Pour la première fois, j’ai l’impression qu’on navigue aux limites de la moralité. Est-ce que par hasard je serais en train de devenir pincée des fesses ?

Et ce n’est pas fini car le Naked suivant (Purple N°13 été 2010) est également inhabituel et vaguement dérangeant. En effet, Freja Beha Erichsen oblige à se poser quelques questions sur le sens des mots “beauté” et “féminité” (voir photos HD ici). La Danoise est une véritable brindille (beaucoup plus que Kate Moss qui porte ce surnom) : extrêmement mince, plate, sans cuisse. Très androgyne. Une garçonne anorexique. Et pourtant, on ne peut nier qu’elle est attirante. Peut-être que la beauté n’est pas une simple affaire de courbes… Peut-être que le mystère et la confusion des genres attirent tout autant.

Parle-t-on encore de beauté ou juste d’attirance ?

On parle de beauté. FB Erichsen est belle. Pas de doute.

D’un corps à l’autre, tout est affaire de détails.

Ainsi, quand on passe de FB Erichsen à une autre mannequin, la Brésilienne Raquel Zimmermann (photos HD ici) pour le N°14 de Purple, on ne se pose plus de question d’androgynie ou d’anorexie. Pourtant, cette dernière est à peine plus épaisse et sa poitrine est à peine plus prononcée. Est-ce le maquillage qui fait la différence ou quelques kilogrammes de viande en plus ? On sait que les frontières sont très perméables entre beau et laid comme entre femme et homme. On a toutes vu des photos troublantes d’Andrej Pejic (cf “Mannequins vs Stars“).

Qu’aime-t-on ? Que recherche-t-on ?

C’est une autre Brésilienne, Maria Izabel Goulart Dourado, qui se dénude pour le dernier numéro de Purple (photos HD ici). Un tout petit Naked de quelques photos, en couleurs, sans nu intégral et sans poils pubiens. Un top très glamour. Comme d’habitude dans les magazines de mode. RAS. Est-ce qu’il s’agit des mêmes Van Lamsweerde et Matadin ? Serait-ce déjà la fin ?

Il ne manque plus à Izabel Goulart que la robe longue.

Ama ou Les filles de la mer en N&B

L’existence de dizaines de femmes qui vivent et travaillent ensemble, nues, a forcément attiré les hommes. Ils les ont appelé filles de la mer (“ama” en japonais), sirènes ou pêcheuses d’awabi (on en reparlera). Elles vivaient par petits groupes sur toute la côte Pacifique du Japon. Les dernières à exercer leur profession torse nu ont été immortalisées par 2 photographes.

1. Yoshiyuki Iwase (1904-2001)

Iwase est né à Onjuku, un village de pêcheurs près de la baie de Tokyo. Il y avait encore près de 200 ama à Onjuku et dans ses environs quand Iwase a commencé à photographier. 40 ans plus tard, elles avaient complètement disparues. Voici 2 photos extraites du site officiel, iwase-photo.com . Ce que je trouve particulèrement remarquable dans ces photos : les shorties de bain et les poses de pinup. Très fifities !“Bluff gazing” – 1935 – Source : iwase-photo.com“Ama with net” – 1953 – Source : iwase-photo.com”

2. Fosco Maraini (1912 -2004)

L’Italien Fosco Maraini a commencé à photographier les filles de la mer plus tard, dans les années 50. Il n’y en avait déjà presque plus quand il s’est rendu dans l’île de Hekura en 1954.

Maraini a pris de nombreux clichés sous l’eau. En les regardant, on quitte le monde des pinups pour celui des sirènes. Ses photos ont été publiées en 1960 dans un livre intitulé “L’isola delle pescatrici” et publié par Leonardo da Vinci editore, Bari.

“versi gli abissi” – Source : madeinitaly.tv
“Apnea” – Source : Flickr

Fosco Maraini a aussi laissé de très jolies photos de fesses. Les tangas-strings des plongeuses se prêtent bien à ces clichés sexy. Vous apprécierez en particulier la fille au tegame, cet espèce de couteau qui sert à décrocher les coquillages.

Fille et couteau. Je sais que les hommes aiment ça : Beatrix Kiddo et son katana.

“cercando le ama” - Source : wunderbuzz.co.uk
“tegame” – Source : flickr

Retrouvez le travail de Maraini sur un 4 pages consacré aux filles de la mer d’Hekura, sur cet article en japonais avec plein de photos malheureusement très petites, sur cette photo d’une ama qui nage et sur cette autre photo d’une ama qui remonte à la surface. Sinon, il reste le site officiel qui ne montre pas grand chose.