Archives de la Catégorie APPARITIONS DE LA GRANDE FEMELLE

Montrer son corps (tatoué) pour (très bien) gagner sa vie

Avant les dizaines de “Suicide Girls” écloses ces dernières années comme le muguet au mois de mai, y avait-il des femmes tatouées en Occident ?

A vrai dire, pas beaucoup. On connaît bien sûr Milady de Winter, l’espionne de Richelieu que d’Artagnan (un temps son amant) fera racourcir par le bourreau de Béthune : En passant par la prison, péché de jeunesse, elle avait été marquée au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule. Mais est-ce que le fer rouge appliqué aux forçats, ça compte comme tatouage ?

Les seules femmes tatouées “occidentales” que j’ai trouvées ne sont pas mortes depuis si longtemps. Elles étaient presque toutes américaines et s’appelaient Annie Howard, Artoria, Betty Broadbent, Djita Salomé, Emma de Burgh, Irene Woodward, Irma Senta, Lady Viola, Lotta Pictoria, Maud Arizona, May Vandermark, Nora Hildebrandt, Queenie Morris…

Lady Viola

Leurs points communs : elles travaillaient toutes pour des cirques ou des Freak shows (encore appelés Sideshows), elles étaient très bien payées, elles étaient complètement couvertes de tatouages (tête exceptée) et leurs tatouages glorifiaient généralement l’Amérique (têtes de président, aigles, drapeaux, cowboys…).

On trouve de nombreuses cartes postales et photos “vintage” de ces femmes sur la toile. On trouve aussi beaucoup d’inexactitudes copiées de site en site et très peu d’info intéressante… Et puis je suis tombée sur Amelia Klem ! Cette fille (tatouée) a fait un très intéressant travail de recherche sur les “Tattooed Ladies” dont une partie est accessible à tous : voir le PDF “A life of her own choosing – Anna Gibbons’ fifty years as a tattooed lady“.

Artoria

Anna (Burlingston) Gibbons est devenue “Artoria, tattooed girl” en 1919 (elle avait 26 ans) avec le Pete Kortes Show avant de signer l’année suivante avec “The Greatest Show on Earth”, le cirque Ringling Brothers-Barnum & Bailey. Patriotiques sur la poitrine (George Washington entre 2 “Stars & stripes”), ses autres tatouages sont plutôt ‘renaissance italienne”, comme la Cène de Michel-Ange sur le dos, car son mari et tatoueur personnel Red Gibbons aimait ça.

Artoria a vraisemblablement croisé une autre performeuse connue, Lady Viola, encrée dans les années 1920, et qu’on a parfois surnommée “The Most Beautiful Tattooed Woman in the World.”  Sûrement la plus patriotique : 6 présidents sur la poitrine, le Capitole sur le dos, la statue de la Liberté sur une jambe… !

Les plus anciennes célébrités de la profession sont Nora Hildebrandt et Irene Woodward qui on commencé leur activité au début des années 1880, avant l’invention de la machine à tatouer électrique, brevetée en 1891. Elles ont lancé le mythe des femmes tatouées de force par les indiens.

Au tournant du 20ème siècle, ces femmes gagnaient entre 25 et 250$ par semaine, suivant la qualité de leur spectacle et le lieu où elles exerçaient, soit nettement plus que le salaire moyen d’une famille ouvrière qui était de 7 à 10$/semaine à cette époque (voir texte d’Amelia Klem).

Elles étaient très bien payées car les hommes se pressaient pour les voir se dévêtir (les jambes, les bras, parfois le ventre) tout en racontant leurs histoires de tatouage forcé par des tribus sauvages. Exotisme-contrainte-nudité, un trio gagnant !

Lydia the tattooed Lady ? Source : http://sketchbook-katherto.blogspot.fr/2010_10_01_archive.html

Elles étaient les pin-ups de l’époque et ont été reproduites sur de nombreuses photos et cartes postales. Même Groucho Marx n’y a pas résisté, quand il chante les attraits de Lydia la tatouée dans “Un jour au cirque” (At the circus) en 1939 :

Oh Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the tattooed lady
She has muscles men adore-so
And a torso even more-so
Oh, Lydia, Oh Lydia
Now have you met Lydia
Lydia the queen of tattoo
On her back is the battle of Waterloo
Beside it the wreck of the Hesperus too
and proudly above waves the red white and blue
You can learn a lot from Lydia
There’s Grover Walen unveilin’ the Trylon
Over on the West Coast we have Treasure Island
There’s Captain Spaulding exploring the Amazon
And Lady Godiva–but with her pajamas on
She can give you a view of the world in tattoo
If you step up and tell her where
Mon Paree, Kankakee, even Perth by the sea
Or of Washington crossing the Delaware
Oh Lydia, Oh Lydia, now have you met Lydia
Lydia the queen of them all
She has a view of Niagara which nobody has
And Basin Street known as the birthplace of jazz
And on a clear day you can see Alcatraz!
You can learn a lot from Lydia!
–Lydia the queen of tattoo!

[Paroles sur parolesmania]

Les femmes tatouées d’Hathor

A l’exception d’Ötzi, congelé plus de 5000 ans dans les glaces des Alpes jusqu’à sa découverte en 1991, les plus anciens corps tatoués connus étaient des femmes égyptiennes : 3 momies datées à moins 2000 avant JC et retrouvées dans la vaste nécropole de Deir el-Bahari près de Louxor.

Trois, c’est pas beaucoup ! Et pourtant ces trois-là ont suscité pas mal de fantasmes.

Reconstitution des tatouages d'Amunet, tombe de Deir el-Bahari, Egypte, vers 2000 avant JC, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Je vais essayer de m’en tenir aux “faits” tels qu’ils sont présentés dans un article du sérieux Smithonian, “Tattoos, the ancient and mysterious history“, par Cate Lineberry.

Des trois femmes tatouées mommifiées, une seule a été identifiée par les inscriptions funéraires : il s’agit d’une prêtresse de haut niveau, appelée Amunet. C’est à peu près tout ce qu’on sait ! Le reste, c’est du bruit et des hypothèses : Comme une femme tatouée, ça fait parfois “mauvais genre”, on a dit des 3 femmes que c’étaient des danseuses (au cas où vous l’ignoriez, les danseuses ont mauvais genre… surtout celles de l’opéra en tutu qui montrent leur culotte et celles du Moulin Rouge qui lèvent leurs jupons !). Pourtant les mommies se trouvaient dans une zone réservée  aux princesses et aux femmes de l’élite de cette époque. Alors quoi ? “Mauvais genre” donc concubines ? Pourquoi pas putes ?

La reine-Pharaon (ça a existé !) Hatchepsout a régné une vingtaine d’années sur l’Egypte entre 1479 et 1458 avant JC. Son énorme temple funéraire occupe la moitié du complexe de Deir el-Bahari, sur la rive ouest du Nil, près de Louxor. On y trouve une chapelle d’Hathor (voir la photo d’une colonne hathorique de cette chapelle à l’article précédent “Hathor, fille du soleil“). Le culte d’Hathor, déesse de la fécondité et des festivités, était mené par des prêtresses aussi bien que des prêtres (phénomène semble-t-il assez rare en Egypte où le culte est plutôt une affaire d’hommes) de façon très “festive” (danse, musique, ivresse… Certains penseront : “Et plus si affinités ?”). Ainsi, quand on a trouvé des mommies de femmes tatouées à proximité du temple d’Hathor, je peux imaginer les amalgames : prêtresse-danseuse-prostituée au service d’un culte de la procréation et de la fête… même si procréation et fête n’implique pas orgie et partouze !

Reconstitution des tatouages d'une momie de Deir-el-Bahari, d'après Luc Renaut - Photo de fond : Stock libre de droit mjranum

Le travail de recherche de Luc Renaut, “Le tatouage féminin dans les sociétés anciennes et traditionnelles : Beauté, sexualité et valeur sociale” m’a permis de savoir à quoi ressemblaient les tatouages de deux des momies du temple d’Hatchepsout.

J’ai appliqué les  dessins en annexe du travail de Luc Renaut sur des photos de modèles libres de droits de mjranum et le résultat est plutôt intéressant, je trouve.

Pourquoi Amunet a-t-elle fait tatouer une multitude de points sur son ventre ? Cate Lineberry en parle comme la représentation possible d’un de ces filets de perles qu’on enroulait sur les momies pour les protéger et “tout conserver à l’intérieur”. Une façon de protéger le ventre de la femme ou le foetus pendant la grossesse ? Etait-ce lié au culte ou était-ce une sorte d’ “amulette” que la prêtresse avait dessiné sur son corps pour se protéger, elle ou son bébé ?

Le tatouage de l’autre femme est très différent : mieux réparti sur le corps, plus décoratif. Sans doute inspirée par la gestuelle de la modèle, j’ai imaginé une danseuse exerçant son art couverte de ses seuls tatouages. Voilà que moi aussi, je fantasme sur les danseuses ! Faut bien admettre qu’il aurait suffi d’ajouter une perruque noire, des boucles d’oreilles et des bracelets pour que l’illusion soit parfaite.

Danseuses - Détail d'une fresque de la tombe-chapelle de Nébamon, Thèbes, Egypte - 14ème siècle avant JC - British Museum, Londres - Source : Wikipedia

Les danseuses égyptiennes, tout comme les servantes et la plupart des femmes de condition modeste, étaient nues dans la chaude Egypte de Pharaon (voir article “Quand la servante égyptienne était nue“). On remarque que les danseuses portaient une ceinture autour des hanches, à l’endroit même du tatouage le long du ventre de la momie de Deir el-Bahari.

Hathor, fille du soleil

Ca ressemble au titre d’un roman pour adolescents et pourtant c’est vrai : Hathor, la déesse-vache, généralement représentée par une vache (bien sûr), une femme avec le disque solaire entre ses cornes ou par un visage de femme avec des oreilles de vache, était la fille de Râ et la mère de Pharaon.

Hathor en visage de femme à oreilles de vache - Colonne hathorique du temple de la reine Hatchepsout, complexe funéraire de Deir el-Bahari (Louxor, Egypte) - Photo par Pascal - Source : http://louxor-egypte.e-monsite.com/album/deir-el-bahari/2

En plus du disque solaire, les attributs d’Hathor sont le ménat (“lourd collier de perles à contrepoids, qui produisaient en s’entrechoquant un son comparable au bruissement des fourrés de papyrus qui représente le lieu de gestation mythique”, pour citer  mythologica) et le sistre, un type de crécelle utilisée par les danseuses. Ces attributs n’ont pas été choisis au hasard puisque la déesse est associée à la reproduction et à la fécondité d’un côté, à la fête, la joie, l’ivresse, la musique et  la danse d’un autre côté.

Hathor est généralement associée à Hor (Horus), son “parèdre” ou époux, l’homme à tête de faucon. D’ailleurs, le mot Hathor veut dire “la maison d’Horus” (son hiéroglyphe est un faucon dans le plan carré d’une maison), ce qui évoque, selon moi, avec vigueur, l’image des liens du couple et du sens de la pénétration sexuelle.

Hathor (au centre), Horus (à gauche) et Trajan - Bas-relief du temple de Denderah (période gréco-romaine, 4e siècle avant JC) - Source : photo Bernard Gagnon sur wikipedia

Il est aussi intéressant de noter qu’Hathor sera à certaines époques et dans certains lieux de culte amalgamée à Isis, la déesse au sistre, la grande déesse nourricière qui donne le sein au petit Horus assis sur ses genoux. Hathor femme et mère d’Horus, en quelque sorte… Comme c’est original ! Cela apporte aussi un autre éclairage sur le sens de la “maison d’Hor”, déesse de la fécondité, qui abrite Horus en son sein.

Sans surprise, les Grecs associeront Hathor à Aphrodite, leur déesse de l’amour et de la fécondité.

Alors pourquoi cet article qui dit des choses déjà écrites ailleurs sur la toile ? D’abord parce que, sur “femelletemple”, il faut bien citer Hathor, cette déesse si “féminine” de la fécondité. Ensuite parce que je trouve intéressant que les Egyptiens associaient fécondité (sexe et maternité) avec festivités (joie et ivresse). Et enfin, je trouve dans les représentations d’Hathor les symboliques abracadabrantes que j’aime tant, comme le visage triangulaire, très pubique, de l’Hathor des chapiteaux de colonnes, ou le rond qu’elle porte toujours sur sa tête, entre ses cornes. D’accord, c’est le soleil. Mais moi j’aime penser au rond de son ventre ou au rond qu’elle a entre les cuisses, celui qu’Horus pénètre à chaque fois qu’il rentre à la maison.

WW dominée. Ligotée pour s’amuser ?

Il semble que le créateur de Wonder Woman n’était pas seulement intéressé par la domination féminine (cf billet précédent) mais qu’il était en fait intéressé par les jeux de domination, le type de jeux qu’on pratique avec des cordes ou des menottes, voire un fouet ou une tapette à cul-cul (voir la page de l’album 31 de Sensation Comics de juillet 1944 dans lequel Wonder Woman, les mains liées, nous adresse un clin d’oeil alors qu’un gros bébé lui fesse le cul). C’est ce qu’on peut lire dans de nombreux articles consacrés à la dame à la culotte étoilée.

Domination/soumission => Maître/esclave. La question de l’esclavage est plusieurs fois abordée dans les premiers albums, comme par exemple dans ces deux cases extraites du numéro 3.

 WW avance que les femmes dans le monde des hommes (à la différence du monde des Amazones) préfèrent être des esclaves plutôt que se trouver en concurrence avec les hommes (Ah bon ? Discutable…). La 2ème case est la plus intéressante : WW se fait la réflexion que ce n’est pas un problème d’être un esclave : Le seul tort est de se soumettre à un maître (à un homme donc) ou à une mauvaise maîtresse. Une BONNE maîtresse ferait des merveilles (“Wonders”, comme dans Wonder Woman !) avec ces esclaves. WW Dominatrix ?

Pourtant, WW Dominatrice, pas vraiment ! Ou pas seulement… Car une fois passés les vingt premiers numéros dans lesquels WW attrape beaucoup de méchants (généralement des hommes, cf coverbrowser.com) avec son lasso, c’est bien WW elle-même qui se retrouve souvent ligotée. Ci-dessous, à gauche, WW est enchaînée aux pieds d’une ennemie (couverture de l’album 19 de la série de 1987), comme  sur la couverture des numéros 24, 106, 117, 146, 158, 161, 162, 200, 206, 207, 209 (c’est maman qui est ligotée), 219, 220, 221 de la série originale de 1941, puis des numéros 82, 83 de la série de 1987.

Au-dessus, à droite, voici une couverture très clairement sexuelle sur laquelle WW attachée et les jambes écartées est la cible d’un gros missile dirigé vers son ventre (illustration d’Al Rio inspirée de la couverture du numéro 229). Dans le même registre (ligotage + gros missile), voir aussi les numéros 68 et 205.

Les histoires de bondage et de jeux sexuels ont pas mal inspiré les commentateurs : Les bracelets d’invincibilité de WW et le fait qu’ils perdent leur pouvoir quand on les couvre de chaînes, feraient référence aux liens du mariage pour certains ou à des jeux avec menottes auxquels les femmes de Marston-Moulton se soumettaient pour d’autres…

Remarquons nénmoins que, quoiqu’en disent les spécialistes  (et si on s’en tient aux couvertures), l’incidence des scènes de “bondage” (ou assimilées) n’est guère élevée si on ramène les chiffres aux centaines d’albums publiés. Il y a en fait un petit pic entre les numéros 146 et 221, soit entre les années 1964 et 1975 (Marston était alors mort depuis longtemps).

Enfin, comme dans les BD érotiques japonaises appelées shokushu ou tentacle-hentai (voir la “La plongeuse et le poulpe”  et “Tentacules : Du plaisir au viol“), WW est plusieurs fois assaillie par des tentacules/serpents/queues (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici). Et puisqu’on en est au shokushu, je ne peux pas m’empêcher de présenter la très juste illustration de Marcos Capuz.

Parce que, oui, vous l’aurez deviné : Quand la femme est ainsi ligotée et vulnérable, alors fatalement elle ne tarde pas à se faire pénétrer. Ce n’était peut-être pas l’intention des créateurs et cela n’apparaît pas dans les albums (si ce n’est  de manière camouflée sur les couvertures : voir ci-dessus les missiles et les jambes écartées) mais la WW pénétrée est très présente dans l’imagerie parodique des super-héros. On en reparlera.

Wonder Woman : la femme au-dessus de l’homme

Toutes les sources qui parlent du créateur de Wonder Woman, William Marston, dit Charles Moulton, indiquent que ce dernier était impressionné par les femmes “fortes” comme sa femme et son amie-concubine (?) avec qui il formait, semble-t-il, un ménage à 3.

Tous s’accordent à penser que Marston-Moulton rêvait d’un monde nouveau où les femmes domineraient les hommes. Wonder Woman en était le prototype (cf la couverture “WW présidente” dans l’article “Le bras de la Justice et de la Vérité“).

Ainsi, WW, la princesse amazone, passerait son temps à chasser les hommes mauvais et à les attraper avec son lasso de vérité. Si on prend le temps de consulter la liste des albums de WW (voir le site coverbrowser.com), on est obligée de constater que la vérité est légèrement différente. Certes, dans les tout premiers albums, les “méchants” sont souvent des hommes, mais cela évolue rapidement : La diversité des villains que WW affronte est hallucinante ! On y trouve tout un zoo de monstres divers à la Godzilla, d’êtres fantastiques type “l’homme-papier”, découpé dans une feuille de journal, et aussi de femmes ennemies et dangereuses, y compris des doubles (voire des triples) de Wonder Woman elle-même.

Contrairement à sa légende “féministe”, WW ne me semble pas accaparée par une quête de domination féminine, quoiqu’en dessine le grand spécialiste des hommes baraqués au très-très-très grosses bites, le Canadien Patrick Filion (son site est réservé aux adultes, en raison de son contenu extrêmement gay) :

Quand on fouille l’abondant matériau que constituent les illustrations (officielles ou amateurs) concernant WW, on constate que les hommes ne constituent pas l’immense majorité des personnes qui se retrouvent ligotées. Non. En fait, ce serait plutôt WW elle-même qui se fait encorder ou enchaîner. Et vous savez quoi ? Et bien, il paraît qu’elle aime ça (on en reparle).

Wonder Woman, l’Amérique Allégorique

On a déjà parlé “allégorie” : Souvenez-vous de l’article sur la mère patrie russe, la mère patrie ukrainienne, la mère patrie géorgienne et la mère patrie arménienne (voir “la plus grande femme“). Une allégorie, c’est la représentation humaine (féminine) d’une idée ou d’un concept. Ici, en l’occurence, le concept de patrie (avec toute l’ambiguité, déjà évoquée, de représenter la patrie -de “pater”, père, comme “fatherland” ou “Vaterland”- par une femme !).

En matière d’allégorie patriotique, Wonder Woman, c’est pas mal :

Couverture du N°272 de Wonder Woman, Octobre 1980 - Illustration par Dave Cockrum et Dick Giordano - Source : www.wwcomics.com

D’abord, on se rappellera que Wonder Woman fut créée l’année de Pearl Harbor, dans un contexte donc très martial et patriotique.

Regardez son uniforme ! Seul celui  de Captain America est aussi patriotique. Les couleurs du drapeau américain et les étoiles sur la culotte. L’aigle sur la poitrine (oui, sur le bustier/corset de WW, c’est bien un aigle qui étend ses ailes sur ses seins : voir, par exemple la couverture du N°5). J’aime la couverture du numéro 272 pour son aspect simple et efficace : WW avec un aigle sur le poignet, devant le “Stars and Stripes” et le dôme du Capitole de Washington, DC. On entendrait presque les premiers accords du “Star-spangled banner”.

Cette allégorie de la mère-patrie américaine en rappelle d’autres, européennes celles-là :

[De haut en bas et de gauche à droite : Couverture de Wonder Woman N°72, 1993, Illustration par Brian Bolland - Source : artsuperhero.com -  Reconstitution de la statue d'Athéna-Parthénos par Alan LeQuire, 1990, Parthénon, Nashville, Tennessee, Photo : Dean Dixon, Source : Wikipedia - "Germania" par Friedrich August von Kaulbach, 1914, Deutsches Historisches Museum, Berlin, Source : Wikipedia - Détail de "La liberté guidant le peuple" par Eugène Delacroix, 1830, Musée du Louvre, Source : Wikipedia]

Par ses origines “grecques”, puisque c’est une princesse amazone de l’île de Thémiscyra” (voir “Le bras de la Justice et de la vérité“), Diana-WonderWoman nous rappelle immédiatement Athéna, patronne de la ville d’Athènes. Les citoyens athéniens construisirent en 438 avant JC un temple dédié à Athéna-Parthénos (Athéna vierge), le Parthénon, qui dominait la ville. La statue cryséléphantine (d’or et d’ivoire), oeuvre du sculpteur Phidias, était connue de tout le monde antique. Maintenant disparue, on peut voir une tentative de reconstitution au Parthénon de Nashville, Tennessee. Elle tient Nike, déesse de la victoire dans la main droite et son fameux bouclier, l’Egide (celui-là même qui aurait servi à forger les bracelets de WW !-) dans la main gauche.

WW et Athéna rappellent aussi la “Germania” allemande ou la “Marianne” française, symbole de la République (comme dans la statue qui domine la place de la République à Paris) ou de la Liberté (comme dans celle qui mène les Parisiens lors de la révolution de juillet 1830).

Jusqu’à présent, j’ai dit des choses évidentes. Maintenant, j’aimerais parler briévement du numéro 273 d’octobre 2001. Regardez bien la couverture :

Couverture du N°173 de Wonder Woman, octobre 2001, Illustration : Adam Hughes - Source : wonderwomanmuseum.com

Voici une Wonder Woman en armure (et très en colère) qui mène ses troupes au combat au cri de “Vengeance !”. On est dans les numéros “Our worlds at war” (Nos mondes en guerre) qui suivent les 2 numéros de mai-juin 2001 intitulés “Paradise Island Lost”, jeu de mot sur “Paradise Lost” (Le Paradis perdu) quand l’île des Amazones (“île du Paradis” donc, mais aussi île de la Justice puisque Thémis en est la déesse) sombre dans la guerre. Personne chez DC Comics n’avait pu envisager les événements du 11 septembre 2001. Et pourtant, étrangement, voilà qu’arrive à point nommé une Wonder Woman prête au combat pour défendre son pays sous le choc, son havre de justice qui se délite, son paradis en perdition. Prophétique ?

Le Bras de la Justice et de la Vérité

Je ne sais pas si c’est la meilleure traduction pour “Tireless Champion for Justice and Truth” (cliquer sur la page dessinée ci-dessous pour lire les textes) mais ça m’amuse bien de comparer, pour une fois, une femme à un bras.

On ne parle pas de n’importe quelle femme, bien sûr, puisqu’il s’agit de Wonder Woman, un des super-héros de DC Comics et le seul qui soit une femme et qui puisse rivaliser avec Superman ou Batman. Les autres héroïnes de DC Comics (Supergirl, Catwoman, Power Girl…) sont un cran en dessous.

Avant d’écrire quelques articles sur la superhéroïne à la culotte bleue étoilée, je vais faire une succinte présentation de la dame, sans trop paraphraser Wikipedia. Pour celles et ceux qui ne  la connaissent pas, vous allez voir que le personnage est assez étonnant, truffé de clins d’oeil à l’Antiquité grecque… et à des pratiques inattendues dans des livres illustrés pour enfants.

- Wonder Woman s’appelle en fait Diana (comme Diane/Artémis, la déesse vierge, soeur d’Appolon, qui vit dans la nature, entourée de femmes – pour faire bref ! On en a déjà pas mal parlé : voir “Diane et Actéon“). Diana est la fille d’Hippolyte, la reine des Amazones de l’île de Paradise Island (nom identique à celui d’une “vraie” reine amazone de la mythologie grecque). “Paradise Island”, cela sonnait peut-être un peu trop comme le titre d’un épisode de “La croisière s’amuse” et l’île fut par la suite renommée Thémyscira (oui, c’est mieux).

- Diana sait se défendre. En plus de son entregent particulier dans le monde animal (elle ne s’appelle pas Diane pour rien), elle dispose d’un lasso de vérité et de deux bracelets protecteurs. Le lasso aurait été réalisé à partir de la fameuse ceinture d’Hippolyte (on en reparlera) et les bracelets auraient été forgés à partir de l’Egide d’Athéna (on pense que l’Egide était une sorte de bouclier recouvert d’une peau de chèvre). Elle dispose également de divers dons paranormaux et athlétiques.

- La princesse Diana de l’ile des femmes est envoyée dans le “monde des hommes” (le monde, quoi) sous le nom, très original, de Diana Prince. Elle y passe son temps à soumettre des hommes à sa loi (la loi des Amazones ? La loi des femmes ?), grâce à son lasso d’or. Fouet, lasso, corde, soumission… Il faudra qu’on revienne sur la signification de ce lasso, ainsi que celle des bracelets, ainsi que le recours constant au ligotage… mais une chose à la fois !

Wonder Woman Présidente - Numéro 7 de Wonder Woman - Hiver 1943 - Source : www.comicbookresources.com

Le personnage de Wonder Woman a été créé aux USA en 1941, l’année de Pearl Harbor, par le couple de psychologues William (Charles Moulton) Marston  (1893-1947) et  Elizabeth Sadie Holloway (1893-1993). Marston dit de Wonder Woman qu’elle est une propagande psychologique pour le nouveau type de femme qui devrait, selon lui, diriger le monde (citation dans Wikipedia). Il est intéressant de noter que les Marston avaient une vision assez particulière de la relation homme-femme puisqu’ils ont formé un ménage à 3 avec leur ex-étudiante Olive Byrne qui eut, comme Elizabeth, 2 enfants avec William.

Les bases étant posées, il y a maintenant quelques aspects qui mériteraient d’être détaillés.

Portrait de Wonderwoman par Terry Dodson

Après plusieurs billets sur le corset, j’ai envie de changer le sujet et de passer sur le cas très particulier d’une héroïne (SUPER-héroïne) en corset (mais ce n’est pas le corset qui la caractérise : elle peut même tout à fait s’en passer, comme on le verra plus tard).

Voici donc Wonderwoman, ici dessinée par l’illustrateur Terry Dodson (voir son site web).

Portrait présumé de Gabrielle de Rochechouart attribué à Corneille de Lyon


Gabrielle de Rochechouart (1633-1693) aurait été la maîtresse de Louis XIV, tout comme sa soeur, Madame de Montespan. Comme quoi, quand on parle du corset et de la rigueur morale qu’il représentait au 16ème siècle  (voir article précédent) …

Ce portrait est attribué par le ministère de la culture à Corneille de Lyon (appelé par d’autres Corneille de La Haye puisque qu’il s’agit d’un Hollandais installé à Lyon, né vers 1500 et mort en 1574). On notera qu’il y a un petit problème de date entre La Rochechouart qui vivait au 17ème siècle et Corneille de Lyon qui a vécu au 16ème ! De quelle Rochechouart parle-t-on alors ?

Portrait exposé au Musée Condé, Chantilly – Source : Ministère de la Culture, Base Joconde

Les sirènes de Delvaux

Je vous le dis tout de suite : Si j’écris cet article, c’est pour le plaisir de mettre ensemble les deux alignements de sirènes de Paul Delvaux (1897-1994), celui de Chicago et celui  de New York, sauter de l’un à l’autre et essayer d’imaginer quelque chose.

"Le village des sirènes" par Paul Delvaux - 1942 - The Art Institute of Chicago

Ce qui est bien avec l’art de Delvaux, c’est qu’on se dit qu’il y a sûrement quelque chose à comprendre mais qu’en même temps, on peut comprendre ce qu’on veut, vu que finalement personne ne sait s’il y a vraiment quelque chose à comprendre… ¿ Comprendas ?

"Les grandes sirènes" par Paul Delvaux - 1947 - The Metropolitan Museum of Art, New York - Source : marcelito.bleublog.lematin.ch

La petite maison de grosses pierres au milieu de la rue du village de sirènes me fait penser au Portugal. De même que ces femmes à l’aspect très strict (je pense aux Portugaises austères de 1942). Pas de chair à l’air, si ce n’est tout au bout de la route : une plage et des sirènes qui sautent dans la mer. Il y a aussi ce trou rond dans la falaise, en plein centre du tableau…

Pour en revenir à l’alignement des femmes, comment ne pas penser à une ligne de tapineuses (seules, en attente, espacées régulièrement) ? Même habillées strictement, elles attireront l’homme qui sait que ce sont des putes. Ces sirènes-là n’ont pas besoin de chanter pour faire leur office : leur seule présence suffit.

Sur le tableau du Met, on peut s’imaginer Ulysse à droite (la femme qui marche avec un bateau sur la tête) et les sirènes alignées à gauche qui cherchent à l’attirer vers sa perte. D’autres sirènes, sortes de Vénus Pudica en couleurs, tapinent un peu plus loin. Au bout de la route, il y a toujours les sirènes qui sautent dans l’eau. Le trou rond et noir de la grotte fait place au disque rond et clair de la Lune…

Bon… Et alors ?

Malgré leur nudité et leurs jolis seins, les “grandes sirènes” semblent tellement sages par rapport aux strictes Portugaises qui cachent si bien leur jeu…